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BANDES DESSINÉES... Plus de 700 articles (janvier 2019)

La BD est en force sur vivre-a-chalon.com

BD...

En partenariat avec des étudiants de l'IUT (Licence TAIS) et Michel BONNET cette rubrique s'intéresse  au "neuvième art" en général mais, et, c'est la raison d'être de notre média,  également aux acteurs chalonnais et aux initiatives locales dans le droit fil du projet "Chalon en bulles" dont Michel Bonnet fut l'initiateur et l'animateur il y a quelques années.

Avec son équipe il ira à votre rencontre... mais n'hésitez pas à faire le premier pas si vous partagez cette passion pour les bulles !

 

Des textes, des photos, des interviews audio, des vidéos...
Bonne promenade !


 

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Artaud en BD ? Pourquoi pas...

Antonin Artaud est un artiste pluriel que nos enseignants de littérature ne savent pas toujours classer avec finesse dans l’ensemble… Certes, il fut poète, dramaturge, écrivain, essayiste, critique, acteur, surréaliste… mais il n’en demeure pas moins que pour beaucoup il fut déséquilibré, atteint de troubles psychiatriques, interné durant presque dix ans, asocial, solitaire… C’était un fou, quoi !

 

Gilles Deleuze, le philosophe, considérait qu’Artaud avait atteint la profondeur absolue de la littérature française, Henri Thomas le considérait comme un géant, Arthur Adamov, Marthe Robert et Jean Paulhan se battront, eux, pour qu’il puisse sortir de l’asile… Oui, il n’a pas laissé indifférent et Abel Gance l’a fait joué dans son Napoléon, dans son Lucrèce Borgia tandis que Carl Theodor Dreyer l’engage dans son film La passion de Jeanne d’Arc… Jamais il n’obtiendra un rôle principal mais chaque fois qu’on le voit on comprend qu’il vit pleinement ses rôles, ses personnages… C’est comme tout ce qu’il fait, il est habité totalement et c’est un des éléments qui le pousse doucement vers une perte de la réalité…

 

Mais, alors, était-il possible de mettre «une vie d’Antonin Artaud» en bande dessinée ? S’il c’était agit, comme par exemple le fait remarquablement bien Catel, de mettre en bande dessinée une biographie d’Antonin Artaud, une biographique comme le dit l’autrice, je pense que l’entreprise aurait été vouée à l’échec… Mais, en fait, Benoît Broyard, le scénariste, voulait juste explorer les méandres de la vie d’Artaud tout en lui rendant hommage ! Il voulait aborder l’asile pour montrer les psychiatres de l’époque ! Il voulait rencontrer le génie sans trop montrer le résultat juste le drame de la création…

 

Du coup, ce roman graphique est de toute beauté et d’une profondeur incroyable même s’il n’est pas porteur d’une joie de vivre incommensurable !

 

Le scénariste a décidé de nous faire pénétrer en quelque sorte dans la tête d’Artaud, dans ses visions, dans ses angoisses, ses craintes, ses doutes, ses hallucinations… On voit que la psychiatrie est démunie, qu’elle tente, tâtonne, expérimente et utilise l’immobilisation, la camisole de force, les électrochocs… On le voit aussi avec ses addictions en particulier au laudanum…

 

Au bilan un livre remarquable, pas facile à construire et il faut saluer la narration graphique de Laurent Richard qui sait nous faire oublier les cases trop bavarde… Oui, quand un psy parle, c’est toujours long…

 

J’ai été séduit par ce roman graphique atypique et j’espère qu’il saura en convaincre beaucoup d’autres et que cela participera à maintenir Antonin Artaud vivant parmi nous !

 

Imprimer - - par Bonnet Michel - 12 oct 2019

Quand BD et Bioéthique se croisent...

Je sais, nous sommes en pleine discussion sur la loi de bioéthique et le sujet est assez grave pour que les Français tentent une fois encore de s’étriper sans prendre le temps de réfléchir avec sérieux, profondeur et respect des autres… ces sujets sont assez importants pour ne pas les prendre à la légère et en faire seulement des sujets politiques… En plus, à titre personnel, je trouve que certains sujets sont de l’ordre de l’intime et je ne suis pas certain qu’il faille tout régler à coup de loi, d’amendement, de manifestation…

 

Mais, je m’éloigne de mon sujet, la bande dessinée ! Or, la bande dessinée peut parfois nous faire réfléchir avec des fictions, des histoires permettant d’approcher la bioéthique sans dogmatisme mais par un exemple concret… Avec La mort vivante d’Olivier Vatine et Alberto Varanda, on va pénétrer un sujet important, le clonage de l’être humain ou quelque chose de plus étonnant encore… Allez savoir ce que peut faire, demander, exiger, une mère quand il s’agit de son enfant !

 

Que puis-je vous dire sans détruire le magnifique suspense et la construction au millimètre de cet album qui est un one-shot, c'est-à-dire une histoire complète. La mère est Martha, une archéologue, et sa fille, Lise, meurt sous ses yeux de façon accidentelle sur un chantier. Nous sommes dans un futur assez lointain, la terre a été plus ou moins ravagée par un évènement grave et elle est dépeuplée. Martha va faire appel à un jeune scientifique, Joachim. Ce dernier est un nanobiologiste de très haut niveau, assigné à résidence sur Mars et en délicatesse avec les autorités… Il va accepter la proposition de Martha, refaire, fabriquer, faire naitre… une nouvelle Lise…

 

Il s’agit pour être précis d’une adaptation d’un roman de Stefan Wul comme il y en avait déjà eu plusieurs chez Ankama. Le texte de 1958 est assez fidèlement respecté et la qualité de cette bande dessinée vient surtout d’une adaptation rigoureuse mais personnelle de Vatine et du dessin réellement étonnant et génial de Varanda.

 

J’ai été très sensible à l’ambiance de cet album qui est bien une science fiction mais aussi une histoire teintée de dix-neuvième siècle, de gothisme, de fantastique… Certains y ont vu une filiation graphique avec François Schuiten et franchement c’est assez vrai même si l’ensemble n’a rien à voir avec les univers du Belge. Ici, je l’avoue, je me suis laissé prendre par le chagrin de Martha, l’envie d’explorer les possibles de Joachim et, surtout, l’irruption de… Bon, je ne vais quand même pas tout vous raconter !

 

Pour moi, un très bel album, une bande dessinée qui marquera et un dessinateur qui s’affirme au sommet de son art (oui, il ne faut pas trop dire cela car la prochaine fois ce pourrait bien être encore mieux… Non ?).

 

Pour ce qui est de la réflexion éthique, elle est bien là, de façon classique mais solide… Cependant, on a beau croiser des savants fous, des acteurs qui en veulent toujours plus, des hommes qui veulent se prendre pour des dieux créateurs, j’ai le sentiment que cela n’a jamais bien servi l’humanité… On trouvera toujours quelqu’un pour partir dans l’inconnu, dans l’incertain, dans l’improbable, dans le dangereux…

 

Une excellente bande dessinée qui devrait être mise à la disposition des lycéens sans aucun doute !

 

Bonne lecture à tous !   

Imprimer - - par Bonnet Michel - 11 oct 2019

BD, vente d'originaux, Daniel Maghem et survie des auteurs...

Généralement, je vous parle plus du contenu des bandes dessinées que du prix de vente des planches originales des artistes BD lors des grandes ventes aux enchères en France ou à Londres… On sait que parfois des records hallucinants sont atteints mais ces phénomènes sont assez éloignés de la réalité de la création BD. Je vais continuer à travailler dans ce sens même si, aujourd’hui, je vais quand même vous parler, un peu,  de la grande vente aux enchères BD qu’organise Daniel Maghem. Certes, il s’agit bien d’une vente exceptionnelle mais qui mérite notre attention et pas seulement par l’aspect quantitatif, c'est-à-dire 226 œuvres exceptionnelles qui sont exposées dans la galerie de Daniel Maghem jusqu’au vendredi 11 octobre à 13h… Oui, je sais, c’est un peu court pour aller à Paris… Mais ce n’est pas l’aspect le plus important !

 

Daniel Maghem est un galeriste parisien, installé maintenant rue du Louvres dans le 1er arrondissement, qui depuis quelques années s’intéresse tout particulièrement à la bande dessinée. Sa passion – difficile d’utiliser un autre mot – l’a progressivement poussé à devenir un éditeur. Certes, éditeur, mais pas tout à fait comme les autres… Je m’explique !

 

 

Tout d’abord, pour lui, un album de bande dessinée n’est pas un objet banal. S’il est prêt à éditer un ouvrage c’est qu’il adhère au projet, qu’il envie de le défendre, qu’il est fier de cette aventure… Du coup, pour chaque album publié, il s’investit à fond du début à la fin, il soigne la forme comme le contenu, et, en final, il obtient une magnifique bande dessinée, un objet de qualité qui fait autant sa fierté que celle de ses auteurs… Alors, bien sûr, il ne produit pas autant que certains gros noms de la BD mais il n’a pas pour objectif de les manger, les remplacer ou les concurrencer sur n’importe quel segment du marché… Il veut poursuivre son chemin qualitatif et obtenir la confiance de certains auteurs qui viennent chez lui pour un projet qui leur tient à cœur et qui devient son projet aussi…

 

Une BD c’est un coup de cœur, une rencontre, du travail acharné et une publication à défendre par toute l’équipe, de l’éditeur à l’attaché de presse en passant par l’auteur et les autres collaborateurs…

 

Donc, Daniel Maghem tente d’établir avec « ses auteurs » – attention, ils ne lui appartiennent pas et il les respecte beaucoup – une relation de confiance. Cela passe par le respect de leur travail et donc sa valorisation de façon saine et équitable. Or, on le sait bien, ce n’est pas simple… Comme il ne peut pas les rémunérer de façon à leur permettre de vivre décemment de leur seul art, il est toujours à la recherche d’une meilleure solution…

 

Pour cela, en dehors de tenter de limiter ses dépenses et frais généraux, par exemple en limitant son équipe – de qualité et très motivée – il développe un système d’accompagnement de ses auteurs : 1 livre, 1 exposition, des ventes d’originaux, une défense de l’ouvrage efficace et opiniâtre…

 

D’ailleurs, mardi soir à Paris dans sa galerie, il fallait voir les nombreux auteurs présents. Il y avait ses auteurs édités mais d’autres qui le seront peut-être bientôt et ceux qui voyaient leurs œuvres mises en vente lors de cette vente exceptionnelle aux enchères… Il faut vivre de son art et pour cela il faut aussi qu’il y ait un marché aux originaux, un marché solide et bien agencé avec un organisateur honnête et qui aime les auteurs…

 

Mardi – et jusqu’à vendredi 13h – ces originaux étaient tous accrochés aux murs et on avait le sentiment d’assister à l’ouverture d’un musée spécial de la BD. Certes, un musée éphémère mais représentatif de la diversité de la production du neuvième art. Il y avait une vedette centrale, André Juillard, de nombreux autres auteurs et même quelques dessins de grands maitres aujourd’hui disparus comme Jacques Martin, Hergé, Morris, Hugo Pratt, Franquin… Dans la foule des auteurs présents, on voyait Franck Bonnet, Hubert,  Gaétan Nocq, Manchu, Gatignol, de Loustal… et je ne vais pas tous vous les citer…

 

Cette vente est bien exceptionnelle mais on voit aussi un éditeur qui veut se battre pour les auteurs et les aider à vivre mieux de leur art. C’est ce que je veux retenir et ce sera peut-être plus efficace que la commission qui va donner fin novembre un énième rapport sur le statut des créateurs alors que les auteurs bédé et de littérature jeunesse sont pour beaucoup dans la mouise…

 

Je voudrais quand même terminer en rappelant que sans moyens dignes donnés aux auteurs pour vivre il n’y a aura plus d’auteur, sans auteur il n’y aura plus de livre et sans livre notre société mourra en douceur et dans le silence !

 

Bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 10 oct 2019

Philippe Tome nous quitte et Spirou pleure...

A l’occasion de la disparition de Philippe Tome qui m’attriste beaucoup, j’ai choisi de vous parler du tome 13 de l’intégrale des aventures de Spirou et Fantasio. Après tout, c’est une façon de rendre hommage à un auteur de bédés qui m’était cher car ce tome 13 est l’un de ceux consacré aux albums signés Tome et Janry… Cela me permet aussi de e souvenir de nos rencontres autour d’un micro…

 

En effet, pourquoi parler des rééditions ? Il fallait faire un choix et j’ai décidé de me concentrer en premier sur ce recueil avant de parler de l’album signé Tome et Janry que j’aimais le plus. Le personnage de Spirou a été un personnage atypique de la bande dessinée car propriété des éditions Dupuis de nombreux auteurs se sont succédés aux commandes du personnage. Il a maintenant plus de 80 ans et selon l’âge et les goûts de chacun, nous avons nos périodes préférées. Certains sont fans de la période Franquin, ce que je respecte bien sûr, alors que d’autres comme moi ont plutôt été sensible à l’apport de Tome et Janry… et je suis intimement persuadé que ces deux auteurs vont rester aux côtés de Franquin comme les grands des aventures de Spirou et Fantasio…


Dans cette collection des intégrales de Spirou et Fantasio, chacun des volumes est magnifiquement enrichi par des témoignages, des récits, des photos qui font revivre la création des aventures de Spirou et Fantasio.

 

Or, on l’oublie bien souvent, Tome et Janry vont arriver de façon particulière dans cette série. Autant la succession de Franquin par Fournier avait été assez claire, autant, à partir du moment où les éditions Dupuis ont décidé de se séparer de Fournier, il y eut un peu de flottement. Nic et Cauvin n’arrivent pas à convaincre les fans de la série malgré trois albums. Chaland semble un choix surprenant qui ne fera qu’un petit passage dans la série et ne pourra jamais offrir aux lecteurs la suite de son histoire. Enfin, Tome et Janry sont si jeunes que l’on pouvait presque croire à un gag… Pourtant, ces derniers vont faire leurs preuves, convaincre et rester !


 

C’est cette très belle histoire de Tome et Janry que racontent en une quarantaine de pages illustrées Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault. C’est tout simplement passionnant et je crois pouvoir affirmer que les amateurs de la série et les amateurs de bandes dessinées devraient tous plonger dans ce récit sans voir passer le temps…


Restera après à relire les albums devenus classiques, Virus, Aventure en Australie et Qui arrêtera Cyanure ? Ce dernier étant indiscutablement une petite merveille… Enfin, avec La jeunesse de Spirou, vous entrerez dans Le petit Spirou que Tome et Janry vont continuer de faire vivre de longues années…


Voilà donc une façon de se souvenir de ce Philippe Tome qui a beaucoup apporté à ce duo sensationnel, Spirou et Fantasio. Contrairement à une idée reçue, Spirou n’est pas seulement un personnage pour la jeunesse, c’est un personnage pour tous les public chacun y prenant ce qui lui convient, lui plait, l’enchante…

 

Merci Philippe Tome pour ce que tu as apporté à ce personnage et te voilà en bonne compagnie maintenant avec Rob-Vel, Jijé, Franquin, Nic, Chaland… ces autres auteurs de la série Spirou et Fantasio qui nous ont déjà quittés… Amusez-vous bien !!!

Imprimer - - par Bonnet Michel - 7 oct 2019

Blake et Mortimer de retour ? C'est pour bientôt !

Après avoir passé quelques semaines à l’abbaye de Thélème pour cause de préparation de conférence sur Rabelais, il est grand temps que je revienne dans le monde du neuvième art, celui des bulles (et il ne s’agit pas là, bien sûr, de l’univers du champagne…) ! Comme dans quelques jours, le 22 novembre pour être précis, nous allons avoir la suite et la fin de l’histoire « La vallée des immortels », je peux vous présenter sans avoir le risque d’être trop décalé avec l’actualité, le numéro spécial de Géo Histoire sur Blake et Mortimer.

 

 

Chaque fois qu’un numéro spécial sort chez un des grands magazines coutumiers du fait et qu’il concerne un personnage de bande dessinée ou un auteur, j’ai tendance à y prêter attention. Mais, quand il concerne Tintin, Hergé, Goscinny, Astérix, Jacobs, Blake et Mortimer, Spirou ou les Schtroumpf, j’achète au moins pour rêver un peu et revivre quelques heures avec ces personnages que j’aime… Une forme de madeleine de Proust en quelque sorte…

 

Si la présentation de ce numéro spécial d’une revue se présente bien comme un album de bande dessinée, ne nous trompons pas, il s’agit bien d’un travail type magazine, ce n’est pas à proprement parler une bande dessinée même s’il y a de nombreux extraits de ce futur album et des dessins préparatoires de l’album de François Schuiten, Le dernier pharaon…

 

 

En fait, il s’agit de nous faire prendre conscience que Blake et Mortimer, qui sont bien des héros de papier sortis directement de l’imagination d’Edgar P Jacobs, sont aussi des personnages en lien avec l’histoire du vingtième siècle, une histoire qui prend ses sources de façon multiple, dans l’Empire britannique, dans l’histoire des deux guerres mondiales, dans l’histoire des sciences, dans les méandres de la Guerre froide… et, du coup, cet ouvrage est tout simplement passionnant !

 

On peut signaler en particulier une très belle interview du scénariste de cet album attendu, Yves Sente, un de ceux qui font revivre Blake et Mortimer depuis la disparition du créateur, Edgar P Jacobs (1904-1987).

 

Comme les différents articles sont bien écrits, très documentés et illustrés, entre autres, par des dessins du grand maitre, l’amateur de la série Blake et Mortimer dévore cela avec passion sans voir le temps passer… c’est ainsi que j’ai absorbé ce numéro spécial entre Dijon et Paris, dans le TGV sans voir que nous avions quelques minutes de retard…

 

Pour ceux qui auraient un peu de mal à attendre la sortie du tome 2 de La vallée des immortels, vous pouvez aussi vous rendre à la magnifique exposition des Arts et métiers, Scientifiction, une exposition qui présente une centaine de planches originales des aventures de Blake et Mortimer permettant une rétrospective complète de cette œuvre magnifique… sans oublier quelques objets, des surprises et beaucoup d’émotion pour ceux qui suivent depuis longtemps ces deux héros hors normes !

 

Quant à moi, en attendant, je vais peut-être relire l’album que j’aime le plus, La marque jaune !

 

Je vous souhaite donc une excellente lecture et à très vite !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 6 oct 2019

L'été c'est fait pour lire Vol de nuit

L’été c’est fait pour lire et parmi les auteurs classiques – je sais bien que ce mot n’a pas un sens très précis mais je vais quand même le garder provisoirement – il y a Antoine de Saint-Exupéry. Je ne sais pas très bien à quel moment s’est fait le déclic ni pourquoi. Par contre, je sais que lorsque j’étais en classe prépa, une des œuvres de l’année était Vol de nuit, un texte qui m’a beaucoup marqué…

 

 

Tout cela pour dire que c’est avec beaucoup d’attente que j’ai ouvert le tome 3 d’une série consacrée à Saint-Exupéry. Ce volume porte un nom évocateur : Le compagnon du vent. Par contre je ne connaissais pas la série et je n’avais pas lu les deux premiers tomes ce qui ne m’a pas gêné du tout car chaque album de cette série raconte un chapitre de la vie de Saint-Exupéry et peut être lu seul et quand on aura la série complète on aura un tableau complet…

 

Dans ce troisième volet, il y a une sorte d’unité de lieu (Amérique du Sud), de temps (1929-1931) et d’action (porter le courrier à tous), comme dans une tragédie classique et on sait bien que la conquête des espaces par l’Aéropostale fut une tragédie… Tout commence donc en 1929 quand Antoine de Saint-Exupéry est nommé à Buenos Aires, chef du trafic avec pour mission spécifique d’étendre la ligne vers le sud, le Grand Sud, la Patagonie…

 

Ce qui est assez étonnant, c’est que dès que l’on a passé les trois premières pages qui remettent en contexte l’épisode, on oublie que l’on est dans une bande dessinée car les auteurs ont trouvé un ton, une narration graphique et une organisation du récit digne de Saint-Exupéry. On navigue entre Terre des hommes et Vol de nuit, tout en douceur et avec bonheur. J’ai adoré !

 

Je ne vais pas ici raconter tous les épisodes d’un peu plus de deux ans de la vie de cet homme, de ce pilote, de cet écrivain, car ils sont assez connus comme par exemple la disparition d’Elisée Negrin – avec ce jour là 4 morts – ou celle de Guillaumet qui lui va réussir à rejoindre la vie après avoir marché cinq jours dans la Cordillère des Andes en plein hiver… Tout cela Saint-Exupéry nous l’avait déjà raconté mais cette fois-ci, nous avons en bonus bien sympathique les dessins de Cédric Fernandez et ils sont très réussis !

 

C’est aussi durant cette période que Saint-Exupéry écrit son roman Vol de Nuit et donc tout ce chapitre se terminera par le prix Femina qu’il obtient en 1931 pour ce roman publié par Gallimard !

 

Malheureusement pour tous ces pilotes qui se battaient nuit et jour contre les éléments pour que le courrier arrive aux différents destinataires, ce sera aussi la période de la crise boursière qui va entrainer la faillite de leur société Aéropostale… une autre tragédie…

 

Quand on referme cet album, on est pris d’une envie urgente, celle de relire, une fois encore, Vol de nuit, un livre que j’aime encore et dont je ne me lasse pas… et comme l’été c’est fait pour lire, c’est bien le moment !

 

Bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 20 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Mages

L’été c’est fait pour lire et j’aime tout particulièrement plonger de façon régulière dans les univers de fantaisie – on devrait dire Heroic Fantasy – des Terres d’Arran. Alors, oui, il s’agit bien d’un univers fantastique habité par des êtres que vous ne croisez pas tous les jours, Nains, Elfes, Orcs, Gobelins… et maintenant, Mages ! A chaque fois, des auteurs réunis et guidés par le grand maitre Jean-Luc Istin s’en donnent à cœur joie pour nous faire rêver et aussi réfléchir car chacun sait bien que le conte n’est pas fait pour autre chose que de nous faire grandir en humanité…

 

Bon, c’est fait, tout le monde a compris que j’étais un grand passionné de fantastique. J’ai d’ailleurs, je ne m’en cache pas, commis un ouvrage sur les petits êtres – malheureusement plus en librairie – et j’ai appris à mes enfants à faire attention aux Korrigans chaque fois que nous arpentons la lande bretonne humide et recouverte de brume…

 

C’est donc sans aucune surprise que je me suis mis à lire le premier album de cette série de quatre ouvrages sur les Mages. On aurait pu avoir quelques réticences sur cette série en se demandant si les scénaristes allaient pouvoir nous transporter au cœur de la vie des Mages sans nous lasser car avec les 25 albums consacrés aux Elfes, les 15 racontant les Nains, les 5 avec Orcs & Gobelins… on commençait à hésiter car le renouvellement, l’énergie, la dynamique s’useraient peut-être…

 

Alors, soyons nets et directs dès le départ, le premier tome est réussi et on trouve immédiatement du plaisir à lire cette bande dessinée, Aldoran, de Jean-Luc IIstin et Kyko Duarte. On se retrouve dans une ville du grand nord des Terres d’Arran, à Castelek. Là de braves gens vivent en paix avec eux-mêmes, ne craignent rien et ne se préparent jamais à faire la guerre… C’est là que vit une certaine jeune fille, Shannon, une aventurière assez incomprise d’ailleurs par tous ces braves gens…

 

Comme elle est curieuse, elle observe avec beaucoup d’attention le vieil homme qui s’est installé à l’écart dans une maison quasi abandonnée. Même si cette inconnu de grande taille est assez renfermé et introverti, elle arrive à lui parler, à connaitre son nom, du moins celui qu’il lui donne, Tyrom…

 

Mais, c’est aussi à ce moment-là que la vie paisible de la ville de Castelek va basculer car le roi Gerald a décidé de reprendre le contrôle de la ville et très vite, par la violence si besoin… Attention, je ne vais pas vous raconter cette histoire en entier puisque je pense que vous pourriez prendre beaucoup de plaisir à la lire… Oui, il y a de grandes chances que ce Tyrom soit un Mage… mais vous le découvrirez bien assez vite… Et pas n’importe quelle sorte de mages, un mage élémentaliste ! Oui, je sais, le mot n’existe pas, mais c’est comme cela, maintenant, il existe, point barre ! Non mais…

 

En fait, dans les univers fantastiques, un élémentaliste est un être qui arrive à maitriser les éléments voire même les créer ! Mais, vous n’êtes pas obligés de me croire, après tout, on est dans le fantastique et chacun en pense bien ce qu’il veut !

 

Donc, un très bon album qui donne envie de découvrir les trois autres qui viendront dépeindre les Mages avec leurs particularités spécifiques : Mages runiques, Mages nécromanciens, Mages alchimistes… Donc, ce sera un ensemble moins volumineux que les autres créatures fantastiques…

 

La narration graphique de cet album est plaisante, le dessin de Kyko Duarte est très précis, méticuleux et j’aime beaucoup l’antre de l’archiviste de la ville que je transformerai facilement en bureau pour moi… et puisque l’été c’est fait pour lire

 

Bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 19 sept 2019

Une bonne histoire à découvrir : Sir Nigel !

L’été c’est fait pour lire et j’ai profité de ces derniers jours d’été pour lire Sir Nigel, adaptation en bande dessinée par Roger Seiter et Christian Gine d’un roman de Sir Arthur Conan Doyle. En fait, bien que grand amateur des aventures de Sherlock Holmes, je ne connaissais pas Sir Nigel. Ce roman était passé inaperçu à mes yeux même si je savais bien que Sir Arthur Conan Doyle ne s’était pas limité, loin de là, aux enquêtes de son limier du 221 B Baker street. Que voulez-vous, l’été c’est fait pour lire mais il n’est jamais assez long pour tout lire !

 

Donc, me voici plongé dans ces deux albums de bande dessinée et c’est ainsi que j’ai découvert Sir Nigel, ce jeune héritier d’une famille de noble combattant tombée dans la misère financière mais encore riche de l’amitié du roi… C’est ainsi que le jeune homme va aller conquérir la gloire sur les champs de bataille de la guerre de Cent Ans. Nous sommes en 1349 dans les premières pages du premier chapitre de cette grande aventure…

 

Sir Nigel n’est pas un roman classique et il ne faut pas s’attendre à vivre la guerre de Cent Ans au jour le jour avec moult détails militaires… En fait, le jeune Nigel Loring cherche simplement à s’illustrer comme chevalier et à accomplir trois faits d’armes glorieux pour revenir chercher celle qui l’attend patiemment pour se marier, la belle Mary… L’épopée est construite de telle façon, au moins dans la bande dessinée, que tout s’enchaine rapidement, trop rapidement diront certains trouvant là un manque de profondeur, alors qu’à mon avis ce roman picaresque n’est intéressant que par l’enchainement des faits et les réactions parfois surprenantes du héros…

 

Oui, on est loin des réactions brutales que l’on attribue généralement aux chevaliers de cette époque, anglais comme français, et le dessin presque pur de Christian Gine s’adapte merveilleusement au récit de Roger Seiter. On se laisse porter par le récit, on finit par aimer Sir Nigel malgré quelques naïvetés et on se dit que nous sommes là avec un héros humaniste avant l’heure… Le sommet de cette attitude viendra quand il aura la possibilité de garder le roi Jean II prisonnier et qu’il préfèrera le laisser à terre sur le champ de bataille pour poursuivre ce qui est plus important à ses yeux que de récupérer une rançon trébuchante…

 

Oui, Sir Nigel est fidèle en amitié, ne baissera jamais les bras avant d’avoir accompli sa mission, fera tout pour se retrouver en première ligne et certains devront lui faire comprendre, parfois en insistant beaucoup, que la prudence est aussi une qualité chevaleresque !

 

L’ensemble offre une histoire très agréable à lire, une bande dessinée accessible à tous, une façon originale de découvrir un autre aspect des œuvres d’Arthur Conan Doyle… Seul inconvénient majeur, j’ai finalement envie d’aller lire le roman original Sir Nigel ! Donc, c’est fait, j’ai commandé Sir Nigel et La compagnie Blanche, deux histoires qui se suivent si j’ai tout compris… et comme l’été est presque terminé, je les lirai en automne !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 18 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Aliénor, la légende noire

L’été c’est fait pour lire et en fin d’été, c’est le moment de prendre connaissance des nouveautés de la bande dessinée qui comme, pour le secteur romanesque, connait sa grande rentrée ! Dans cette avalanche de bandes dessinées, je viens de trouver et lire le premier tome d’une nouvelle série, plus exactement d’un triptyque, qui raconte l’histoire du chevalier d’Eon !

 

 

Histoire ? Je ne saurais vous garantir que nous sommes ou pas dans un récit totalement historique ou construit dans les différentes légendes qui ont marqué le personnage… Le fameux chevalier d’Eon, homme ou femme au service du roi de France Louis XV…

 

Tout d’abord, affirmons les choses avec clarté, le chevalier d’Eon, de son véritable nom Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Eon de Beaumont a bien réellement existé. Il est né en 1728 à Tonnerre en Bourgogne et il est décédé à Londres en 1810. Il fut à la fois de petite noblesse, espion, diplomate, officier et même d’une certaine façon homme de lettres. Je dis bien Homme de lettres car il subit une autopsie dont le résultat fut formel et attesté, il s’agissait bien d’un homme doté d’un appareil sexuel complet et dit normal…

 

Certes, la légende s’écroule un peu mais durant ses phases d’espionnage, en Russie en particulier, il se travestissait en femme avec plaisir et efficacité ! Sa réelle influence a été constatée quand la Russie est passée dans le camp français au commencement de la guerre de Sept ans (1756-1763). Cette guerre pourrait presque être considérée comme mondiale car elle eut lieu sur trois continents différents (Europe, Asie, Amérique… et tous les océans).

 

Mais revenons, si vous le voulez bien à la bande dessinée elle-même ! Dans ce premier volume, on va découvrir le jeune d’Eon quelque peu appauvri et sans avenir rencontrer le cousin du roi et entrer au service du cabinet secret de Louis XV. On va le voir recevoir sa première mission et partir pour la Russie où il doit se faire accepter comme dame de compagnie de la tsarine Elisabeth 1ère.

 

Pour que tout soit bien compréhensible pour le lecteur, les scénaristes, Simona Mogavino et Arnaud Delalande, sont obligés de glisser de nombreuses bulles de texte dans les cases. Cela alourdit quelque peu la narration graphique mais le dessinateur, Alessio Lapo, en changeant les angles de vue, les perspectives, et le décor, arrive à rendre cela assez vivant malgré tout.

 

Cette bande dessinée, qui insiste beaucoup sur le contexte historique et les mystères de l’espionnage, montre bien la difficulté de traiter ce thème en bande dessinée. Néanmoins, l’approche historique et humaine du récit est très bien traitée par les auteurs ce qui rend la bande dessinée très agréable à lire !

 

Simona Mogavino et Arnaud Delalande travaillent ensemble depuis quelques années (Le premier volume de la série Aliénor, la légende noire, date de 2012) et après Aliénor, ils s’intéressent maintenant à Catherine de Médicis en parallèle avec le Chevalier d’Eon. Quant à Alessio Lapo, c’est tout simplement le mari de Simona Mogavino…

 

J’ai beaucoup apprécié ce premier album qui donne envie de lire la suite et cela tombe plutôt bien car on annonce une sortie assez rapide des deux volumes complémentaires (novembre 2019 et février 2020)… Mais comme l’été c’est fait pour lire, on peut aussi lire la série complète sur Aliénor (6 volumes), les deux premiers de la série sur Catherine de Médicis et le premier sur le Chevalier d’Eon…

 

Donc, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 16 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Les hirondelles de Kaboul

L’été c’est fait pour lire, c’est un fait entendu une fois pour toutes, mais c’est aussi une période où il est aussi agréable d’aller au cinéma. Oui, je dis bien aller au cinéma et non pas regarder un film sur un petit écran riquiqui avec un son filtré dans les oreilles… Oui, je parle d’un cinéma avec un écran de belle taille et un son de qualité qui nous immerge dans un univers, une histoire…

 

 

La semaine dernière j’ai eu le plaisir d’aller voir Les hirondelles de Kaboul, merveilleux film d’animation de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec. Je ne vais revenir sur ce film ni sur le roman à l’origine de ce film, un livre de Yasmina Khadra (de son véritable nom Mohammed Moulessehoul) mais en sortant du film j’avais le sentiment d’avoir retrouvé la même ambiance que pour le film Poulet aux prunes de Marjane Satrapi. Certains avaient déjà fait un lien entre Les hirondelles de Kaboul et Persépolis, mais je trouve que le lien est encore plus fort avec Poulet aux prunes d’où l’envie de vous en parler un peu car cette bande dessinée puis ce film sont un peu passés inaperçus et je trouve que c’est bien regrettable !

 

Nous voici devant le destin de ce pauvre Nasser Ali Khan…


En utilisant une narration atypique, pleine d’allers-retours entre le présent et le passé tout en nous annonçant le futur, Marjane Satrapi nous plonge dans une histoire sans suspense. Nous savons rapidement que Nasser Ali Khan va mourir, il va même se laisser mourir, une sorte de suicide passif. Ses jours sont comptés. Nous sommes à Téhéran, en 1958, et en une semaine tout sera réglé et terminé, les obsèques de Nasser ayant lieu au fameux cimetière Zahiroldoleh de Chémirane au nord de la capitale iranienne… en présence de tous ses amis.


Nasser Ali Khan est un grand musicien, un des derniers virtuoses du Tar. Il s’agit d’un instrument de musique à cordes que l’on pince pour en sortir une musique unique que l’on peut entendre en Iran ou dans quelques autres républiques d’Asie centrale. Or Nasser est à la recherche d’un nouveau Tar car on lui a cassé le sien…


Nasser est coincé entre une musique qui le dévore, une femme un peu trop matérialiste et pragmatique qui prend la musique pour une distraction qui disperse et ne fait pas vivre, des enfants qui empêchent de se concentrer… Mais tout cela n’explique pas le dégout de vivre qui le frappe soudainement.

Nous avons alors comme dans un grand ballet millimétré tous les personnages de la vie de Nasser qui viennent nous rendre visite à commencer par la famille qui n’est pas toujours très agréable…


Plus les pages passent et plus nous entrons dans la complexité de Nasser qui est un artiste torturé, un homme plein d’angoisses et de contradictions, qui traine sa misère sur la terre à la recherche d’un bonheur absolu qui semble lui échapper. Il faudra arriver à la fin de l’histoire pour comprendre comment tout ce drame s’est mis en place et on se dit alors que Marjane Satrapi est encore plus forte que ce que l’on croyait tant elle maitrise et distille avec soin son suspense que l’on pensait naïvement absent…

Le dessin de Marjane Satrapi, ce noir et blanc intense et pur, est pour moi un régal et cela donne à sa narration graphique à la fois une simplicité extraordinaire centrée sur le récit et seulement le récit, tout en offrant au lecteur de disposer ses couleurs selon son bon plaisir, agrémentant le récit de tout ce qu’elle aura seulement évoqué, provoqué, susurré… Un joyau de la bande dessinée que certains pourront lire ou relire avec plaisir en comprenant tout ce que cette grande dame de la bédé a apporté à un univers déjà riche…

 

Alors, me diront certains, quels liens avec Les hirondelles de Kaboul ? En fait, c’est surtout avant toute chose une question d’ambiance, de fatalisme, d’amour triste, de destinée fatale… Bien sûr, il est question de la position sociale de la femme, de la liberté des êtres, de l’amour en général… mais il y a comme un rythme particulier, une mélancolie terrible, une vie subie et c’est ce qui rapproche les deux œuvres qui pour moi, sur papier et à l’écran, sont deux grandes œuvres pétries d’humanisme !


Alors, merci pour ce Poulet aux prunes dont je reprendrais bien un petit morceau pour la route… et pour ceux qui ne l’on pas encore vu, allez voir ce film Les hirondelles de Kaboul au cinéma et Poulet aux prunes en DVD…

 

Enfin, n’oubliez pas d’aller les lire les œuvres originales sur papier, avec ou sans dessin ! Bonne lecture à tous !

 
 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 15 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Le dernier Mousquetaire

L’été c’est fait pour lire, de l’histoire et de la bande dessinée, par exemple. Je sais bien que certains pensent encore – ils ne doivent pas assez me rencontrer – que l’uchronie est une simple fantaisie et que ce n’est pas sérieux… Mais ils devraient venir en lire un peu et leur avis changerait certainement…

 

L’uchronie, c’est jouer avec l’histoire pour aller encore plus loin dans la réflexion historique. Prenons un exemple. Nous sommes en 1651, la Fronde des Princes fait rage, le très jeune Louis XIV est menacé et on demande à d’Artagnan, oui le fameux Charles de Batz de Castelmore dit d’Artagnan, le Mousquetaire de Gascogne, d’exfiltrer la famille royale de Paris. Or, la nuit, dans une auberge, des brigands de grands chemins assassinent le jeune Louis XIV et d’Artagnan responsable de la sécurité ne va pas s’en remettre…

 

Cet assassinat est sorti de l’imagination des scénaristes, je vous le concède, mais Duval et Pécau ne sont pas si farfelus que cela. La Fronde a réellement mis en danger le jeune Louis XIV qui, avant d’être le roi tout puissant a été un héritier balloté par les uns et les autres, rien n’étant gagné pour son avenir. Aller jusqu’à penser qu’il aurait pu être assassiné n’est pas faire preuve de délire, fantasme ou autre folie…

 

Quant à ce pauvre D’Artagnan, si pareille mésaventure lui était arrivée, imaginez quelle aurait pu être son abattement, sa dépression, son désespoir… Dans l’album Le dernier Mousquetaire,  les auteurs vont décrire comment les Princes frondeurs vont se partager le royaume, comment Espagne et Angleterre vont se comporter, comment Mazarin tentera de tout faire pour sauver le royaume et comment, Vingt ans après, d’Artagnan se trouvera encore pris dans l’histoire de cette belle France…

 

C’est bien là que l’uchronie devient Histoire avec un grand H car après avoir choisi un point de rupture qui lui relève bien de la fiction – je rassure tout le monde Louis XIV n’a pas été assassiné et il est bien devenu le Roi Soleil – ils font évoluer les personnages historiques avec la logique scientifique, avec tous les éléments connus du moment. C’est un peu comme lorsque les scientifiques reproduisent une expérience en laboratoire pour confirmer une hypothèse, valider une loi…

 

Là, on mesure la fragilité initiale du jeune roi, les dangers qui guettent la France et on comprend mieux pourquoi Louis XIV va regrouper les grands du royaume à Versailles pour les avoir sous la main sans risque…

 

Cette histoire du Dernier Mousquetaire sera en deux volumes et c’est le premier qui vient de sortir. C’est dessiné par Vladimir Aleksic dont j’ai beaucoup apprécié la narration graphique, la précision du dessin et la façon de donner chair à ce personnage d’Artagnan qui appartient à notre imaginaire collectif depuis que le grand Alexandre Dumas lui avait redonné vie…

 

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée qui d’ailleurs, soit dit en passant, est probablement beaucoup moins farfelue que le roman Les trois Mousquetaires… D’ailleurs, ces autres mousquetaires feront-ils partie du récit ? A vous de le découvrir !  

 

Alors puisque l’été c’est fait pour lire, durant encore une dizaine de jours, profitons-en ! Bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 12 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Histoire des Croisades

L’été c’est fait pour lire et quand on lit beaucoup, en particulier des bandes dessinées historiques, on réalise que les Croisades occupent beaucoup de place dans notre imaginaire collectif. Certes, parfois c’est pour parler de l’aventure, de cette guerre contre ceux qui avaient osé prendre le tombeau du Christ, pour glorifier ces héros qui partirent à l’aventure en laissant femmes, enfants, fortunes, terres derrière eux et souvent, sans espoir de retour, du moins à court terme !

 

 

Mais, il y a aussi ceux qui voient dans ces guerres et combats sanglants mille raisons de voir la violence des religions, la volonté de conquérir le monde portée par les hommes blancs, bref, la source du colonialisme qui va ravager le monde au fil des siècles…

 

Les plus fins et retors analystes de l’histoire et des motivations humaines voient dans les croisades de grandes manipulations. En effet, si le moteur lié à la foi est bien mis en avant, force est de constater que très rapidement les Croisades seront poussées par les ressort économiques, politiques, financiers, militaires et dominateurs. De très nombreux nobles poussent les croisés à partir au combat en espérant bien récupérer les fruits de ces guerres : royaume, duchés et autres conquêtes sont là pour enrichir, asseoir l’autorité et consoler d’échecs connus ailleurs en Europe…

 

Il ne faudrait d’ailleurs pas oublier que bien souvent, Chrétiens d’Orient et d’Occident se sont plus affrontés que Chrétiens et Musulmans et c’est ce dernier aspect qui est mis en valeur avec cette nouvelle série, La croix sanglante, de Stojanovic, Kovacevic, Ianos et Desko, aux éditions Delcourt.

 

Dans le tome 1, Guerre sainte, le seul sorti en librairie à cette date, On comprend très vite les éléments majeurs de cette histoire. Nous sommes à un moment clef de l’histoire des Croisades, la quatrième croisade pour être précis. Innocent III est arrivé sur le trône pontifical en 1198 et il a décidé de relancer l’esprit des croisades. Il se base sur l’écriture et cela donne, du moins à son avis, tous les droits : Si je t’oublie, Jérusalem… Nous sommes donc maintenant en 1204 alors que la croisade a été prêchée et que les croisés sont prêts à partir…

 

Comme une bande dessinée n’est pas simplement là pour raconter l’histoire générale, on va suivre un certain Philippe de Crécy. Son père qui a connu la croisade et son lot de cruautés, tente bien de l’empêcher, mais la jeunesse n’a pas d’oreille dans de telles situations… On va très rapidement mesurer les problèmes qui vont se poser car le croisé est avant tout un aventurier qui part dans l’inconnu…

 

La croisade, on revient à la grande Histoire, est bloquée à Venise pour de sordides questions d’argent et des calculs politiques des uns et des autres et on sent bien que cette croisade va aller de Charybde en Scylla et qu’elle verra des affrontements entre chrétiens… Oui, ce sera une croisade sanglante d’où le nom de la série, La croix sanglante

 

Les auteurs se lancent donc dans une aventure presque aussi périlleuse que la croisade car réaliser une bande dessinée historique sur un tel sujet n’est pas sans risque et danger… La rigueur semble être là, la qualité graphique indiscutable et le lecteur plonge dans le récit avec plaisir malgré les explications indispensables qui peuvent parfois alourdir le discours, les dialogues, les cases…

 

J’ai beaucoup aimé ce premier album et j’attends avec une réelle impatience la suite en l’espérant à la hauteur. Les auteurs sont originaires d’Europe de l’Est – pour parler avec nos mots d’autrefois – et je trouve qu’ils apportent une véritable qualité à ce récit qui mérite toute notre attention par son dynamisme graphique et son fond historique… Un épisode important de ces croisades et une cruauté qu’il faut avoir en tête quand on parle de ces guerres incroyables…

 

Pour compléter cette série, on peut aussi retrouver la vision globale des croisades avec Histoire des Croisades de Jean Richard, un excellent ouvrage de synthèse sur le sujet… et que l’on a la possibilité de trouver encore en librairie en format poche (enfin, grosses poches quand même !).

 

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire et que nous sommes encore en été, bonne lecture à tous !

 
 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 10 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Team Rafale

L’été c’est fait pour lire et parfois je vous propose des albums de bande dessinée très spécialisés dans l’aéronautique. Il faut dire que j’aime beaucoup ces histoires d’avions, de pilotes et de troisième dimension, domaine que j’ai découvert assez jeune avec les aventures de Tanguy et Laverdure que je trouvais dans le magazine Pilote puisque j’avais la chance de le voir arriver à la maison…

 

 

Après Michel Tanguy et Ernest Laverdure, il y eut Dan Cooper, puis Buck Dany, puis Adler… Après je suis passé à d’autres genres délaissant quelque peu les avions… J’y suis revenu avec quelques bons albums de reprise dans les séries Tanguy et Laverdure et Buck Dany. C’est ce qui m’a poussé, doucement mais surement, vers des séries comme Team Rafale, série majeure des éditions Zéphyr…

 

De la même façon que les aventures de Michel Tanguy et Ernest Laverdure devinrent l’emblème papier des avions Mirage, Team Rafale, comme le nom l’indique, porte l’avion Rafale. Ne me demandez pas de faire la publicité de cet avion, avant tout système d’armes et objet de guerre, mais plutôt de vous dire qu’au-delà de l’aspect armement, cette série développe des personnages profonds et très humains. Le personnage central, Tom est certes un pilote de chasse digne de ses grands prédécesseurs mais aussi un père séparé qui doit jongler avec les moments où il peut voir sa fille. Ces moments sont toujours trop courts car la vie de pilote n’est jamais un long fleuve tranquille d’où le divorce d’ailleurs…

 

Depuis peu, Tom est affecté sur le porte-avions De Gaulle et j’ai le sentiment que la série s’épaissit encore un peu plus. Il faut dire que le porte-avions c’est comme une ville sur une petite île, c’est comme un huis-clos océanique et donc les relations entre les personnages semblent plus fortes, plus radicales, plus profondes…

 

Dans le tome précédent, le porte-avions fait escale dans l’Océanie où Tom arrive à prendre un peu de repos en voyant sa fille. Mais l’avion qui la ramène en France disparait des radars de contrôle… Le drame absolu… Il s’avère que l’avion a peut-être été détourné et Tom va vouloir sauver sa fille…

 

Je ne peux pas en dire beaucoup plus car le lecteur appréciera de garder des éléments de l’histoire à découvrir et il ira probablement de surprise en surprise… Dans cet album, peu de scènes aériennes, beaucoup plus de jungle, de combats politiques, ethniques ou militaires… Les commandos sont plus à l’honneur que les pilotes même si…

 

Le lecteur va réellement trembler mais sa lecture sera jubilatoire et il ne pourra jamais reposer l’album avant de savoir ce qui est advenu de cet avion de ligne et si, bien sûr, le combat potentiellement très dangereux de Tom et ses amis aura servi à quelque chose : trouvera-t-il sa fille vivante ?

 

Le dessin d’Olivier Jolivet, qui a repris le dessin de la série à partir du tome 9, s’améliore de page en page et c’est un véritable plaisir de découvrir sa maitrise du dessin dans des milieux aussi différents que la mer, l’air, la jungle ou même un simple bureau de dictateur…

 

Signalons encore que les albums de cette série sont toujours enrichis de quelques pages sur la réalité des avions, des porte-avions, des femmes et des hommes qui exercent ces métiers au service de la France.

 

J’ai donc bien apprécié cet album, Portés disparus, qui termine l’histoire commencée avec Le vol AF414 a disparu, et il ne nous reste plus qu’à attendre de voir ou le scénariste Frédéric Zumbiehl décidera de nous emmener la prochaine fois !

 

En attendant, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 9 sept 2019

L'été c'est fait pour lire Sherlock Holmes - suite 1

Puisque je commence aujourd’hui quelques chroniques sur un enquêteur que j’aime beaucoup, Sherlock Holmes, pas question d’oublier les adaptations en bédé des aventures de ce héros, aventures écrites par Sir Arthur Conan Doyle ou par d’autres auteurs… Alors, fonçons tête baissée !

 

On croyait qu’après les albums Jack l’éventreur (Duchâteau et Stibane) et From Hell (Alan Moore et Eddie Campbell) plus rien ne serait possible en BD avec Jack l’éventreur. C’était oublier qu’il y avait un roman de Dibdin qui attendait dans l’ombre des bibliothèques, L’ultime défi de Sherlock Holmes…


Or cette histoire est en bande dessinée dans cette collection de qualité Rivages/Casterman/Noir, espace atypique entre une collection de polars noirs et un grand éditeur de bédés. La parution date de 2010 mais il est encore temps de lire cet ouvrage de qualité…


L’histoire est simple – Jack l’éventreur est en train de ravager le milieu des prostituées londoniennes, celles du quartier de Whitechapel, « vaste paradis du crime » – et complexe car c’est Watson qui fait le récit de cette affaire à Conan Doyle, longtemps après les faits, comme pour alléger sa conscience avant de disparaître… A l’époque des faits, le pauvre Watson était aussi perturbé dans sa lucidité par la présence de sa fiancée, Mary…


On peut aussi dire que cette histoire, qui donc ne fait pas partie des romans « historiques » de Conan Doyle est à la fois un hommage à un héros adoré, aucun doute là-dessus, et une impertinence de potache puisque Sherlock Holmes… enfin… bref… Ce n’est pas à moi de vous dire comment se terminera cette histoire pour Sherlock Holmes, le professeur Moriarty et le fameux docteur Watson…


Le scénariste de la bande dessinée utilise bien le roman de l’Irlandais Michaël Dibdin, le transforme astucieusement en bande dessinée sans faire du faux cinéma ou du roman illustré. On peut dire qu’Olivier Cotte, grand spécialiste du neuvième art, s’approprie parfaitement et l’histoire et nous offre un véritable scénario de bédé.


Il est vrai qu’il est servi admirablement bien par Jules Stromboni qui a trouvé pour cet album le ton graphique juste : une nostalgie certaine qui permet un plongeon dans le Londres de Jack l’éventreur, un dessin qui n’est pas sans rappeler les illustrations d’autrefois qui accompagnaient les affaires criminelles, celles que j’avais dans ma jeunesse sur les couvertures des romans de Jean Ray (Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain). Enfin, il utilise avec brio les traits de l’acteur Jeremy Brett qui fut en son temps (années quatre vingt) un des meilleurs Sherlock Holmes à la télévision, en tous cas celui que je continue à voir avec plaisir même dans des adaptations dont je connais le scénario par cœur…

Une excellente bande dessinée que l’on lira avec d’autant plus de plaisir que l’on appartient aux fans du détective anglais de Baker Street… et comme l’été c’est fait pour lire et relire… Bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 3 sept 2019

L'été c'est fait pour lire : Les reines de sang

L’été c’est fait pour lire et, hier, nous avons croisé Catherine de Médicis dans la série Les guerriers de Dieu de Richelle et Wachs. Il me semblait logique de prolonger le regard sur cette reine avec la série qui lui est consacrée chez Delcourt…

 

Il y a quelques petites années quand j’avais entendu parler pour la première fois de la collection Les reines de sang, je m’étais fait deux réflexions. D’une part, je me réjouissais d’une telle idée étant passionné d’histoire et de bande dessinée. J’étais donc prêt à lire tous les albums, à découvrir toutes les reines qui feraient l’objet d’une histoire… Grand bien m’en a pris puisque c’est avec passion et un certain bonheur que j’ai lu Aliénor, Isabelle, Jeanne ou Tseu Hi… D’autres m’ont moins emballé mais cela me semble tout à fait normal car on ne peut pas tout aimer !

 

Mais la deuxième réflexion était de savoir si cette collection trouverait son lectorat, au moins le nombre de lecteurs minimal pour que l’éditeur ait envie de continuer le travail… Là, même si je n’ai pas les chiffres précis, il semble bien que si les chiffres de ventes n’aient pas été au rendez-vous, la série Aliénor n’aurait eu 6 albums alors qu’au départ il en était prévu 3… Donc, on peut dire que tout va relativement bien, que la collection se prolonge et que nous avons ce mois-ci deux nouvelles séries royales avec Catherine de Médicis et Les trois Julia…

 

Pour aujourd’hui, restons seulement concentrés sur Catherine de Médicis. En France, tout le monde connait le nom de cette reine et on lui attribue généralement le massacre de la Saint-Barthélemy et la folie de ses enfants à commencer par celle de son fils Charles IX. Pour le reste, avouons que les informations factuelles ne sont pas très nombreuses… D’ailleurs, cette reine de France d’origine étrangère a-t-elle eu réellement du pouvoir ? Catherine a-t-elle sauvé la France ou au contraire l’a-t-elle coulée ? En fait, il est très difficile de comprendre cette reine et les biographies la concernant ne sont pas toutes du même avis… Ce qui semble certain, c’est que sa réputation de « reine de sang » justifie totalement sa présence dans cette collection !

 

Le premier tome de cette biographie en bande dessinée – on en annonce trois – va concerner sa jeunesse en Italie, plus exactement à Florence et Rome. C’est la partie que nous ne connaissons pas trop nous Français mais que la scénariste de la bédé, Simona Mogavino, connait le mieux…

 

Simona a d’abord travaillé dans la sauvegarde et la réfection des œuvres d’art avant d’être immobilisée durant quelques mois pour un problème de santé. C’est alors qu’elle a compris qu’elle pouvait faire autre chose de sa vie. Elle a d’abord lu puis écrit. Et comme son mari, Alessio Lapo, qu’elle a rencontré lors d’un travail sur une fresque, fait de la bande dessinée c’est assez naturellement qu’elle a pensé écrire des scénarios de bédés…

 

Aliénor, dont je vous ai déjà parlé, est sa première série de bande dessinée et elle a travaillé en étroite collaboration avec Arnaud Delalande sur le scénario et avec le dessinateur Carlos Gomez, un Argentin qu’elle aime beaucoup. Après cette série Aliénor, le même attelage professionnel se lance dans l’histoire de Catherine de Médicis.

 

Ce premier album de Catherine de Médicis, la reine maudite est très réussi même si on ne peut plus parler de surprise après les six volumes d’Aliénor, la légende noire. En effet, le scénario est clair et précis, les références historiques suffisantes mais pas étouffantes, les personnages crédibles, les dialogues conséquents mais pas trop pour sauver la narration graphique, le dessin dynamique, le rythme de la bédé est pertinent… Bref, tous les indicateurs sont au vert pour annoncer que cette série devrait cartonner auprès des lecteurs… d’autant plus que tout ce qui touche aux guerres de religion est aujourd’hui un sujet qui intéresse les lecteurs…

 

D’ailleurs, signalons que, en plus de la série Les guerriers de Dieu (Glénat), il existe encore une autre série qui traite du massacre de la Saint-Barthélemy, Saint-Barthélemy (Les Arènes)… Vous avez réellement le choix pour découvrir cette tragique période et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 30 août 2019

L'été c'est fait pour lire : Les guerriers de Dieu

L’été c’est fait pour lire et en cette période de rentrée littéraire – oui, pour moi les nouveautés BD appartiennent bien à la rentrée littéraire – les bandes dessinées s’amoncellent et s’empilent avec parfois d’excellentes choses que j’ai envie de vous présenter… Je viens de terminer la dernière livraison de la série Les guerriers de Dieu, le tome 5, consacré au massacre de la Saint Barthélémy. Les auteurs, Philippe Richelle pour le scénario et Pierre Wachs pour le dessin, achèvent là cette série que je suis depuis le début et que je trouve excellente…

 

Certes, j’aurais pu vous en parler le 24 août – jour anniversaire du massacre – mais comme les méfaits tragiques ont duré plusieurs jours, nous sommes bien encore dans les dates… Faut-il, d’ailleurs, célébrer un tel évènement ? Certains diront non car il ne faut pas s’auto-flageller et cesser de mettre en avant ce type d’évènements qui nuit à notre image… Je préfère, comme toujours, regarder notre histoire avec le plus de lucidité et en tirer tous les enseignements pour le futur… C’est le rôle de l’histoire et de son étude régulière par tous ! D’ailleurs, quand on veut supprimer ou alléger les cours d’histoire c’est pour mieux oublier et exploiter les citoyens aujourd’hui et demain !

 

Ce dernier album entièrement consacré au massacre de la Saint-Barthélemy ne met en scène presque exclusivement que les personnages historiques. Les personnages de fiction, inventés par Philippe Richelle, disparaissent ou ne sont cantonnés qu’aux tâches secondaires… Maintenant, le roi, Charles IX, la reine mère, Catherine de Médicis, et son fils préféré, François d’Alençon duc d’Anjou, sont sur le devant de la scène. Ils sont accompagnés de l’amiral de Coligny, d’Henri de Navarre, futur Henri IV, et de Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot…

 

On ne résume pas en quelques phrases ce qui s’est passé en France, à Paris en particulier, à cette époque. Ce qui est certain, c’est que nous sommes en pleine période des guerres de religion qui sont plus des guerres politiques et civiles que des guerres religieuses. La France contrairement à d’autres nations s’est divisée en deux au moment de la Réforme. Les enjeux sont politiques : quelle famille arrivera à prendre l’ascendant sur la famille royale et finalement dirigera la France… La famille de Guise tient la corde et joue le jeu des catholiques ultra… 

 

La reine Catherine de Médicis est à la foi une femme forte, ambitieuse, catholique, cynique et pleine d’ascendant sur ses enfants – et à ce titre on la considère souvent comme la grande responsable du massacre de la Saint-Barthélemy – mais, en même temps, elle comprend les enjeux d’unité du royaume et elle est prête à certains compromis avec les Huguenots…

 

Le bilan sera terrible, le sang va couler sur Paris et sur la France, Charles IX ne s’en remettra pas, le royaume tentera de se reconstruire mais il faudra beaucoup de temps et après ce massacre, fin de cette série, il y aura encore de nombreux évènements comme l’assassinat du duc de Guise, l’assassinat d’Henri III, l’avènement d’Henri IV, l’édit de Nantes…

 

Cette très bonne série, Les guerriers de Dieu, a le mérite de bien expliquer tout cela, de rendre accessible ces guerres de religion à tous les lecteurs et permet de comprendre ce que peut être l’intégrisme sous toutes ses formes… Du coup, belle ouverture sur notre époque aussi !

 

Très bon scénario de Philippe Rochelle qui respecte l’histoire, les personnages connus et les circonstances tout en incluant un petit grain de fiction bien sympathique. Belle narration graphique de Pierre Wachs qui montrera aux plus réticents que la bédé historique peut être dynamique, agréable à lire et intelligente !

 

Comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 29 août 2019

L'été c'est fait pour lire : Algériennes, 1954-1962

L’été c’est fait pour lire et comme je vous y invitais à redécouvrir, à partir de lectures, la place des femmes dans notre histoire… Or, bien souvent, quand on nous parle des guerres, des révolutions, des grandes évolutions de la société, on nous parle des hommes comme si, à eux seuls, ils avaient tout fait… On pourrait quand même redécouvrir le rôle des femmes – et il fut bien réel – dans les grands évènements de notre histoire… Femmes qui font tourner les fermes durant toutes les guerres depuis l’Antiquité, femmes qui remplacent les hommes dans les usines durant la Première Guerre mondiale, femmes en résistance durant la Deuxième… Alors, pourquoi ne pas regarder les femmes durant la Guerre d’Algérie ?

 

Algériennes, 1954-1962, est un magnifique album de bande dessinée qui parle de l’Algérie, de la guerre d’Algérie… Meralli et Deloupy, auteur et scénariste, pourtant, ne nous disent rien des batailles, des grands chefs, des grands attentats, des tentatives de putsch ou autres faits marquants de ce conflit… D’ailleurs, de cette guerre on ne veut jamais parler en France… On veut oublier !


Est-ce mieux en Algérie ? Non, dans ce pays qui a gagné son indépendance à l’issue de ce conflit, on a un culte du FLN mais on ne rend pas hommage à tous ceux qui ont combattu pour cette dernière, juste ceux qui ont gagné avec leur mouvement devenu parti… Quant aux autres, on les a même assassinés…

Cette guerre d’Algérie est comme une pustule dont les deux nations n’arrivent pas à se débarrasser, un chancre qui reste là et qui est transmissible à une jeunesse qui n’est pas toujours très informée sur ce que fut cette période terrible…


Les deux auteurs de la bande dessinée ne remédient pas à tout cela mais ont décidé de donner la parole aux femmes… Mère d’appelé, femme d’appelé, fille de combattant, fille de Harki, combattante… Qui sont-elles ? Comment ont-elles vécu cette période ? Comment voient-elles les choses des décennies plus tard ?


Pour arriver à cela, ils ont mis en place un personnage, Béatrice, qui de nos jours lit un article sur les atrocités de la guerre d’Algérie… Or, son père fut appelé durant cette guerre et il ne lui a jamais rien dit… Rien sur ce qu’il avait vécu, fait, subi, ressenti… Il refuse de parler et c’est sa maman qui après avoir raconté un évènement vécu lors d’un passage à Alger la met en contact avec une autre femme… Puis de femme en femme, elle reconstitue des destins qui se croisent et racontent non pas la guerre d’Algérie mais des vécus de guerre par des femmes algériennes… ici, Algériennes ne signifie pas autre chose que femmes qui on vécu en Algérie…


C’est touchant, bouleversant, pertinent, riche en humanité, incrusté dans l’histoire de ces deux pays, ces deux nations, ces deux peuples… Cela ne remplacera pas les Histoires d’Algérie ou autres ouvrages sur la Guerre d’Algérie, mais cela permettra de probablement mieux comprendre l’ambiance dans laquelle se sont passés ces fameux « évènements »… Oui, la guerre dont on n’osait même pas dire le nom !


Cet ouvrage pourrait sembler déplacé car paru au moment où nous commémorions la fin de la Grande Guerre, mais, en fait, il y a bien un point essentiel qui unit ces deux temps forts de notre histoire : la guerre est terrible, toujours, qu’elle soit entre deux pays, au sein d’un même pays ou d’indépendance… La guerre est toujours sanguinaire, cruelle et dramatique. Elle l’est pour ceux qui la font, ceux qui meurent, ceux qui survivent… Terrible aussi dans les mémoires jusqu’à bouleverser ceux qui ne l’ont pas faite mais qui en portent le poids malgré tout… Or, à chaque fois on oublie de parler des femmes qui pourtant sont bien là, présentes, souffrantes, actrices, victimes et ce sont elles qui transmettent la mémoire d’un évènement comme le montrent bien les auteurs de ce très bon album…


Donc, non seulement il faut lire cet album mais il faut le faire lire et c’est bien le moment puisque l’été c’est fait pour lire…


Les dessins de Zac Deloupy dans Algériennes sont magnifiques et sa narration graphique est profonde, profondément humaine pour ne pas dire pétrie d’humanisme… C’est à ne pas manquer sous aucun prétexte !


Donc, très bonne lecture à tous et à très bientôt…

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 21 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Coco Chanel

L’été c’est fait pour lire et voici donc le dernier album de la collection Grands destins de femmes dont je voulais vous parler… Si je vous dis qu’il se nomme Coco Chanel, vous allez vous dire que pour une fois on est en terrain connu et populaire car en France on connait tous Coco Chanel…

 

Gabrielle Chanel est beaucoup plus connue sous le nom de Coco Chanel. Mais que connaissons-nous d’elle ? Si elle est restée comme un nom associé à la haute couture, on sait moins que son impact fut capital pour la vie quotidienne des femmes : mode des cheveux courts, faux bijoux d’apparat permettant à toutes les femmes de se parer en fonction de leur bon vouloir, coupe des vêtements révolutionnaire dont un certain tailleur qui reste encore de mise… Oui, Coco Chanel fut une femme importante du vingtième siècle et il ne faudrait pas la limiter à une femme atypique, capricieuse et artiste…


Le travail de Pascale Frey et Bernard Ciccolini permet de comprendre cette femme, de son enfance à la fin de sa vie, dans ses grandeurs et ses aspects plus obscurs, de la tristesse de l’orphelinat à la solitude finale dans sa suite du Ritz… L’album fait revivre les moments les plus exaltants, les rencontres les plus improbables, de cette « Mademoiselle »…


Souvent les dessins sombres de Bernard Ciccolini plongent le lecteur dans ces tensions qu’elle connut bien souvent dans une vie qui ne fut pas toujours, loin s’en faut, baignée des odeurs douces de son Numéro 5… Elle traverse la vie dans une certaine souffrance, dans une mélancolie sans équivalence, et personne ne sut probablement la comprendre entièrement… mais avec cette bédé, qui sait ?

 

Alors, on pourra aussi, et ce n’est pas incompatible avec la lecture de cet album, regarder les films Coco avant Chanel (2009) d’Anne Fontaine avec Audrey Toutou ou Coco Chanel (2008) de Christian Duguay avec Barbora Bobulova… Mais comme l’été c’est fait pour lire commençons par la bédé… Bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Dian Fossey

L’été c’est fait pour lire et comprendre le monde d’aujourd’hui, entre autres. Au moment où ne peut que constater la disparition d’un certain nombre de mammifères, je vous invite, toujours en passant d’un album à l’autre dans cette grande collection bédé Grands destins de femmes, de découvrir celle qui nous a presque tout appris sur les primates…

 

Primatologue ? Métier très particulier et presque inconnu, surtout de la part de Dian Fossey dont le seul animal ayant retenu son attention durant sa jeunesse est un poisson rouge… de là à s’occuper de primates, de gorilles…


Née au cœur des années trente, elle a su se construire, se trouver une place à part au sein de la communauté scientifique avec compétences et passion. Elle a consacré sa vie à la connaissance des gorilles rwandais, encouragée à l’époque par le célèbre anthropologue Louis Leakey.


Ses études, son engagement, sa présence sur le terrain, ont permis, sans aucun doute, de sauver cette espèce en grand danger, mais cela lui coûtera la vie. Elle est assassinée en 1985, meurtre non élucidé probablement le fait d’un braconnier !


Jean-Philippe Noël et Bernard Ciccolini nous présentent tous les éléments marquants de la vie de Dian Fossey qui ont fait d’elle une femme d’exception, aussi controversée que respectée, ayant beaucoup fait pour la science...


Son impact au Rwanda a été immense et on l’appelait Nyiramacibiri, la sorcière… Oui, quand une femme impressionne, on a souvent l’habitude de la traiter de sorcière puis de la brûler… Là, on lui fendra le crane à coups de machette…

 

Cet album, Dian Fossey permet de découvrir cette femme et de comprendre les enjeux dans la conservation de ces grands primates… Nos frères, nos cousins, nos amis… à vous de choisir et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Françoise Dolto

L’été c’est fait pour lire alors continuons à passer en revue, certes de façon trop catalogue pour certains, les différentes bandes dessinées de cette collection Grands destins de femmes. Je peux donner le sentiment d’insister lourdement mais je suis déçu de la disparition de cette collection… Ouvrons Françoise Dolto

 

 

Pour des générations de parents, Françoise Dolto est celle qui a permis de rétablir le dialogue au cœur des familles. Elle fut très certainement un guide, un repère, une pédiatre, une psychanalyste, et même une pionnière à l’avant-garde de la connaissance de l’enfant, de l’adolescent, de l’être humain !


Elle a eu le mérite de faire comprendre que l’on devenait parent le jour de la conception et que dès cet instant tout était changé quel que soit l’enfant, son sexe, ses différences, ses dysfonctionnements…


Françoise Dolto est celle qui a porté l’idée que l’enfant était une personne à part entière comme les autres. Elle a aussi tenté d’expliquer aux parents et éducateurs que tout était langage, de la mimique au geste, du mot au silence. Tout a un sens et l’enfant perçoit tout cela…


Par ailleurs, Françoise Dolto est une femme, une féministe convaincue qui s’est battue férocement contre l’immobilisme de la société, la rigidité de ses institutions et mêmes le conservatisme des professionnels de l’enfance…


Marie-Pierre Farkas, auteure et Marianne Ratier, dessinatrice, se sont attachées à ce que furent les premières années de la petite Françoise Dolto, ses rapports avec sa mère entre autres, cette genèse expliquant la grande femme qu’elle allait devenir…

 

Alors, bien sûr, aujourd’hui, plus de trente ans après sa disparition, certains aspects de ses travaux sont critiqués, complétés ou rejetés… Qu’importe, elle fut une grande femme et cet album permet de comprendre son destin et ses intentions… alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : Virginia Woolf

L’été c’est fait pour lire mais est-il nécessaire de lire une bande dessinée biographique sur une romancière ? Ne vaudrait-il pas plutôt lire directement un de ses romans ? En fait, tout est concevable y compris l’idée que la bande dessinée pourrait ouvrir les esprits et les préparer à la lecture des romans… Non ?

 

 

La bande dessinée est habituée à proposer des aventures, des actions, des rebondissements… Aussi, voir une biographie d’une auteure comme Virginia Woolf racontée avec ce mode narratif, est une véritable surprise. Comment une femme de lettres dépressive qui finit par se suicider peut-elle se transformer en héroïne de bédé ? Impossible diront certains !


Pourtant, quand Michèle Gazier se glisse dans la personnalité de Virginia Woolf, on sent immédiatement que l’alchimie va fonctionner, que la magie va opérer, que le lecteur va se laisser prendre au piège… Le piège de la littérature ! Le choix de la romancière y est pour quelque chose… Une romancière, une femme, une sensibilité proche… tout ce qu’il fallait pour que le résultat soit beau !


Fallait-il encore trouver un dessinateur capable de trouver le bon ton, le graphisme idéal, les couleurs justes, une narration graphique aussi délicate que l’écriture de Virginia Woolf… Et c’est bien le cas avec Bernard Ciccolini !


Ceux qui ont lu Virginia Woolf retrouveront l’auteure et se rappelleront tous ses romans et son journal. Les dessins viendront réveiller les souvenirs et l’imaginaire construits durant les lectures… Les autres tenteront d’apprivoiser Virginia avant de se précipiter en librairie ou à la bibliothèque pour lire Le journal (en version intégrale ou en extraits), Mrs Dalloway ou, qui sait, La vie de Roger Fry…

 

Attention, le choix est si vaste que chacun trouvera un texte à sa convenance sans que l’on puisse parler de vérité… Elle n’existe pas en littérature… Quoi que… Enfin, à vous de juger !

 

Virginia Woolf est une belle bande dessinée qui appartient à cette magnifique collection Grands destins de femmes qui a malheureusement disparu mais que l’on peut encore lire, heureusement… car l’été c’est fait pour lire !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du14 08) : La Pasionaria

L’été c’est fait pour lire et j’ai bien l’intention de continuer à vous proposer les albums de cette collection Grands destins de femmes même si elle a tristement disparu absorbée par les problèmes financiers de l’éditeur Naïve… Les femmes ne sont pas illustrées seulement dans les arts ou quelques sciences délaissées par les hommes, on les trouve aussi en politique et depuis longtemps… Aujourd’hui, rencontrons La Pasionaria !

 

 

La Pasionaria ! Un nom, un cri, une figure, une époque… Et, pourtant, qui pourrait nous parler d’elle, retracer les grandes lignes de sa vie ? Peu savent qui elle fut, quelle femme elle a été pour marquer son temps et rester dans les mémoires par un simple surnom, la Pasionaria !


Dolorès Ibarruri fut une femme a participé à la direction du parti communiste de son pays et à la guerre civile espagnole, s’est retrouvée en exil en Union soviétique… et est revenue, finalement, mourir dans son Espagne natale.


La Pasionaria est une référence à la passion du Christ ce qui peut en surprendre plus d’un pour une communiste convaincue.


Les deux auteurs, Michèle Gazier et Bernard Ciccolini, retracent sa vie avec précision et parfois le ton devient grave et triste comme pour la mort de sa fille Esther, âgée de trois ans… Il y a aussi des périodes plus politiques, plus verbales et on peut penser à ses prises de parole en prison. Enfin, la Guerre civile apporte une touche de tragédie grecque…

 

Son cri, son slogan, sa devise, ¡No Pasarán! Lui a survécu et il est bien universellement connu…

 

Après la Guerre civile, elle part en exil en Union soviétique dont elle reviendra en 1975 après la mort de Franco…


De 1895 à 1989, elle va vivre son destin humain, avec grandeur et, parfois, discrétion, dans l’anonymat ou sur le devant de la scène, avant de devenir un mythe de son vivant ce qui n’est pas donné à tout le monde, encore moins à une femme !

 

Elle décède à Madrid en 1989, 3 jours après la chute du mur de Berlin, tout un symbole…

 

Une bande dessinée, La Pasionaria, à lire pour comprendre ce personnage mystérieux et populaire et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire :Aliénor, la légende noire

L’été c’est fait pour lire et continuons à regarder les récits de vies de femmes célèbres en bande dessinée. Les femmes ont fait l’histoire, au moins au même titre que les hommes, et il est bien temps de leur redonner la place qu’elles méritent…

 

 

Oui, je suis bien un passionné d’histoire, d’histoire de France en particulier mais pas d’histoire nationaliste ou politisée. J’aime l’histoire car elle peut nous faire comprendre d’où on vient sans d’ailleurs nous garantir la destination car le passé ne conditionne pas non plus de façon absolue le présent… J’aime très spécifiquement l’Histoire de France quand une personne d’un autre pays se penche sur les évènements qui nous ont touchés. En effet, c’est passionnant de voir comment est perçue notre Histoire par ceux qui nous regardent de près ou de loin… En plus, si c’est une femme regardant l’histoire d’une femme cela devient passionnant…

 

C’est ainsi que Simona Mogavino, experte en art religieux, a décidé suite à un accident qui l’avait quelque peu immobilisée, de se pencher sur l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine. Au départ, une curiosité pour cette femme qui a été reine et France puis reine d’Angleterre, puis une sympathie avant de devenir une passion…

 

Comme elle est femme d’un auteur de bande dessinée, Alessio Lapo, elle se dit que cette femme pourrait bien devenir un personnage du neuvième art. La voilà qui recherche un éditeur et c’est chez Delcourt avec Marya Smirnoff, que tout prendra forme. On lui trouve un coscénariste, Arnaud Delalande, et l’équipe se complète avec un dessinateur qu’elle connaissait bien, Carlos Gomez. Ce dernier est un Argentin qui travaille en Italie depuis quelques années… une belle équipe internationale pour une reine qui fut successivement, en quelque sorte, aquitaine, française, angevine, anglaise… Européenne, quoi !

 

Cette série, Aliénor, la légende noire, a commencé doucement, on parlait d’un triptyque, pour maintenant devenir une très belle série, 6 magnifiques albums, tous parus. On y découvre le personnage d’Aliénor, sa vie de reine française, son couple avec le fameux Louis VII, puis leur divorce, son mariage avec Henri Plantagenet, son arrivée sur le trône d’Angleterre… Oui, la vie d’Aliénor est un roman tragique, une aventure incroyable et elle va provoquer, sans en mesurer directement les conséquences, la Guerre de Cent ans !

 

Il s’agit là d’une très belle bande dessinée, très bien construite et posée sur des bases historiques solides même si la priorité est bien donnée à tout ce qui peut faire d’Aliénor une reine de sang – titre de la collection – et une femme de caractère, peut-être trop car il est difficile d’avoir des preuves de certaines réactions de la reine. En même temps, il ne s’agit pas d’une thèse d’histoire mais d’une série de bande dessinée !

 

J’avoue qu’il s’agit d’une magnifique surprise, peut-être d’ailleurs la seule de qualité dans cette collection car les autres reines évoquées font pâle figure à côté d’Aliénor : Isabelle De France, Frédégonde, Tseu Hi… Ce n’est pas seulement le talent des auteurs qui est en cause – Simona, Arnaud et Carlos sont de grands auteurs – mais aussi le personnage de leur héroïne – Aliénor est exceptionnelle, ou, du moins, ils en ont fait un personnage d’exception !!!

 

 

Pour une fois, dans cette histoire pourtant connue, le bon n’est pas ce roi Louis VII, éduqué pour être religieux et père de Philippe Auguste et la légère n’est pas cette sudiste Aliénor d’Aquitaine que l’on présentait trop souvent comme une femme futile… Tout était plus complexe… et c’est souvent cela l’histoire ! Quant aux femmes, royales ou pas, on les a trop souvent ignorées, méprisées, sous-estimées… Au moins, là, Aliénor existe par elle-même !

 

Donc c’est bien à lire et faire lire et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du 13 08) : Isadora Duncan

L’été c’est fait pour lire et grâce à la collection  Grands destins de femmes, malheureusement disparue aujourd’hui dans l’indifférence totale des hommes, je vous propose quelques bandes dessinées qui retracent avec talent et efficacité des vies de grandes femmes de notre humanité. Après une philosophe, une physicienne et une botaniste, voici donc une danseuse…

 

La danse est l’art éphémère par excellence. Quand la danseuse a dansé, quand elle a terminé de virevolter au rythme de la musique, il ne reste rien ! Isadora Duncan a laissé son empreinte dans les mémoires humaines, c’était il y a longtemps, et, pourtant, avec cet album la voilà la belle Isadora qui occupe l’espace… Fascinant !


Jules Stromboni, le dessinateur, a trouvé un mode graphique dynamique et rien n’est figé au cœur des cases. Les pages consacrées à la jeunesse de la danseuse sont extraordinaires et feront référence dans l’histoire de la bande dessinée. Le neuvième art n’est plus un cinéma de papier, c’est la vie tout simplement avec ses mouvements, sa musique… et c’est beau !


Elle dansait pieds nus, elle aurait souhaité s’affranchir des vêtements et pourtant elle est morte étouffée, étranglée par une écharpe… Le tissu se vengeait en quelque sorte !


Une jeune autrice pour rendre hommage à cette femme libre dans sa vie, libre dans son art, Josépha Mougenot ; un dessinateur confirmé qui a surpris son petit monde lors de son Sherlock Holmes, Jules Stromboni ; un ensemble totalement réussi qui enchantera les lecteurs…

 

Cet album, Isadora Duncan, est absolument à découvrir, lire et faire lire car il présente une magnifique artiste, traite de la danse en image fixe et est une source de bonheur pour le lecteur… et comme l’été c’est fait pour lire… Bonne lecture !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 13 août 2019

L'été c'est fait pour lire (suite du 13 08) : Maria Sybilla Meria

L’été c’est fait pour lire, certes, je vous le dis toujours, mais aussi pour redonner aux femmes la place qu’elles méritent dans l’histoire de l’humanité… Là, avouez, ce n’est pas gagné ! Faites le test avec vos amis, jouez à trouver le plus de femmes célèbres dans les sciences…

 

Il faut bien avouer qu’être présente dans notre mémoire collective n’est pas si facile pour une femme surtout s’il s’agit d’une Allemande – née en 1647 à Francfort-sur-le-Main – qui a vécu entre trois régions différentes, l’Allemagne, les Pays Bas et le Suriname…


Il faut dire aussi que Maria Sybilla Merian, n’a pas facilité la tâche des historiens… Elle fut naturaliste, botaniste, artiste… ce qui n’était pas si simple au 17eme siècle. Son père lui a fait confiance, lui a permis de faire des études, lui a ouvert une porte par laquelle elle s’est engouffrée par sa curiosité, son talent et son travail ! Oui, son père a été un personnage clef pour lui permettre de s’épanouir comme quoi certains hommes croyaient en la force des femmes, en leur talent, en leurs capacités et il avait du se battre contre le reste de la famille…


Figure remarquable de l’histoire naturelle, considérée comme la mère de l’écologie moderne, son destin est mis à l’honneur par ce travail de Yannick Lelardoux qui nous plonge dans l’histoire de cette femme, sous la forme d’un journal intime dessiné.


Fascinée par les insectes et toutes autres créatures vivantes depuis qu’elle est enfant, Maria va partir à la découverte d’un nouveau monde. Une aventure humaine dont le moteur essentiel fut une volonté de fer car à cette époque, une femme ne pouvait pas décider d’elle-même ce qu’elle pouvait faire…

 

Une belle façon de s’ouvrir au concept de biodiversité… Comme quoi la bande dessinée ouvre à tout et puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 13 août 2019





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