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BANDES DESSINÉES... Plus de 700 articles (janvier 2019)

La BD est en force sur vivre-a-chalon.com

BD...

En partenariat avec des étudiants de l'IUT (Licence TAIS) et Michel BONNET cette rubrique s'intéresse  au "neuvième art" en général mais, et, c'est la raison d'être de notre média,  également aux acteurs chalonnais et aux initiatives locales dans le droit fil du projet "Chalon en bulles" dont Michel Bonnet fut l'initiateur et l'animateur il y a quelques années.

Avec son équipe il ira à votre rencontre... mais n'hésitez pas à faire le premier pas si vous partagez cette passion pour les bulles !

 

Des textes, des photos, des interviews audio, des vidéos...
Bonne promenade !


 

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L'été c'est fait pour lire : Double assassinat dans la rue Morgue

L’été c’est fait pour lire et voici, du moins je le pense sincèrement, ma dernière chronique liée à Edgar Poe. Oui, il faut bien en terminer à un moment… Ils sont nombreux ceux qui ont osé parler de Poe, ce fameux écrivain gothique et romantique. Oui, je dis gothique car je suis persuadé qu’aujourd’hui il le revendiquerait même si le mot n’avait pas du tout le même sens de son vivant…

 

 

Comment ne pas évoquer Charles Baudelaire qui a traduit et rendu célèbre cet auteur dans notre pays la France. Je suis incapable de qualifier sa traduction car je n’ai jamais lu Poe dans le texte, seulement transfiguré par le poète. Me manque-t-il un élément de Poe ? Je n’en sais rien mais je dois avouer que je ne tiens pas à abandonner ma traduction, celle que j’ai dans la collection La Pléiade, une des premières parutions de cette collection…


Passionné de bandes dessinées, comme vous le savez maintenant tous ou presque, j’ai toujours été attentif à ceux qui tentaient d’adapter Edgar Poe en bédé, en dessin animé ou en film… Et ce n’est pas si simple ! Enki Bilal, auteur d’une magnifique préface à une nouvelle de Poe [Le portrait ovale, ouvrage présenté hier] mise en image par Pascal Somon, disait en 2001, que le texte est « d’une richesse picturale à laquelle il ne fait pas bon de se frotter ». Oui, quelle folie de se lancer dans la mise en images d’un texte si expressif, si parlant, si évocateur…


Jean-David Morvan, directeur de la collection Ex-Libris aux éditions Delcourt, continue ici l’adaptation de grands auteurs en bandes dessinées :

- pour partager ses lectures préférées avec des lecteurs qui n’ont pas encore fait le pas décisif vers les « classiques » ;

- pour montrer que la bande dessinée n’est pas un art mineur mais tout simplement un mode narratif capable de se réapproprier les grands thèmes et les grandes œuvres comme le théâtre et le cinéma ;

- pour son propre plaisir et celui des auteurs avec lesquels il travaille à la création d’images qui font naître des nouveaux mythes.


Après avoir lu ce Double assassinat dans la rue Morgue, on se demande s’il sera possible de continuer à lire la nouvelle de Poe sans voir apparaître derrière les pages les personnages de Morvan et Druet en train de jouer au whist ?


Après avoir dévoré la bande dessinée (1 nouvelle, 1 album… et c’est tout !), je suis allé relire, une fois encore la nouvelle originale. En fait, Morvan est d’une très grande fidélité au texte d’Edgar Allan Poe. C’est surprenant ! Les images de Fabrice Druet sont d’une force exceptionnelle. Sa narration graphique est gothique à souhait sans en faire trop, le positionnement des vignettes, le cadrage, le dessin à proprement parler, tout navigue entre classicisme et modernité la plus dynamique. C’est très fort !


Ah ! L’histoire ? Vous ne l’avez pas lu ? Pour ne pas trop vous en dire, puisqu’il y a une intrigue policière, mode thriller, nous pourrions dire que tout commence avec la rencontre de deux hommes passionnés par un jeu de carte, le whist. « La force du whist implique la puissance de réussir dans toutes les spéculations bien autrement importantes où l’esprit lutte avec l’esprit ». Mais le jeu n’est que le prétexte de l’auteur pour se faire rencontrer deux hommes, les faire dialoguer et lancer, enfin, dans une enquête criminelle qui devra révéler qu’Auguste Dupin est capable par méthode et logique, sens de l’observation et réflexion intense, de trouver des solutions là où la police est tout simplement réduite au silence et à la stérilité…


Deux femmes sont assassinées rue Morgue, c’est incompréhensible, tout est fermé, il n’y a personne, c’est un véritable carnage… Il faut réfléchir… On est comme dans la genèse et la naissance des personnages comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Rouletabille et Arsène Lupin…

 
On peut imaginer que le duo d’auteurs de cette très bonne bande dessinée puisse se lancer dans la réalisation d’un autre album où l’on retrouverait notre héros Auguste Dupin, la logique incarnée… Le mystère de Marie Roget ou La lettre volée… Mais il faudra attendre un peu, juste le temps nécessaire pour chacun d’entre nous de relire Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires et Histoires grotesques et sérieuses de Poe !


Une excellente bande dessinée à lire et faire lire ! Et comme l’été c’est fait pour lire

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 22 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Le chat noir

L’été c’est fait pour lire et autant battre le fer quand il est chaud, donc continuons à parler des adaptations des textes d’Edgar Poe en bédé…

 

Comme je l’ai déjà dit et écrit, je suis assez sensible au style d’écriture et au genre d’inspiration de ce cher Edgar Poe. Cet écrivain américain est mort en 1849, le 7 octobre très précisément et c’est cent cinquante ans plus tard que cet album de bédé est sorti en France aux éditions Albin Michel, Le chat noir.


C’était à la fois un hommage à l’auteur de nouvelles, d’histoires comme il le dit lui-même, fantastiques et mystérieuses, policières aussi parfois. Je sais que, aujourd’hui, certains jeunes lecteurs s’éloignent de cet illustre auteur précurseur du gothique qui pourtant tente beaucoup de jeunes. Mais voilà, nous ne sommes plus à une période de lecture et nos jeunes contemporains préfèrent les images (je peux comprendre, mais essayez vite les textes de Poe, c’est fascinant !!!). Qu’à cela ne tienne, Horacio Lalia nous en offre de magnifiques et terribles…


Huit nouvelles, toutes réalisées en noir et blanc, ce qui est parfaitement adapté aux thèmes de Poe.
J’ai adoré Le chat noir (Nouvelles histoires extraordinaires), je suis resté plus réticent devant le Manuscrit dans une bouteille (Histoires extraordinaires), j’ai plongé avec délectation dans La barrique d’Amontillado (Nouvelles histoires extraordinaires), j’ai apprécié la maîtrise de l’adaptation de L’enterrement prématuré (désolé ce récit n’est pas dans mon ouvrage de référence car non traduit par Charles Baudelaire), j’ai lu avec attention Le portrait ovale car j’en ai une autre adaptation plus moderne par Pascal Somon (Nouvelles histoires extraordinaires), j’ai tremblé de peur et d’admiration dans La vérité sur le cas de monsieur Valdemar (Histoires extraordinaires), j’ai peu goûté Hop-Frog malgré une fin dotée d’une narration graphique assez tonique (Nouvelles histoires extraordinaires), enfin, j’ai été ébahi par le graphisme de la dernière adaptation, Le cœur révélateur (Nouvelles histoires extraordinaires). Cela fait un peu catalogue, mais que voulez-vous, Poe a écrit des nouvelles et donc même les adaptations sont souvent des recueils…


Du très bon travail qui devrait en réconcilier plus d’un avec cet auteur étonnant du dix-neuvième siècle traduit avec talent et romantisme par notre Charles Baudelaire national. Une fois encore, la bande dessinée, quand elle est exécutée par des grands artistes comme Horacio Lalia, montre qu’elle peut s’attaquer à tout y compris les grands classiques de la littérature mondiale…

 

Alors, il faut quand même dire un mot sur l’illustration en noir et blanc qui fait parfois fuir le lecteur rassuré par les couleurs… Bon, en même temps, on ne lit pas du Poe pour être rassuré ! Mais prenons le temps de lire ces illustrations sans a priori. Le noir et blanc est parfait pour ce type d’histoires, c’est expressif, c’est fort, c’est terrible (au sens propre du mot d’ailleurs) et après il vous arrivera peut-être même de regretter certaines mises en couleurs de bédés. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai découvert certains dessins de Richard Corben, grand maître de la bédé américaine, grand adaptateur d’Edgar Poe, à Angoulême à l’occasion d’une magnifique exposition : ces dessins en noir et blanc étaient d’une force incroyable alors que, mis en couleurs, ils perdaient en intensité… Bien, sûr, ce n’est que mon point de vue !

 

Encore une petit précision, vous n’allez pas pouvoir trouver facilement l’ouvrage, Le chat noir, pourtant de référence… Il vous faudra chercher d’occasion ce petit bijou et, en attendant, vous allez pouvoir découvrir ou redécouvrir ces textes d’Edgar Poe puisque l’été c’est fait pour lire ! Il est encore temps de vous y mettre !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 20 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Edgar Allan Poe en bande dessinée

L’été c’est fait pour lire et, hier, je vous parlais d’un certain Edgar Poe. En fait, je parlais de ses textes traduits par un illustre poète français, Charles Baudelaire… Edgar Poe est entré dans ma vie de façon assez rapide, un peu par hasard et il y est resté jusqu’à aujourd’hui…

 

Mon premier contact est très lointain. Il s’agissait d’un tout petit livre par le format, genre mini livre illustré pour enfant et le titre était mystérieux, du moins pour moi à l’époque : La lettre volée. Ne maitrisant pas trop la lecture, n’aimant pas lire à cette époque, je me construisais une histoire, tant bien que mal, avec les dessins… Le titre, lui, allait me rester en tête…

 

Quelques années plus tard, en classe de troisième, quand la lecture était devenue une activité essentielle, j’organisais une bibliothèque tournante pour la classe. Un des ouvrages était : Les aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket par Edgar Poe, traduit par Charles Baudelaire… Ce roman, l’unique de Poe, allait immédiatement me séduire. Ce roman est un bijou et ceux qui aiment l’aventure devraient le lire tout de suite, encore plus s’ils aiment la phrase ciselée par Baudelaire… Je lisais tout Poe (ou presque) dans la foulée et me faisais offrir plus tard le Poe dans la collection La Pléiade… Mais Edgar Poe a aussi été magnifiquement adapté en bédé et plus d’une fois…

 

« Il y a quelques années, je me liai intimement avec un M. William Legrand. Il était d’une ancienne famille protestante, et jadis il avait été riche ; mais une série de malheurs l’avait réduit à la misère. Pour éviter l’humiliation de ses désastres, il quitta la Nouvelle-Orléans, la ville de ses aïeux, et établit sa demeure dans l’ile de Sullivan, près de Charleston, dans la Caroline du Sud. »


Oui, se lancer dans une adaptation d’Edgar Poe en bande dessinée est une opération délicate. Ce n’est pas si simple de choisir où l’on pratiquera l’ellipse – forme indispensable pour une telle aventure – et ce qui pourra être développé en image… Il fallait donc pour cette aventure un scénariste doté de talent et d’expérience, ce fut donc Roger Seiter qui s’y colla. Il est, entre autres, le créateur de Fog avec Cyril Bonin, de Dies Irae et Dark avec Max et de HMS avec Johannes Roussel… sans oublier Wild River et Mysteries avec Vincent Wagner… Une grande maitrise donc du scénario au service de Poe qui écrit toujours avec beaucoup d’images dans ses histoires…


Pour les faire passer des mots au graphisme, le choix du dessinateur se posait. Il ne fallait pas un artiste littéral qui n’aurait fait que de l’illustration, l’élu devait savoir participer à la narration avec un dessin qui aurait porté, lui aussi, une part de mystère. Les histoires d’Edgar Poe sont des récits courts qui se situent entre enquêtes policières, fables noires et parenthèses fantastiques… Tout devait se retrouver dans les albums, car il s’agit bien d’un début de série…


« Le Scarabée d’or » est très certainement l’une des histoires de Poe les plus connues et célèbres. Comme « La lettre volée », « Le puits et le pendule » ou « Le portrait ovale ». J’avais déjà lu des adaptations en bande dessinée de « Double assassinat dans la rue Morgue » ou « Le chat noir » mais il manquait le petit plus, le petit grain de folie ou de délire qui aurait permis de plonger directement dans Poe que je considère comme un des grands de la littérature… Cette fois, je crois que nous avons trouvé le duo qui va permettre à toute une génération de lecteurs de comprendre pourquoi Poe est un grand, pourquoi Baudelaire a voulu le traduire en français, pourquoi cet Américain est installé dans nos livres de littérature, en France, aux côtés des plus grands du dix-neuvième siècle…


Vous pourriez penser que je suis en train de perdre la raison, que j’exagère, que ce n’est que de la bédé, que du fantastique réchauffé avec un peu de couleurs… Alors, ouvrez cet album, prenez le chemin de la Nouvelle Orléans, puis, plus risqué, celui des bayous…


Le dessin sombre et fascinant de Jean-Louis Thouard, un Dijonnais, va vous conduire à une chasse au trésor prenante, délirante et angoissante…Même si vous connaissez déjà la nouvelle, vous allez la redécouvrir avec un nouveau regard, une nouvelle profondeur, des sentiments mitigés et des émotions fortes… Bref, la vie ne sera plus la même après la lecture du « Scarabée d’or » !

D’ailleurs, depuis, j’ai acquis un vaisseau et je navigue sur l’océan des songes…


Voici donc une première adaptation d’Edgar Poe en bande dessinée, trois nouvelles en un seul album,  et comme l’été c’est fait pour lire… à vous de jouer ! Je vous parlerai très vite d’autres adaptations de Poe en BD !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 18 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Petit Poilu

L’été c’est fait pour lire et comme il en faut pour tous les goûts mais aussi pour tous les âges, aujourd’hui ce sera le tour de ceux qui ne savent pas lire mais qui veulent, quand même, être autonomes dans leurs lectures. Oui, les petits veulent parfois lire seuls et la série Petit Poilu permet cela !

 

En effet, Pierre Bailly et Céline Fraipont, auteurs de bandes dessinées et couple dans la vie, ont écrit une bande dessinée, au départ pour leur enfant, sans aucun texte. La narration graphique seule permet de lire l’histoire sans difficulté, chaque case permettant la construction d’une phrase simple… ou complexe d’ailleurs car le dessin est si riche que le lecteur peut raconter beaucoup… Il le fera donc en fonction de son imagination, de son vocabulaire, de ses envies, de son temps disponible… Quand je lis un album de la série Petit Poilu à mes petits enfants cela peut durer parfois plus d’un quart d’heure… Quand on aime, on ne compte pas !

 

 

On ne compte pas ? Figurez-vous que l’éditeur et les auteurs ne comptent pas car il y a déjà 22 albums dans cette collection et, de plus, les albums sont aussi tirés en format plus petit et souple, donc à un prix tout à fait accessible ! Mais, maintenant passons au contenu de ces livres et parlons du tome 15 en particulier…

 

Tout d’abord, pour aider l’enfant à comprendre la série, il s’agit à chaque fois du récit d’une journée de la vie de Petit Poilu. Cela commence de façon rituelle par le réveil, la toilette ; le petit déjeuner, le cartable et le bisou du papa ou de la maman. Ainsi, la première page de tous les albums, 6 cases, permet de se mettre en route pour l’école…

 

Oui, Petit Poilu est écolier mais il est très difficile de lui donner un âge exact. Vu la taille du cartable, on peut imaginer qu’il est en grande section… mais il ne s’agit là que d’un avis personnel. Il va à l’école à pied et seul, comme un grand. On ne sait pas très bien où se trouve l’école car en fait, il n’y arrive que très peu souvent… Car c’est sur le chemin de l’école que notre petit héros va avoir le déclic de la nouvelle aventure… Une rencontre, un coup de vent, du brouillard, une flaque d’eau sur laquelle il se penche… et, hop, l’aventure est là !

 

 

Le moteur de l’aventure, est toujours la curiosité. C’est elle qui va faire connaitre à Petit Poilu une nouvelle expérience, un nouvel aspect de la vie, une émotion… Là, par exemple, dans le tome 15, L’expérience extraordinaire, tout commencera avec un soleil étonnant, digne de nos journées de canicule, avec une chaleur qui pousse doucement Petit Poilu vers le mirage ou quelque chose de ce genre… Il fait si chaud qu’il voit une piscine et plonge dedans !

 

Mais, à partir de ce plongeon initial et refroidissant, Petit Poilu est entrainé dans le laboratoire d’une savante surprenante qui fait des expériences sur des enfants, des garçons et des filles… Figurez-vous qu’elle les saupoudre de farine rose ou bleu pour les obliger à choisir des jeux fille ou garçon… Mais il semblerait que tout ne fonctionne pas très bien et que Petit Poilu préfère tantôt les jeux de garçon, tantôt les jeux de fille…

 

Oui, car il y a bien une morale dans chaque album de la série Petit Poilu, et ici, c’est que les garçons et les filles peuvent jouer aux jeux qui leur font envie sans se soucier de savoir si c’est pour fille ou pour garçon ! Pour rester dans une actualité récente, oui, les petites filles ont le droit de jouer au foot dans la cour de récréation… mais ce n’est pas encore gagné !

 

 

Enfin, Petit Poilu arrivera à se sauver du laboratoire maléfique et la dernière page rituelle sera le retour à la maison après la journée d’école avec ici, bain, repas et coucher… On découvrira en cours d’album un autre rituel quand Petit Poilu a un petit coup de mou, la photo de maman qui est dans le cartable…

 

Un très bel album, une excellente série pour les petits… et leurs parents, familles, accompagnateurs ! Alors, comme l’été c’est fait pour lire

 

(il existe aussi une version en dessin animé)

Imprimer - - par Bonnet Michel - 15 juil 2019

L'été : une BD sur le tour à ressortir c'est d'actu !

Le tour de France est d'actualité ce jour avec l'étape https://www.babelio.com/couv/cvt_Le-tour-des-Geants_2025.jpegBelfort-Chalon-sur-Saône. Pourquoi ne pas ressortir une ancienne B.D. de Nicolas Debon (10 ans déjà !) relatant le tour de France de 1910 ... quand la crevaison était toute une affaire et que les coureurs devaient réparer par eux-mêmes, qu'ils rencontraient sur leur parcours un fiacre, une poule, un chien !  Qu'ils manquaient aussi de panneaux de signalisation et vous découvrirez les méchancetés des supporters contre les adversaires ... cette époque verra s'opposer surtout 2 pointures : Lapize contre Faber.

De vrais performants au regard du manque de logistique, des conditions difficiles et du poids de vélos très rudimentaires ... de vrais champions !

Imprimer - - par ANTUNES Laure - 12 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Henriquet, l'homme-reine

L’été c’est fait pour lire et l’histoire peut et doit avoir une grande place dans nos lectures estivales. En effet, savoir d’où l’on vient, qui on est, comment notre peuple est devenu ce qu’il est permet de comprendre le présent, de construire l’avenir et de transmettre à nos enfants une vie humaine ! Par exemple, comprendre comment la France a absorbé de nombreux étrangers, migrants et autres humains de passage nous pousse à envisager la façon de construire demain avec les migrants d’aujourd’hui… Etudier les fameuses et tragiques guerres de religion nous aide à travailler à la paix demain entre tous les habitants de notre terre dans le respect de chacune des religions… Voir l’humanisme s’installer tant bien que mal à la Renaissance nous conforte et nous évite la dépression aujourd’hui… Bref, l’histoire est la voie de la sagesse à condition de diversifier ses sources, de lire, étudier et visiter sans jamais se laisser aller à la facilité !

 

Certains d’entre vous ont peut-être lu l’ouvrage romancé Charly 9 de Jean Teulé ou son adaptation en bédé signée Richard Guérineau… Bien sûr, c’était une vision déjantée de l’histoire ou une version réaliste d’une période déjantée… Ce qui est certain, c’est que l’on faisait connaissance d’une famille fracassée de notre histoire, Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, et de leurs enfants, François II, Charles IX, Henri III, François duc d’Alençon et la fameuse reine Margot. Je ne vous résume pas tout le contexte avec les Guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélemy, l’existence d’un certain Henri de Navarre, la présence d’un duc de Guise des moins sympathiques… Bref, des temps odieux et bien pénibles pour les habitants de ce beau pays, la France, qu’ils soient fidèles à Rome ou Réformés…

 

Figurez-vous que Richard Guérineau n’a pas réussi à abandonner tout son petit monde à la mort de Charly 9 et il a décidé de faire une suite sans s’appuyer sur un roman qui n’avait pas été écrit… Voici donc Henriquet, l’homme-reine, l’ouvrage en bédé qui permet d’arriver au règne d’Henri IV, le Navarre devenu roi de France pour une messe, disait-on dans mon histoire de France quand j’étais enfant…

 

 

Richard Guérineau ne s’est pas contenté de faire vivre quelques personnages de façon légère pour faire une suite sans saveur. En fait, il a réalisé un gros travail historique pour comprendre la fin de cette période et reconnaissons qu’elle fut tout sauf simple ! Henri III est un roi qui se prête à la caricature sans aucun problème grâce à ses mignons, au bilboquet et à sa mort glauque… Mais, la force de cette bande dessinée est de présenter les grands problèmes de façon finalement très astucieuse, intelligente, historique, précise… Or, les Guerres de religion, les trahisons de François d’Alençon, la Ligue, l’assassinat du duc de Guise… tout cela n’est pas simple à raconter… D’ailleurs, qui d’entre nous s’en souvient ? Qui pourrait résumer cette période de la fin du seizième siècle ?

 

La force de Richard Guérineau c’est de jouer de cette époque avec talent. Elle est à la fois outrancière comme la littérature de Rabelais et finement respectueuse comme les Essais de Montaigne. Du coup, dans Henriquet, l’homme-reine, on navigue entre description gargantuesque et analyse philosophique digne de Montaigne, entre dialogue rabelaisien et dialogue à la manière de Montaigne et la Boétie, bref un magnifique ouvrage qui redonne à cette époque sa truculence et sa profondeur ! J’ai adoré !

 

Comme l’été c’est fait pour lire, en plus de ces deux bandes dessinées, Charly 9 et Henriquet, l’homme-reine, ce pourrait être l’occasion de lire un ouvrage plus profond et solide comme Les derniers Valois de Janine Garrisson, La Ligue de Jean-Marie Constant ou tout simplement l’Henri III de Jean-François Solnon… Je sais, cela fait beaucoup, mais je n’ai pas dit qu’il fallait tout lire, il ne s’agit seulement de quelques pistes pour aller plus loin sur cette « douce » période !

 

Bonne lecture et à très vite !    

Imprimer - - par Bonnet Michel - 10 juil 2019

L'été c'est fait pour lire :Pilote (Mâtin, quel journal !)

L’été c’est fait pour lire et rien ne nous empêche de relire, beaucoup relire y compris la bande dessinée. Il faut dire qu’une relecture c’est toujours ou presque un nouveau voyage, une nouvelle expérience, un nouveau regard sur une œuvre et c’est cette année qu’il faut oser, soixante ans après, relire les premières histoires du magazine Pilote dont le premier numéro est sorti fin 1959 !

 

 

En France, je ne sais d’ailleurs pas comment cela se passe à l’étranger, nous aimons bien les querelles entre les anciens et les modernes. On a eu cela en poésie, en théâtre, en roman… et donc en bande dessinée ! Certes, le débat fut aussi franco-belge et pas seulement franco-français. En effet, plusieurs magazines jeunesse proposaient après la Seconde Guerre mondiale de la bande dessinée, en particulier Spirou et le Journal de Tintin. Ces deux titres étaient réalisés en Belgique mais étaient bien lus en France, au Pays-Bas et au Luxembourg aussi… Tout cela semblait ronronner paisiblement quand soudain le temps devint orageux et Pilote arriva…

 

Attention, il ne s’agissait pas au départ d’une aventure commerciale mais bien d’une volonté de créer un séisme dans le monde de la bédé : pouvait-on innover, écrire de nouvelles histoires, atteindre une maturité confirmée, offrir des aventures en BD mais pour un public ado+ et adulte ?

 

 

 

Pour relever le défi il fallait des auteurs prêts à tout, des aventuriers du papier, du texte et du dessin… On les a rapidement trouvés et ils se nommèrent : René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier… En fait, les deux initiateurs fous et visionnaires sont François Clauteaux (publiciste et éditeur) et Jean Hébrard (dit le Quatrième mousquetaire). Ce sont eux qui vont oser l’aventure…

 

L’aventure en question ne commence pas si bien car très vite, le journal est en quelque sorte piégé par le retour des invendus et il s’endette très vite… En quelques semaines, on est au bord du gouffre et, malgré la publicité sur les ondes de Radio-Luxembourg, le journal est vendu 1 Franc symbolique à Georges Dargaud qui devient le propriétaire de la revue à partir du numéro 60 ! Mais l’esprit n’est pas détruit, bien au contraire surtout quand René Goscinny devient directeur de la revue et Jean-Michel Charlier directeur artistique… L’arrivée de Cabu en 1961 est la petite goutte de folie qui vient rendre le mélange explosif et génial aussi !

 

Si les anciens savent bien de quoi je parle – et quant à moi j’ai découvert Pilote grâce à mon père lecteur des premiers numéros – il est quand même temps que je vous cite quelques-unes des belles histoires que les lecteurs ont découvertes à cette époque héroïque : Astérix le Gaulois, Tanguy et Laverdure, Achille Talon, Blueberry, Valérian… puis, au fil du temps : Barbe-Rouge, Dingo dossiers, Rubrique-à-brac, Petit Nicolas, Lucky Luke (transfuge de Spirou)… Ce fut donc, on peut l’affirmer, une pépite de talents, une source de bonheur pour les lecteurs et un lieu d’effervescence créative… du moins, jusqu’à la mort du magazine. Pilote disparait définitivement en 1989 après trente ans d’aventures incroyables, « Mâtin quel journal » !

 

 

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, il est grand temps de vous y mettre ! Il faut découvrir et redécouvrir ces histoires et je vous donne quelques pistes si vous ne savez pas par où commencer : Astérix et Cléopâtre, L’escadrille des cigognes, l’intégralité des Petits Nicolas, la série Blueberry en entier… Mais ce n’est là que mon avis, très personnel et donc subjectif, et je ne me fâcherai pas avec ceux qui mettront La Rubrique-à-brac en premier et Le concombre masqué en deuxième… Dans Pilote, comme dans le cochon, tout est bon à part ce que l’on n’aime pas ! C’est dit !

 

Donc, très bonne lecture et à très vite !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 6 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Gargantua

L’été c’est fait pour lire et cela autorise tout ou presque, de la bédé aux grands classiques, du texte littéraire pur à la version illustrée et je ne vais pas m’en privé, je vous le dis clairement…

 

Quand j’étais petit – ça me fait toujours rire de commencer une chronique littéraire de cette façon – je trouvais que les histoires de géants étaient les meilleures… C’était comme une sorte de prémonition de mes 1m85 et plus de 100 kilos… Allez savoir !

 


Je suis tombé, un jour, sur une première version illustrée de Gargantua. C’était assez simple, basique devrait-on préciser, mais si le texte n’était pas complet, les dessins assez explicites pour me faire entrer dans la magie rabelaisienne qui m’allait parfaitement : « A table ! »…

 

 

 

Ma chance fut alors d’avoir un père – oui, il faut bien parler de son père de temps en temps, ne laissons pas cela qu’aux romanciers contemporains – qui aimait passionnément cet auteur de la charnière entre Moyen-âge et Renaissance. Il en avait compris toute la finesse et la subtilité, la profondeur et la foi… Du coup, merci mille fois, je me suis retrouvé avec le texte original très jeune, sans censure, sans interdit… Très vite aussi, je naviguais entre vieux français et langue contemporaine…

 

Le chapitre XIII de Gargantua, «Comment Grandgousier connut l’esprit merveilleux de Gargantua à l’invention d’un torchecul», me permit de surprendre mon petit monde – enfin, il devenait possible de parler du pipi et du caca devant tout en citant un auteur classique – et d’entrer en littérature comme d’autres sont entrés dans les ordres. En troisième, je recevais mon premier volume de La pléiade, et surprise, c’était l’œuvre complète de Rabelais… Mais depuis je pensais que cette page était refermée à tout jamais. Parler de Rabelais en société, ce n’est jamais terrible car les mots rabelaisien, gargantuesque et pantagruélique sont assez péjoratifs. Rabelais sommeillait en moi… quand soudain…


Un professeur de français faisait appel à moi… « Dis, toi, tu aimes Rabelais… Non, ne dis pas le contraire, je sais… Dis, tu ne voudrais pas faire quelque chose pour m’aider, Rabelais est au programme de cinquième… Je n’aime pas ça, je ne l’ai pas lu en entier et je ne sais pas comment faire… » Comme c’était une amie, je suis monté dans mon grenier intérieur et j’ai réveillé mon vieil ami et il m’a crié : « A boire ! »… et nous sommes descendus à la cave ensemble… Cela peut vous sembler imagé, mais c’est assez proche de la vérité tant il est agréable de partager la « dive bouteille » avec l’auteur lui-même…


Mais comment faire pour initier des jeunes enfants de cinquièmes, une douzaine d’années au compteur, à une telle littérature, dans une école privée catholique de surcroît… La question était délicate et une fois décidé à relever le défi, j’ai commencé par relire les textes de Rabelais. Je me suis rendu compte de la modernité extraordinaire de cette œuvre. Les thèmes ne pouvaient qu’être acceptés par les jeunes, à condition d’y mettre quelques formes : liberté, foi, culture, vie collective, éducation, guerre, humanité… Oui, Rabelais était bien ce génie qui avait illuminé ma jeunesse… Mais comment faire la passerelle entre jeunes lecteurs et texte en vieux français… Comment leur donner l’envie et le désir de philosopher si jeune… C’est alors que je suis tombé, dans ma librairie préférée, sur une bande dessinée de Battaglia, Gargantua et Pantagruel… «Mais c’est bien sûr !» m’écriais-je, à la surprise de tous les clients…


Cette bande dessinée est une pure merveille. Elle est réalisée par un homme qui est d’abord amateur, amoureux même, de Rabelais. Il respecte tellement le génie rabelaisien qu’il a préféré choisir des scènes entières quitte à mettre des textes de transition pour faciliter la navigation du lecteur, plutôt que de faire un résumé fade et sans sens… Le dessin est fait à l’aquarelle, les personnages sont très crédibles pour tous ceux qui aiment les créatures de Rabelais. Certaines séquences peuvent sembler un peu statiques à ceux qui ne connaissent et n’aiment que la bédé d’aventure, mais au bout de quelques planches on découvre que le mouvement, la vitesse et l’énergie sont bien présents mais parfois avec un petit côté cérébral… Rabelais reste quand même Rabelais, même en bande dessinée…


Le travail avec la classe fut de très bonne qualité car, très rapidement, les jeunes ont compris la force de Rabelais. Nous avons pu, ainsi, en trois séances d’une heure, parler de vocabulaire, de philosophie, de religion… Ma collègue était bluffée. Depuis trois ans, nous répétons ensemble ce travail que nous avons perfectionné. En cinquième, oui à douze ans, il devient possible de parler de la foi, de la liberté de pensée, de croire, d’évoquer humanisme et dictature, guerre et paix… et la bande dessinée de Battaglia, très respectueuse des ouvrages de Rabelais, nous a facilité ce travail. Qu’il en soit remercié ici, ce cher Battaglia…


Quant à vous chers amis, sachez que depuis Rabelais reste bien mon invité et que dès l’année universitaire prochaine, je serai invité au moins deux fois à aborder cet auteur, à Chalon et au Creusot…

 

En attendant, avec ou sans bonne dessinée, n’hésitez pas à lire ou relire Rabelais ! Et, comme l’été c’est fait pour lire, c’est le moment rêvé !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 4 juil 2019

Dessin : Décès de Mordillo...

Le dessinateur humoristique argentin Guillermo Mordillo est décédé à 86 ans sur l’île espagnole de Majorque. Je n'étais pas un spécialiste de son travail mais puisqu'il est mort en pleine coupe du monde féminine de football, regardons ensemble un de ses dessins sur ce sport qu'il a beaucoup dessiné (et aimé je pense !)...
Imprimer - - par Bonnet Michel - 3 juil 2019

L'été c'est fait pour lire : Robinsons, père & fils

L’été c’est fait pour lire et rien de tel qu’une nouvelle version de Robinson sur son île pour animer nos lectures estivales. Si cette version est en plus une bande dessinée adaptée aux ados, aux ados plus et aux adultes, alors nous tenons peut-être là un ouvrage à partager en famille cet été !

 

Didier Tronchet est un auteur de bandes dessinées et de romans, qui vient d’adapter en bande dessinée son propre texte, Robinsons, père & fils. J’ai bien dit « récit » car il s’agit de raconter un épisode de sa vie quand il est parti sur une île peu connue, au large de Madagascar, l’île aux nattes. Il y est allé avec son fils de 13 ans sans savoir combien de temps il y resterait, ni même s’il en reviendrait… C’était une façon d’aller à sa propre rencontre, de découvrir son fils, de comprendre sa vie… Bref, réaliser le fameux mythe de partir sur une île déserte…

 

Bon, tout d’abord, cette île n’était pas réellement déserte même si sa population était faible, même si quelques touristes y faisaient escale… D’ailleurs, son fils Antoine trouvera une école pour suivre sa scolarité, avec un transport scolaire en bateau traditionnel, sur l’île voisine de Sainte-Marie. Une belle vie en quelques sortes avec plage, soleil et plongée à volonté… Qui n’a pas rêvé d’une telle adolescence ?

 

Pour le père, c’est plus complexe. Certes, il a pris une petite réserve de livres – Quels sont les livres que tu prendrais pour aller sur une île déserte ? – mais il est surtout assailli par de nombreuses questions… Un peu comme s’il subissait un dédoublement de sa personnalité… Il devient « plusieurs » et les questions fusent de son corps, de son cerveau, de son rôle de père, de son image de « blanc colonisateur »… Chacun a un mot à dire et ce n’est pas toujours simple de répondre aux questions !

 

Le temps passe, les habitudes viennent, une forme d’ennui aussi mais de courte durée car la vie s’organise… Et Didier mesure qu’il n’est pas toujours facile de vivre avec un adolescent. On croit être un père proche, aimant, sans problème et pourtant le jeune ado veut prendre ses distances… Il se qualifie lui-même de « père mou » et il voit son fils suivre un professeur de plongée « dictateur »…

 

Puis, il y aura un évènement majeur qui va se produire : Antoine fait une crise aigüe de paludisme. Il faut agir très vite et pour cela il doit faire appel à un hôpital local sur l’île voisine… Là, le père découvre que la médecine n’est pas comme en France, que tout est relatif, que le fatalisme est là… Heureusement, Antoine va s’en sortir… Entre temps, Didier a prévenu la maman d’Antoine qui va, elle aussi, arriver dare-dare sur l’île… On se croirait presque dans un happy end mais, en fait, on ne saura rien de ce qui se passera une fois les trois réunis…

 

Vous pourriez croire que je vous ai tout dit mais comme le plus important de cet album c’est la façon dont tout est raconté, y compris le point de vue d’Antoine, ben finalement, je ne vous ai rien dit d’important et vous allez pouvoir partir en transhumance avec les Robinsons, père & fils

 

Cet ouvrage, comme je l’ai dit, est une adaptation d’un récit en bédé. Je ne sais pas si la version dessinée est fidèle au texte initial mais qu’importe puisque l’auteur est le même. Par contre, j’ai trouvé la narration graphique très plaisante, agréable à lire et efficace. Tronchet reste Tronchet et j’aime beaucoup son dessin qui par ailleurs est très difficile à définir. Certes, il est caricatural, expressif, drôle et donne ce sentiment de naturel, simple, doux… Quand on dévore cette bande dessinée, on finirait presque par avoir l’impression que le dessin c’est juste facile et simple… Sauf que si je prends le crayon, le résultat est beaucoup moins bien… C’est d’ailleurs pour cela que Tronchet est un grand auteur de bédés…

 

Comme l’été c’est fait pour lire, il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter bonne lecture de cet ouvrage parfaitement adapté à l’été et aux vacances !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 29 juin 2019

L'été c'est fait pour lire : Jour J

L’été c’est fait pour lire et quel plaisir pour moi que de me laisser bercer par des uchronies… Uchronie ? Ah, vous avec un peu de mal avec ce mot, ce concept, ce jeu… Disons, pour faire simple que l’uchronie est un jeu – certains diraient une science – historique. On part de l’histoire factuelle et bien datée dans le temps, et on imagine que les faits ne se déroulent pas comme dans les manuels. On prend un point de changement comme Kennedy n’est pas assassiné le 23 novembre 1963 à Dallas. A partir de là, tout redevient réel c'est-à-dire que les personnages se comportent comme ils l’auraient fait… et nous regardons ce que deviendrait – dans notre exemple – les Etats-Unis avec Kennedy jusqu’à la fin de son mandat…

 

Sur ce concept, Jean-Pierre Pécau et Fred Duval ont construit une série, Jour J, dont le principe est simple : une histoire (parfois en plusieurs volumes mais le plus souvent en un seul tome) qui montre le jour où tout a basculé. Ce n’est donc pas la vérité (inutile d’aller voir Jean-Pierre Pécau pour lui dire qu’il s’est trompé sur un fait ou un autre) mais par contre l’histoire est construite avec des personnages historiques, leurs caractères, leurs qualités et leurs défauts… C’est à la fois une forme de fiction mais avec un fond très sérieux !

 

Le problème avec l’uchronie est que le lecteur doit avoir quelques bases historiques pour ne pas être perdu et prendre du plaisir. Jouer avec l’histoire implique de la connaitre un minimum et de l’aimer aussi… Alors, imaginons un instant que vous ayez toujours suivi vos cours d’histoire avec un peu d’attention et de plaisir… et ouvrons les Jour J 26 et 34, deux albums qui se suivent…

 

Nous sommes au XV° siècle, la grande Peste est tombée sur l’Europe mais les effets, dégâts et ravages ont été plus dramatiques que dans l’Histoire. En fait, cette épidémie a presque entièrement ravagé l’Europe… Le royaume de France, en particulier, est dans une situation inimaginable… Qui va ceindre la couronne royale ? Deux candidats s’affrontent, Louis XI et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne…

 

Vous allez me dire que cette rivalité entre les deux hommes fait partie de la réalité et je vous rappelle que tout n’est pas fiction ici… Suite au drame de la Peste noire, les auteurs font vivre leurs personnages avec une certaine rigueur scientifique…

 

En 1473, l’ambassadeur du Mali arrive à Aigues-Mortes. Il vient pour assister au vote visant à attribuer la couronne de France. Il n’est pas là par hasard ou pour découvrir touristiquement une Europe qu’il ne connait pas, il est là en représentant d’un empire richissime et la mère de Louis XI compte sur cet allié et son or pour que Louis XI soit consolidé définitivement sur le trône de Clovis…

 

Cet ambassadeur sera mis sous la protection d’un groupe de mercenaires dirigés par Jeanne la Pucelle… Cette compagnie particulière escortera l’ambassadeur jusqu’à Paris à travers la France ou plus exactement ce qu’il en reste…

 

Je ne vais pas tout vous raconter car j’espère bien que maintenant vous avez envie de découvrir La Ballade des Pendus – oui, on va bien découvrir un certain François Villon – et Le Dieu vert, histoire qui aurait pu aussi se nommer L’épopée de Jeanne et Innana

 

Comme l’histoire est une bande dessinée, il faut un dessinateur. C’est Lajos Farkas qui s’y est collé. C’est un dessinateur qui vit en Hongrie et que j’apprécie beaucoup. Son dessin est fouillé mais il ne nous noie pas dans les détails et sa narration graphique, très efficace, est parfois proche de la ligne claire mais sans jamais s’y laisser enfermer…

 

Réellement une très belle réussite, certains allant même jusqu’à dire que c’est une des meilleures histoires de la série Jour J. Et comme en Bourgogne on a toujours un petit faible pour le Téméraire… et s’il devenait roi de France ?

 

Comme l’été c’est fait pour lire, belle occasion de lire de la bédé, de découvrir l’uchronie, d’apprécier un grand scénariste de ce domaine, Jean-Pierre Pécau, et de prendre beaucoup de plaisir avec Jeanne et Innana… Très bonne lecture !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 26 juin 2019

L'été c'est fait pour lire : « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes »

L’été c’est fait pour lire et « lectures estivales » ne signifie pas « lectures faciles, inutiles et légères ». Même quand il s’agit de bandes dessinées, le sujet peut être grave, important, politique, profondément humain… et vous pourriez continuer cette liste presque jusqu’à l’infini ! Pour illustrer mon propos, d’entrée, je vous propose une bande dessinée politique et judiciaire de très haute volée. En fait, je devrais dire une enquête journalistique remarquable, tout simplement !

 

 

Imaginez une équipe de 5 journalistes qui enquêtent sur les liens entre Sarkozy et Kadhafi, sur les transferts d’argents, sur les évènements en Lybie, sur la chute de Kadhafi… et sur le financement de la campagne présidentielle de Sarkozy… Gros morceau, indiscutablement ! Le tout est mis en images par Thierry Chavant, dessinateur de bandes dessinées… L’éditeur est La revue dessinée adossée à Guy Delcourt et l’ouvrage « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes » est un ouvrage sidérant, glaçant, terrifiant, qu’il faut avoir lu et faire lire !

 

Attention, tout cela est si bien construit, étayé, raconté et démontré que « l’on se demande si tout cela est possible, tant le dossier est pesant et interroge sur notre démocratie » (France-Info). Oui, l’ouvrage pose surtout la question fondamentale : notre démocratie peut-elle survivre à un tel scandale ? Est-elle encore crédible ?

 

Bien sûr, quelques semaines après avoir lu cet ouvrage et l’avoir déjà fait lire autour de moi, j’ai entendu comme beaucoup d’entre vous Nicolas Sarkozy dire que s’occuper de refonder « Les Républicains » n’était plus son actualité… Il faut dire que depuis tous ses recours ont été rejetés et il va falloir qu’il rende compte de ses actes devant la justice. Comme la sortie de cette bande dessinée n’a pas déclenché de tumultes judiciaires, on peut commencer à penser, tout en parlant de présomption d’innocence, que les faits racontés là sont véridiques… La défense va être malmenée, c’est une certitude même s’il ne faut jamais penser que ce soit impossible de voir Nicolas Sarkozy innocenté ou bénéficier d’un non-lieu…

 

Alors, juste, venons-en aux faits tels qu’ils sont racontés dans l’ouvrage… En clair, Kadhafi aurait financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Cela s’est passé avec plusieurs intermédiaires dont certains ont été arrosés au passage… Puis, Kadhafi est devenu gênant, encombrant,  et il a fallu s’en débarrasser… Là, arrive le second volet de cette enquête : y a-t-il eu un printemps arabe à Tripoli, Kadhafi a-t-il réellement bombardé ses opposants, que s’est-il passé dans les couloirs feutrés de l’Elysées… Enfin, n’y aurait-il pas encore une raison de plus d’éliminer Kadhafi, une raison inavouable tant elle est financière, bancaire et budgétaire : il fallait sauver le Franc CFA !

 

Je ne vous en dis pas plus mais quand on arrive à la fin de l’ouvrage on est pétrifié : où sont nos beaux sentiments démocratiques issus du siècle des Lumières ? Tout cela n’était que du vent et maintenant nous serions dans une ploutocratie banale ou dans une dictature qui s’ignore… Allez savoir !

 

Donc, oui, cet ouvrage n’est pas là pour nous redonner le moral mais plutôt pour nous conforter dans la volonté de demander à nos politiques – je parle de ceux qui veulent rester honnêtes et pouvoir continuer à se regarder dans la glace le matin – de poursuivre le nettoyage de nos institutions, de prendre les mesures ad hoc pour que ce type de scandale ne puisse pas se reproduire, pour empêcher les acteurs politiques de faire carrière et s’enrichir… Bref, cet ouvrage, il faut le lire et le faire lire pour aider les citoyens de se pays à être informés et conscients de la situation…

 

Comme l’été c’est fait pour lire et débattre en famille, « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes » est le livre qu’il vous faut emporter en vacances…

 

Bonne lecture et à demain !

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 22 juin 2019

BD : Etienne Willem à Chalon cette semaine...

Etienne Willem va bientôt venir dédicacer à la librairie L’Antre des bulles de Chalon-sur-Saône et c’est donc l’occasion de découvrir sa nouvelle série publiée par Bamboo sous le label Grand Angle… La fille de l’exposition universelle, c’est son nom, comporte déjà deux volumes…

 

Qu’est-ce qu’une exposition universelle ? Personne ne peut donner une définition exacte car le concept est assez complexe. Ce qui est certain, par contre, c’est que la France s’était lancée en 1798 dans une série de foires nationales ayant pour objet de réunir dans un même lieu les différentes productions industrielles et artisanales du pays. Il y eut ainsi onze Expositions Nationales des produits de l'industrie agricole et manufacturière. La dernière eut lieu en 1849 et c’est en la visitant qu’Henry Cole eut l’idée de faire une manifestation de même nature mais en invitant le monde entier à participer. Ce fut donc l’exposition universelle de Londres en 1851 ! Les chiffres furent éloquents : plus de six millions de visiteurs, presque 200 000 livres de bénéfice ! A cette occasion, le monde put admirer la grande vitrine de l’Empire britannique. C’est en s’appuyant sur cet exemple que Napoléon III eut l’envie d’avoir, lui-aussi, « son » exposition universelle… Ce sera l’exposition universelle de 1855 à Paris !

 

L’idée du scénariste Jack Manini et du dessinateur Etienne Willem est de nous raconter les expositions universelles françaises, de 1855 à 1937 à travers un personnage, Julie Petit Clou. Cette dernière n’est pas tout à fait une femme comme les autres puisqu’elle ressent profondément l’avenir tragique et cela va permettre à la série de naviguer entre document historique – oui les expositions universelles ont bien existé – et aventures policières et fantastiques… Chaque album est un one shot ce qui permet de les lire sans avoir besoin de tous les lire… Par contre le personnage de Julie va vieillir au fur et à mesure de l’avancée de la série…

 

 

Dans chaque album, il y a une histoire policière, une enquête et beaucoup de mystère. Ce dernier est généralement éclairci par Julie, certes grâce à ses donc mais, surtout, parce qu’elle est volontaire et persévérante.

 

Le ton de l’histoire est léger, plein d’humour et parfois même on peut avoir le sentiment d’un côté déjanté qui me convient parfaitement. Autant dire que les passionnés d’histoires rigoureuses, sérieuses et rationnelles risquent d’être un peu déstabilisés tandis que les autres vont se régaler…

 

La qualité du dessin d’Etienne Willem permet une narration graphique efficace, agréable, lisible par tous. Le trait est fin, les visages expressifs, les personnages historiques et les monuments identifiables ce qui assure un beau voyage dans le Paris de ces différentes expositions universelles. Certains ont pu reprocher à Willem de ne pas être assez précis dans son architecture mais je rappelle que cette bande dessinée est aussi une aventure, une fiction et non un ouvrage documentaire sur les expositions universelles… C’est plus une visite romancée et fantasmée… et diablement sympathique !

 

Comme Etienne sera là le 20 juin de 15h à 19h, c’est l’occasion de découvrir cette belle série, de rencontrer le dessinateur, de s’entretenir avec lui et de repartir, cerise sur le gâteau ou cadeau artistique, avec une magnifique dédicace…

 

Bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 18 juin 2019

BD : Toujours la Lune... Lune rouge

Je suis un lecteur de la série Lefranc presque depuis ses débuts. En effet, la série a été créée par Jacques Martin en 1952 dans le Journal de Tintin avec un premier épisode fantastique et qui rencontra le succès dès le départ… Je n’ai lu cet album que vers 1965 mais j’ai aimé tout de suite et depuis je suis très fidèle à cette série et ce personnage. Même après la mort de Gilles Chaillet (dessinateur de Les portes de l’Enfer et jusqu’à Le vol du Spirit) puis celle de Jacques Martin (2010), j’ai continué à lire même quand certains se plaignaient de la qualité des reprises… Aussi, à chaque sortie je suis là…

 

Tout d’abord parce que j’aime le personnage central, Guy Lefranc, journaliste au Globe (une sorte de « Le Monde » mais dans l’univers de la bédé) et que je trouve qu’Axel Borg est un « méchant » à la hauteur du héros… C'est-à-dire que parfois, on lui trouverait presque quelques qualités, quelques attraits…

 

J’aime aussi parce que cela me ramène à mon adolescence… Oh, ce n’est pas la seule bande dessinée qui a cet effet sur moi, mais elle en fait bien partie… Ma madeleine de Proust, du moins dans les livres, c’est quand même une grande bibliothèque dans laquelle il y a des romans, des essais, des livres jeunesse et des bandes dessinées… C’est ainsi, on ne se refait pas à plus de soixante ans !

 

Cette histoire, Lune rouge, commence à la fin des années cinquante en pleine conquête de l’espace, que dis-je, en pleine guerre entre Américains et Soviétiques. Qui sera le premier à envoyer une fusée habitée sur la Lune… C’est plutôt d’actualité au moment où on s’apprête à célébrer l’anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune…

 

Ici, dans cet épisode des aventures de Lefranc, on n’en est pas encore là. Il s’agit pour le journaliste d’aller interviewer le savant Lukas Eugen Messmer… seulement, il est enlevé juste avant par… Axel Borg, bien sûr !

 

Guy Lefranc est alors embarqué dans une opération de récupération du savant par la CIA… Direction l’Asie… Bref, la grande aventure ! Tout cela est passionnant, peut-être pas toujours très réaliste mais qu’importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse de l’aventure !

 

Le dessin de Christophe Alvès reste fidèle à la tradition de Martin même si, d’album en album (je crois qu’il signe là son troisième opus), on trouve sa marque personnelle qui s’installe. Il ne fait plus du Martin, mais du à la manière de Martin par Alvès. Je trouve cela très sympathique, plus vivant, plus dynamique…

 

La grande page de la découverte de la fusée sur son pas de tir m’a semblé être une sorte d’hommage à Hergé et sa fusée dans Objectif Lune… Normal, car comment ne pas penser à cette histoire de Tintin et ses amis quand on raconte la conquête de la Lune par l’homme… Tintin fut bien le premier à fouler le sol de ce satellite de la Terre… Non ?

 

François Corteggiani maitrise son scénario, s’est parfaitement glissé dans le moule du scénariste Jacques Martin et, franchement, on en redemande !

 

J’entends bien que tous les lecteurs ne sont pas satisfaits, mais quand il s’agit de Lefranc, je ne suis pas entièrement objectif et j’assume… C’est ainsi, faute avouée et à moitié pardonnée, non ?

 

Donc, bonne lecture à tous !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 14 juin 2019

Lyon BD 2019... Il fallait y aller !!!

Dans l'inconscient collectif, la bande dessinée est vue comme un livre de basse qualité pour enfants. Un peu cliché, certes, mais on entend encore souvent cela…


Il suffisait pourtant de constater la diversité des profils samedi dernier à Lyon BD pour comprendre la sottise de cette déclaration. Car non, le neuvième art ne se résume nullement à des productions que les plus prétentieux pourraient affirmer comme étant des recueils d'histoires prenant les adultes de demain pour des idiots, ou les menant à en devenir.


D'autant plus ce n'est pas un hobby qui date d'hier. Ce sont ces mêmes personnes qui ont connu, lu et apprécié Tintin, Spirou, Astérix, Lucky Luke ou Thorgal, pour ne citer que quelques uns de ces héros de papier. Les auteurs ou ces rabats joie les ont croisés… Et les chiens ne font pas encore des chats.


Bien sûr, chaque art connaît ses chefs d’œuvres, tout comme ses titres qui ne font pas l'unanimité.
Mais la bande dessinée, ce n'est pas forcément que de la fiction…

Elle peut être une autobiographie !
Elle peut être engagée, dénoncer, sensibiliser, éduquer !
Elle peut raconter une histoire humaine véritable et profonde !
Elle peut être un mélange, ou tout cela à la fois !



Nombreux étaient les auteurs (et autrices!) présents pour cette quatorzième édition de Lyon BD, qui s'est tenue à l'Hôtel de Ville ainsi qu'au Palais de la Bourse. Un cadre magique qui a transporté les plusieurs dizaines de milliers de visiteurs au XIXème siècle.



Il n'y avait cependant pas que des auteurs. On comptait également quelques maisons d'éditions et quelques écoles avec leur propre stand, dont celui d'Emile Cohl, ou une dizaine d'étudiants y exposaient leur talent n'attendant qu'à être révélé.



Cette édition de Lyon BD était d'ailleurs placée sous le signe de la mise en valeur des héroïnes jeunesse, proposant notamment, dans une salle d'activités à part, un tableau d'affichage pour les dessins d'héroïnes que les enfants (et pas que…) créaient sur place. Ces derniers étaient, par ailleurs, entourés de panneaux présentant les diverses protagonistes féminines dans le secteur de la bande dessinée pour les plus jeunes. On voyait là Aliénor, Zita, Astrid Bromure…


On ne doute pas une seconde que, parmi ces petits lecteurs et dessinateurs, se cachent les grands noms de la BD de demain. De même, une chose est sûre, le succès de Lyon BD ne va pas s'arrêter là...

 
Imprimer - - par Harmony, étudiante en TAIS à l'IUT de Chalon-sur-Saône - 13 juin 2019

Un petit tour sur la Lune...

La conquête spatiale, celle de la Lune en particulier, est là pour nous faire rêver. Je ne dis pas qu’il n’y a rien de scientifique derrière tout cela, mais pour le grand public, c’est bien avant tout une épopée mythique, onirique et poétique… Cette année, on va fêter les cinquante ans des premiers pas de l’homme sur la Lune. Je ne sais pas réellement si ce fut un grand pas pour l’humanité mais un grand rêve certainement… Il suffit pour s’en convaincre de prendre le temps d’entendre ceux qui ont vécu cela en direct… à travers la télévision qui commençait à devenir le révélateur instantané de la vie humaine… Pour les plus jeunes, imaginez un peu si celui qui arrivait sur la planète Mars dans quelques années vous envoyait un tweet…

 

Cette Lune a d’ailleurs toujours fait rêver et quand j’étais petit je chantais Au clair de la Lune avec une attention presque mystique sans d’ailleurs comprendre les paroles si ce n’est que dès le départ, on était bien sous une sorte de protection lunaire… Le clair de Lune était aussi pour les romantiques, les amoureux, les chanteurs… Alors, puisqu’il en est ainsi, osons jouer encore plus…

 

Avec la série Jour J, dès le départ, c'est-à-dire dès le premier opus (et on en est aujourd’hui au tome 37), Jean-Pierre Pécau et Fred Duval, deux grands scénaristes de bédés, ont voulu explorer grâce à l’uchronie, cette conquête de la Lune… Et si les Russes étaient arrivés avant les Américains sur le satellite de la terre… Alors, bien sûr, cette science uchronique pose beaucoup de question… Est-elle utile ? N’est-elle pas dangereuse ? A quoi cela peut-il bien servir de jouer avec l’histoire ?

 

Les historiens savent bien que l’uchronie est précieuse car elle permet de mieux comprendre certains évènements, certains personnages, certains moments clefs de l’histoire. Ils savent aussi qu’elle est risquée car pour celui qui n’a pas les bonnes bases de savoir au départ, l’uchronie peut perturber les repères et déstabiliser le lecteur… Voilà pourquoi je suis très assidu et fan de lectures uchroniques tout en ne les conseillant pas à tous les lecteurs… Donc, nous allons parler de la conquête de la Lune mais précisons bien qu’il s’agit d’une uchronie non du rétablissement de la vérité après une éventuelle conspiration politique…

 

Donc, les Américains (je vous laisse découvrir pourquoi) n’ont donc pas été les premiers sur la Lune et ce sont les Russes – que dis-je les Soviétiques – qui ont réussi le premier alunissage… Les Américains finiront bien par y arriver et Américains et Russes continuent leur guerre froide sur la Lune… Bon, ce n’est peut-être pas aussi simple que cela mais je vous laisse quelques surprises de lecture…

 

J’ai beaucoup aimé car cela fait réfléchir aussi à la réalité de la Guerre froide, à la nature humaine, à l’utilité de la conquête spatiale et à la façon dont on nous raconte tout cela depuis des décennies…

 

On dit que la conquête de la Lune est repartie, que l’enjeu est de s’y poser, d’y installer une base, de pouvoir en partir pour la Lune… Finalement, une fois de plus, la bande dessinée est juste un peu en avance sur la réalité… Non ?

 

En tous cas, belle occasion de se payer un petit voyage sur la Lune à l’occasion de cet anniversaire et de mesurer si cela donne tant envie d’y rester quelques années… Car ne rêvons pas, la Lune de nos chansons et poésies semble beaucoup plus attrayante que celle d’une base spatiale longue durée… Enfin, à vous de choisir !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 12 juin 2019

BD : Gilles de Rais... du mythe à la réalité !

Gilles de Rais est un personnage de notre histoire même si dans la plus part des cas nous ne savons pas grand-chose de sa vie, de ses actions, de sa mort… Pour certains, probablement les plus nombreux, Gilles de Rais est un criminel qui a inspiré le personnage de fiction « Barbe-Bleue ». On ne sait pas exactement ce qui lui était reproché mais généralement on a en tête des meurtres d’enfants, de la pédophilie et un peu d’alchimie… Pour d’autres, Gilles de Rais est compagnon d’armes de Jeanne d’Arc et là encore c’est assez vague car peu savent ce que furent ces quelques mois de campagnes militaires (d’avril 1429 à mai 1430, date de sa prise par les Bourguignons)… Enfin, ils existent bien mais sont peu nombreux, il y a ceux qui savent que Gilles de Rais était Maréchal de France, acteur de la seconde moitié de la guerre de Cent Ans… et il est mort à l’âge de 35 ans !

 

Le personnage de Gilles de Rais est apparu dans la série BD Jhen de Jacques Martin (scénario) et Jean Pleyers (dessin). Jhen est d’ailleurs le seul véritable ami de Gilles, le seul à lui dire ses quatre vérités avec honnêteté… une amitié qui n’empêchera pas ni la folie ni la condamnation à mort…

 

Jacques Martin aurait aimé poursuivre cette série jusqu’au procès de Gilles de Rais à Nantes mais il est mort en 2010 quand la série n’en était pas encore à ce stade. C’est en 2019 que cet album est arrivé avec le dessin de Jean Pleyers et le scénario de Néjib. Le duo fonctionne très bien et l’album est très bien réalisé, probablement un de ceux dont on se souviendra…

 

On découvre dans cette histoire que le crime majeur de Gilles de Rais aux yeux de l’évêque de Nantes, est plus du côté de l’hérésie et du satanisme que du côté des meurtres d’enfants… On voit aussi comment un de ceux qui a participé à sauver le royaume quelques années plutôt est tout simplement abandonné de tous… sans que l’on sache avec précision la réalité des meurtres qui lui sont reprochés… J’ai lu cet album avec un véritable plaisir car il est remarquablement bien construit, solide avec des textes ciselés au millimètre… Gilles de Rais n’est pas magnifié, il est montré comme un pauvre homme abandonné à sa misère, à ses crimes… et seul son ami Jhen ose encore le visiter…

 

A peine avais-je terminé la lecture de ce Procès de Gilles de Rais que je tombais sur un autre album dans la collection L’homme de l’année, 1440. Le concept de cette série constituée d’one-shot est de proposer de regarder une année avec un fait majeur en se concentrant sur un personnage principal acteur de ce fait à sa façon… Par exemple, le 26 octobre 1440, Gilles de Rais est exécuté à Nantes… Le scénariste de l’album, Jean-Pierre Pécau, se concentre sur le chevalier Gwen de l’Hôpital choisi par l’évêque de Nantes, Jean de Malestroit, pour faire tomber Gilles de Rais…

 

Là encore, le scénariste est très inspiré et la construction est parfaite. Le lecteur se régale, suis pas à pas les derniers instants de liberté de Gilles de Rais, son arrestation, son procès et sa condamnation… et son exécution ! Le dessin de Lajos Farkas est adapté, concis, agréable ce qui offre une narration graphique limpide et paisible, beaucoup plus claire que l’âme tourmentée de Gilles de Rais. Les couleurs remarquables de Jean-Paul Fernandez, elles, apportent le côté sombre du personnage avec des scènes presque anthologiques d’actions nocturnes… Oui, indiscutablement cet album est sombre comme l’humanité de Gilles de Rais…

 

Ces deux albums montrent que l’on peut tout raconter en bande dessinée, y compris le plus noir de l’âme humaine. Alors, bien sûr, j’entends bien que ces deux albums ne sont pas à donner à lire aux jeunes enfants mais pour le reste, il s’agit bien là de deux lectures de qualité qui sauront satisfaire de nombreux lecteurs… Quant à ceux qui veulent savoir en quoi ces deux albums respectent la vérité historique, pourquoi ne pas prolonger vos lectures avec le Gilles de Rais de Jacques de Heers…

Imprimer - - par Bonnet Michel - 11 juin 2019

Un artiste et un ouvrage à découvrir... Lyon BD 2019

Cédric Taling est un artiste. Il ne faut pas vouloir toujours classer les artistes dans des cases : bandes dessinées, peinture, art contemporain, manga, animation… La raison est simple : d’une part c’est restrictif et d’autre part on peut très bien toucher à tout comme Cédric Taling qui était à Lyon BD 2019 pour son ouvrage Thoreau et moi, aux Editions Rue de l’échiquier.

 

Cédric Taling est conscient de l’urgence climatique, attaché à la nature et Thoreau fut poète, naturaliste, écologiste, économiste de la décroissance, humaniste militant contre l’esclavagisme et le racisme… Bref, ce fut un touche-à-tout bien sympathique qui ne peut qu’inspirer aujourd’hui…

 

Cédric ne nous livre pas ici une biographie mais un ouvrage hybride à la fois adaptation libre d’un ouvrage de Thoreau et réflexion philosophique d’un homme qui se cherche aujourd’hui ou, plus exactement, qui cherche comment vivre en conscience dans un monde fou et angoissant…

 

Bref, un auteur hors normes pour un ouvrage atypique et une rencontre surprenante…

 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 11 juin 2019

BD : L'entretien digne d'un film d'épouvante...

Samedi 8 juin, je suis allé travailler sur le festival Lyon BD 2019. En quelques années, cette manifestation devient un lieu de qualité artistique et humaine reconnue et qui mérite toute notre attention… Cette année, je suis venu avec Harmony, stagiaire avec moi depuis quelques semaines. C’était l’occasion pour elle de réaliser quelques interviews pour la radio, de faire des photos, d’écrire au moins un ou deux articles sur des thèmes libres…

 

Dans son choix d’auteurs, il y avait un certain Fabien Vehlmann qu’elle avait choisi après avoir lu la série Seuls et découvert plus récemment L’herbier sauvage. Bien sûr, deux ouvrages complètement différents, d’un côté on parle de la mort aux enfants, de l’autre de la sexualité aux adultes… Mais, dès le début de l’entretien ou presque, Fabien explique à Harmony que les ouvrages ont quelque chose en commun : la mort et la sexualité sont des tabous, des sujets graves dont on ne parle pas souvent, que l’on ne peut pas aborder en société… L’auteur dit à chaque fois la même chose, aux enfants comme aux adultes : face à ces sujets, vous n’êtes pas Seuls !

 

Mais je ne suis pas venu pour vous parler du contenu de l’entretien, Harmony le fera le moment venu car elle était bien aux premières loges de cette interview… Par contre, j’étais spectateur et j’ai pu mesurer que ma stagiaire s’est trouvée prise dans un engrenage terrible… Ce fut l’interview infernale, celle que beaucoup auraient complètement ratée et j’admire le sang froid d’Harmony qui est restée calme et sereine malgré la tempête… Alors, que lui est-il arrivé ?

 

Tout d’abord, elle fut lâchée par son tuteur retenu avec une autrice et elle s’est retrouvée seule en salle de presse à attendre un auteur qu’elle n’avait jamais rencontré… Presque vingt minutes d’attente car Fabien était en retard… Pas trop grave car cela me permettait d’arriver avant la rencontre… Mais les aiguilles tournaient, le temps passait, Fabien n’était pas encore là tandis que l’on commençait à comprendre que la salle de presse allait fermer, le salon aussi… Fabien arrive juste deux minutes avant la fermeture de la salle de presse et on décale l’entretien en cour d’honneur de l’Hôtel de ville de Lyon… Une table, deux chaises et c’est parti !

 

Harmony, très calme, impassible, concentrée, commence son entretien… Au bout que quelques minutes, on sent que la cour va être fermée, on vient dire à Harmony et Fabien qu’il faudra sortir… Les questions continuent d’arriver, les réponses aussi… L’entretien a bien commencé, tout se passe bien et Harmony semble insensible au mouvement de foule qui progressivement vide la cour…

 

Un personnel de la sécurité devient plus insistant et il faut sortir… En pleine interview ! Qu’à cela ne tienne, Fabien s’empare du micro et continue à répondre à Harmony tandis que les deux se dirigent vers la sortie de l’Hôtel de ville de Lyon… Notre duo échoue face à l’Opéra, accoudé à une barrière de sécurité, et l’entretien continue… Show must go on !

 

Harmony ne dévie pas d’un pouce, elle a construit son entretien et ira jusqu’au bout, fidèle à son plan, courageusement avec opiniâtreté ! J’ai oublié de préciser que durant le déplacement vers la place de l’Opéra, elle a eu le privilège d’être interrompue par le carillon de l’Hôtel de ville heureux de nous signaler qu’il était 19h… Oui, quand ça commence à vriller, il vaut mieux aller jusqu’au bout, boire le calice jusqu’à la lie…

 

Je ne sais pas ce que donnera l’interview en qualité de son pour la radio, mais, Harmony, tu as gagné mon respect : on ne peut pas être plus professionnel que cela ! Bravo !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 11 juin 2019

BD: L'Odyssée d'Hakim continue...

A tous ceux qui croient avec certitude avoir compris ce qu’était un migrant, à tous ceux qui pensent qu’il suffirait de … pour tout arranger, Fabien Toulmé vous propose d’aller à la rencontre d’un migrant… Attention, on ne revient probablement pas indemne d’une telle rencontre… une telle lecture !

 

Hakim est un migrant d’origine syrienne, un vrai même si certains éléments ont été modifiés pour respecter sa vie et celle de sa famille, et Fabien Toulmé l’a rencontré pour faire une sorte de « petit » reportage en bédé… Le « petit » est devenu plus important et Fabien Toulmé s’est lancé dans une odyssée en trois volumes, le second, De la Turquie à la Grèce vient de sortir en librairie…

 

L’Odyssée d’Hakim est un ouvrage sidérant car finalement aucun être au monde ne souhaiterait vivre une telle aventure… Tout y est inhumain et pourtant si profondément humain… Inhumain car personne ne souhaite quitter chez lui, abandonner son entreprise, quitter sa maison, son quartier, son pays… Personne ne peut accepter de vivre dans le désarroi et la précarité, dans l’angoisse, dans la violence… Qui accepterait à froid d’être à la merci des profiteurs, des policiers corrompus étrangers, des passeurs sans foi ni loi ? Qui ?

 

Mais histoire profondément humaine avec la force des liens familiaux, la solidarité entre les perdus de ce monde, l’amour, la fidélité, la vie, l’enfant qui arrive…

 

Cet ouvrage est bouleversant, émouvant, fort, simple, pédagogique et journalistique… Il est impératif de le lire, indispensable pour garder un regard citoyen, humain, universel… Le fait que ce soit une bande dessinée permet un accès encore plus large alors n’hésitez pas à le faire lire, l’offrir, le mettre à disposition de ceux qui en ont besoin pour comprendre…

 

Fabien Toulmé ne prétend pas expliquer tous les destins de migrants, il nous en livre un, celui d’Hakim et sa famille… Et c’est déjà beaucoup pour humaniser ce diabolique phénomène… Parfois, l’auteur laisse sa fille nous donner un éclairage  et c’est ainsi que l’on peut finalement le mieux mettre des mots simples sur des réalités…

 

« Je n’aimerais pas devoir vous quitter pour aller dans un autre pays… »

 

 

Quant à moi c’est avec beaucoup de plaisir que je vais rencontrer Fabien Toulmé à Lyon BD dans quelques heures…

 
 
 
 
 
Imprimer - - par Bonnet Michel - 8 juin 2019

BD (suite) : Gibrat sait aussi être scénariste...

Il y a très longtemps, j’ai lu une histoire en bande dessinée qui m’a secoué profondément, c’était une des première fois que je sortais des grands classiques. Il s’agissait d’ « Avel », dessin de Durieux et scénario de Dufaux, excusez du peu. En février 1996, j’avais la chance de rencontrer les deux auteurs, mais depuis je n’avais pas suivi spécifiquement le travail de ce dessinateur que pourtant j’avais trouvé remarquable : une narration graphique efficace et esthétique comme il n’y en a pas tant que cela dans l’univers de la bande dessinée. D’où une joie bien réelle quand j’ai en en main cette histoire, « Les gens honnêtes », deux volumes scénarisés par Jean-Pierre Gibrat… Oui, Jean-Pierre Gibrat n’est pas qu’un dessinateur…

 

Même si cette histoire n’est pas récente, j’avais envie d’en reparler au moment de l’exposition consacrée à Jean-Pierre Gibrat chez Daniel Maghem…


C’est l’histoire d’un homme ordinaire, Philippe. Il fête ses 53 ans et il semble respirer le bonheur. Sauf que le ciel va s’abattre sur lui d’un seul coup ! Il perd son emploi, tout simplement. Son entreprise délocalise, plus de travail, plus de salaire, pas d’indemnités, pas de retraites… le patron voyou ne déclarait rien. Dans notre monde, on passe ainsi du soleil à la nuit total, du chaud au froid, de la famille tranquille à la solitude dans la rue, de l’équilibre à l’alcoolisme dégradant et glauque…

Philippe se retrouve homme seul et abandonné. Il boit pour oublier, pour ne pas avoir à penser à tout ce qui se referme comme un piège diabolique sur sa pauvre vie qui lui donnait satisfaction jusqu’alors. Une femme partie, des enfants avec qui il ne peut plus parler, des amis qui le méprisent…

Heureusement, certains restent fidèles. D’abord, il y a Fabrice qui courageusement va le premier poser des jalons de reconstruction. Puis quand sa fille lui annonce qu’il va devenir grand-père – enfin surtout quand il le comprend – une seconde étape est franchie. Il doit se reprendre pour être digne. Puis il se remet au travail, petits boulots, puis le diabolique sous-emploi au black…

Alors, le destin change, tout le monde donne son petit coup de main à commencer par l’ami médecin qui aide à faire entrer quelques indemnités financières qui viennent, sinon moralement, du moins sur le compte en banque, compenser le manque d’aide au moment du licenciement.

On sent que Philippe est train de se remettre en route mais que tout n’est pas réglé. La remise en route, sera plus longue, mais l’album se referme avec une note d’espoir et on attend la suite avec impatience.

Bonne maîtrise de l’histoire par Jean-Pierre Gibrat, plus sous la forme d’un conte contemporain que d’un reportage social. Un dessin efficace, clair et précis, du Durieux pur et dur qui m’a réjoui le cœur et les yeux !

 

J’ai eu le plaisir de rencontrer Durieux à Angoulême après la sortie du toma 2 et, depuis, la série complète compte quatre albums… Que du bonheur !!!

Imprimer - - par Bonnet Michel - 30 mai 2019

BD : Jean-Pierre Gibrat, vous connaissez ?

Attention, cet ouvrage n’est pas une bande dessinée mais une rencontre avec un auteur remarquable de la bande dessinée contemporaine, Jean-Pierre Gibrat ! Voilà, c’est dit, on peut donc passer au plus important, le contenu de ce magnifique livre grand-format…

 

Il s’agit d’un très grand entretien mené par Rebecca Manzoni, journaliste, qui permet à cet auteur, Jean-Pierre Gibrat, de se livrer en profondeur avec délicatesse et humanité… On lit cela avec plaisir, bonheur comme si c’était un roman, mieux, comme s’il s’agissait d’une grande aventure humaine…

 

Le livre, réalisé par l’éditeur Daniel Maghem, est de toute beauté et cet entretien est illustré par des dessins en grand format… C’est finalement une immersion complète dans l’œuvre du dessinateur… De toute beauté !

 

Attention, si vous aimez Jean-Pierre Gibrat et que vous n’avez pas envie d’avoir un livre de plus dans votre bibliothèque déjà surchargée et ne pouvant accueillir un grand format, n’allez surtout pas l’ouvrir dans une librairie car vous n’arriverez pas le reposer…

 

Pour ceux qui passent par Paris, vous pouvez aussi allez voir l’exposition que Daniel Maghem consacre à Gibrat dans sa gallerie…

 

Pour les autres, bonne lecture car c’est passionnant !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 30 mai 2019

Direction l'Eden... en compagnie de Carole Maurel !

Depuis qu’elle s’est mise à faire de la bande dessinée, j’ai été séduit par le travail de Carole Maurel. Chaque fois que j’ai pu, je l’ai interviewée, je l’ai écoutée et j’ai pris plaisir à comprendre sa narration graphique en profondeur. J’ai même réussi quelques fois à la confier à mes étudiants pour qu’ils aient la possibilité de rencontrer une autrice de qualité, une dessinatrice d’une efficacité remarquable et une personne très sympathique… Oui, pour moi, Carole fait partie de ces personnes qui illuminent et ensoleillent un salon BD…

 

Depuis quelques années, ses livres sont des moments de lectures fascinants : L’apocalypse selon Magda, Luisa Ici et là, Ecumes, Collaboration horizontale, En attendant Bojangles, Eden… Je me souviens même du premier album que j’ai lu, Comme chez toi, aux éditions KSTR… Mais, comme c’est étonnant de voir qu’en si peu de temps elle a acquis maturité, style, expérience… Oui, pour moi, sans aucun doute, Carole Maurel est une grande dessinatrice de bédés et une autrice à part entière !

 

Ce qui est fascinant c’est de voir qu’elle est capable de prendre une histoire qui n’est pas la sienne et de la faire vivre comme si c’était la sienne. Elle s’efface, elle se fond, elle s’intègre dans le travail des autres et le transforme pour en faire l’histoire absolue… Par exemple, je ne vais pas redire tout le bien que je pense de d’un ouvrage comme Ecumes, scénario d’Ingrid Chabbert, qui est une histoire autobiographique et très intime, Carole Maurel a eu à la fois deux sentiments immédiats : cette histoire était pour elle et ce serait probablement difficile de mettre des dessins adaptés sur une telle histoire !

 

En effet, le deuil est une affaire très personnelle et ce n’était pas le sien… Heureusement, grâce au texte d’Ingrid et à la confiance qu’elle va accorder à Carole, les images vont arriver pour rendre universelle cette reconstruction après le drame… Du coup, presque tous les lecteurs sont concernés et peuvent s’identifier à la maman qui tente de surnager dans les écumes bouillonnantes des flots terribles de la mort...

 

Pour son dernier travail, les deux tomes d’Eden, une belle histoire de science-fiction post apocalyptique de Fabrice Colin, elle a fonctionné de la même façon. Dès le départ, on est pris par un rythme, un style, une ambiance graphique. La patte de Carole Maurel agit instantanément… On ne peut pas lui échapper…

 

On est dans une ville américaine, San Francisco, quelques années après une apocalypse destructrice. La société s’est réorganisée et il y a comme des castes. Tout en bas, on rêve d’accéder aux hauteurs plaisantes… Heureusement, on peut le faire, mais c’est un incroyable concours que prépare avec beaucoup de concentration le jeune Jonas… Il faut dire que sa sœur Helix est déjà dans l’Eden car elle a réussi le concours…

 

Je ne vais pas vous offrir toutes les clefs de cette histoire très bien construite que j’ai lue avec beaucoup de plaisir. Certes, on va y retrouver quelques piliers de telles aventures comme : « on ne peut pas faire le bonheur des gens contre eux-mêmes », « les livres sont la véritable mémoire de l’humanité » et « on doit changer la monde par la révolte »…

 

Oui, sur le fond, ce n’est pas d’une nouveauté sidérante, c’est juste très profond, très humain, très bien raconté et dessiné et donc le lecteur pénètre avec délectation dans ce conte moderne et se demande comment tout va évoluer… La question est d’abord liée à l’univers d’Eden mais très rapidement il se concentre sur son propre monde car finalement la société d’Eden est certainement extrême mais peut-être pas si éloignée de celle de notre planète aujourd’hui… Allez savoir !

 

Il me semble, mais je peux me tromper que c’est la première fois que Carole Maurel travaille avec un homme comme scénariste. Pourtant, pour le lecteur, il ne semble pas qu’il ait de changement. Elle s’est approprié l’histoire, c’est bien devenu un peu la sienne et ça fonctionne… Généralement, par le passé, les scénaristes devenaient ses amies – Chloé, Ingrid, Navie pour ne pas les nommer – et j’espère qu’il en sera de même pour Fabrice car cela donne toujours une chaleur humaine à cet univers de la bédé…

 

J’ai hâte de rencontrer Carole Maurel pour cet Eden en espérant que l’entretien soit une véritable pause paradisiaque ce dont je ne doute pas un instant… Avec Carole Maurel, la discussion se prolonge toujours et on se croirait presque à ses côtés dans l’atelier avec des planches devant elle… Tout devient limpide, tout s’explique, tout semble si simple…

 

Bonne lecture à tous et rendez-vous dans cet Eden !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 30 mai 2019

BD : Encore un petit verre de ce nectar d'Orient ?

J’ai déjà dit ma prudence devant l’avalanche de bandes dessinées qui nous parlent du vin, qui vantent ce nectar des dieux, qui chantent les louanges des terroirs sans oublier la mise en valeur du travail de ceux qui permettent à ces boissons sans égal de se glisser dans nos verres, du moins avec modération ! Seulement, voilà, devant la quantité d’histoires, poussé par ma passion de la vigne – on n’habite pas la Bourgogne depuis plus de vingt ans en restant indifférent au vin – et mon devoir professionnel de lecture, il m’arrive quand même de trouver de bons albums…

 

 

Quand la collection Vinifera a commencé, quand j’ai vu que c’était Eric Corbeyran le scénariste, je me suis dit que cela valait le coup d’en commencer la lecture mais je n’étais pas certain de poursuivre avec tous les albums. En effet, raconter la grande histoire du vin du départ jusqu’à nos jours, cela pouvait être un peu long et, peut-être même, lassant si le scénariste se contentait de nous proposer une petite histoire policière à chaque fois… Certes, le scénariste maitrise le genre, néanmoins, saurait-il varier assez pour ne pas user le lecteur ?

 

Une autre question me lancinait le cerveau… La grande histoire de la vigne et du vin… mais c’était une aventure gigantesque ! Comment allait-il faire pour aborder autant de vignobles et de vins… car sur la Terre, depuis l’arrivée de l’humanité, le vin existe presque partout ! Avec le dernier album, Les vins d’Orient, une partie de la réponse arrive…

 

En effet, d’une part il ne s’agit pas d’un polar et d’autre part on abordera plus d’un vin, plus d’un vignoble… En effet, le scénariste propose cette fois-ci une épopée commerciale et une petite aventure d’amour… Deuxième changement, on ne parlera pas d’un vin mais de plusieurs, le roi de Babylone ayant demandé à un des marchands de la ville de lui trouver le meilleur vin du monde, un vin à la hauteur de sa puissance !

 

Nous allons donc arpenter les terres antiques en compagnie de cet explorateur vinicole et œnologique à la recherche du nectar absolu. Pendant ce temps, Abban, le fils d’un viticulteur, lui, est à la recherche de celui qui pourra lui permettre de réaliser ce qu’il a promis à son père mourant : faire boire son vin à une tête couronnée !

 

Bon, il n’est pas question de vous dire s’il y arrivera ni de vous parler de ce nectar que je n’ai pas goûté. Ce qui est certain, par contre, c’est que l’album se lit avec plaisir, sans difficulté particulière, qu’un bon verre de vin d’Orient n’est pas inutile de façon à percevoir au fond du verre ces goûts si spécifiques que l’on retrouve en particulier au Liban… et enfin, que le scénariste Eric Corbeyran démontre qu’il est tout a fait capable de raconter le vin et les vignobles sans polar, crime et autre enquête !

 

Alors, ce constat pose quand même un problème majeur : faudra-t-il maintenant lire tous les albums de cette collection Vinifera ? Non, laissez-vous aller en fonction de vos choix, de vos goûts, du contenu de votre cave… Par exemple, le prochain sur ma liste est Le vin des papes et je crois avoir – enfin j’en suis certain – un bon petit Chateauneuf-du-Pape dans ma cave… Voilà une lecture qui s’annonce plaisante…

 

Donc bonne lecture et bonne dégustation, avec modération, de cette collection Vinifera… A bientôt !  

Imprimer - - par Bonnet Michel - 28 mai 2019

BD : Un nouveau Tanguy et Laverdure

En 1959, paraissait dans le premier numéro du magazine Pilote, les premières planches des aventures de Tanguy et Laverdure. Cette série était créée par deux des fondateurs du magazine mythique, Jean-Michel Charlier pour le scénario et Albert Uderzo pour le dessin. Je fais partie de ceux qui ont lu très vite cette série même si je ne saurais dire avec précision en quelle année j’ai commencé à apprécier, comprendre et suivre les deux pilotes français… C’était probablement autour de 1965/1966… Neuf-dix ans, quoi… Je ne sais pas ce qui me plaisait alors le plus… Les avions ? Les gags de Laverdure ? Les scènes d’action ? Quand je relis aujourd’hui les albums, je me dis que, durant de longues années, je ne devais rien comprendre aux histoires d’espionnage, pourtant centre réel de ces albums ! Qu’importe, j’aimais et j’aime encore les aventures de Tanguy et Laverdure !

 

Par contre, je l’avoue bien simplement, nous n’avions pas la télévision et je n’ai absolument pas suivi ces histoires en feuilleton TV…

 

Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, il faut se resituer dans ces années là, la Guerre froide, l’épopée Dassault et le succès d’une série qui dans le magazine Spirou – le concurrent – enchantait les lecteurs depuis 1947 et qui mettait, elle, en scène les aventure d’un pilote de l’Aéronavale américaine, Buck Danny ! On peut aussi signaler la série avec un pilote canadien dans le magazine Tintin, le troisième concurrent… Il s’agissait, bien sûr, de Dan Cooper, série née en 1954…

 

Mais, pour revenir à notre sujet du jour, cette année en 2019, Tanguy et Laverdure vont fêter leur anniversaire : 60 ans ! Et pour réussir cet évènement, Buendia, Cunin et Durant, nous offre dans la série « Une aventure classique de Tanguy et Laverdure », un magnifique album, Coups de feu dans les Alpes !

 

Dans cet album, on est dans le basique fondamental de la série. La France est sur le point de vendre à la Suisse des appareils Mirage III, on est en 1964 et ce contrat doit sembler trop juteux à certains… Campagne de presse, discussions politiques, pression de tous genres et même coups de feu dans les Alpes… Michel et Ernest sont envoyés avec le premier avion pour assurer la présentation et les premières formations… Comme dans les débuts de la série, les deux pilotes sont au cœur d’une affaire qui navigue délicatement entre crime, espionnage, diplomatie et commerce international…

 

Je concède volontiers que cet album ne peut pas plaire à tous les lecteurs. Il faut aimer les avions et le genre, mais, c’est important aussi, il faut accepter ce duo atypique avec un Ernest Laverdure toujours excentrique, farfelu, coureur et fidèle… enfin surtout en amitié !

 

Ce que j’aime dans cet album c’est le fait de me replonger dans des histoires de mon adolescence, de rappeler que le magazine Pilote va avoir 60 ans et que Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo avaient alors inondé les pages de Pilote de leur talent… Occasion, aussi, de citer ceux qui étaient à leurs côtés comme Giraud, Hubinon et Goscinny…

 

Un inconvénient majeur ! Oui, il y en a bien un… C’est à suivre ! Donc, il va falloir attendre presque un an pour connaitre la suite et la fin de cet épisode… Michel et Ernest réussiront-ils leur mission ? Quel suspense insoutenable !

 

En attendant ce deuxième album de l’histoire, Le pilote qui en savait trop, je vous souhaite une excellente lecture de Coups de feu dans les Alpes !

Imprimer - - par Bonnet Michel - 26 mai 2019





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