Les entreprises de l’économie sociale et solidaire représentent environ 10% de l’activité économique et de l’emploi en France. Ce n’est pas rien par les temps qui courent et cela peut aller de l’auto entreprise jusqu’à la coopérative ouvrière qui a racheté son entreprise en la sauvant de la fermeture définitive. Elles sont dans tous les secteurs d’activité et elles ont en point commun de vouloir donner la primauté aux personnes sur le capital.
Toutes – associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises solidaires, entreprises sociales à but non lucratif – allient performance économique, innovation sociale, solidarités. Loin des pôles d’excellence si à la mode, elles sont au cœur des pôles de coopération qu’il serait urgent de reconnaître, promouvoir, construire, selon les territoires, pour aider les populations à vivre dignement, tout simplement.
Le CEGES – Conseil des Entreprises, Employeurs et Groupements de l’Economie Sociale – organisait, vendredi 2 mars à Paris, dans les locaux de l’Assemblée Nationale, un forum pour donner l’occasion aux candidats à l’élection présidentielle de prendre connaissance des 12 propositions pour une économie démocratique (www.ceges.org) et prendre position sur l’avenir de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ils sont cinq à avoir répondu à l’invitation : François Hollande, Roselyne Bachelot (au nom de Nicolas Sarkozy), Robert Rochefort (au nom de François Bayrou), François Longérinas et Sylvie Mayer (au nom de Jean-Luc Mélenchon) et Eva Joly.
Il ne restait plus qu’à les écouter et vous donner quelques moments clef de leurs discours… Le choix des extraits n’engage que l’auteur de cet article, Michel Bonnet, qui était présent au forum et a travaillé avec l’enregistrement des interventions qu’il a réalisé. L’ordre si dessous est celui des interventions du forum.
François Hollande (parmi ses dix engagements annoncés)
« Mon deuxième engagement sera d’ouvrir l’accès des marchés publics locaux aux entreprises de l’ESS. Nous renforcerons la prise en compte de la dimension sociale dans les appels d’offre et une part des marchés pourra être réservée spécifiquement à l’ESS. Bien sûr, ce principe supposera la définition des critères sociaux et environnementaux dans la réalisation des contrats futurs.
Le troisième engagement concernera la sécurisation des financements destinés aux associations. Il y a eu depuis plusieurs années, et je ne vais pas en faire le procès ici, chacun a à l’esprit les chiffres, une diminution continue des crédits accordés aux associations. Je sais le contexte budgétaire et je ne me permettrais pas des annonces intempestives, mais vous avez besoin – et l’Etat en a, aussi, l’exigence – d’un cadre pluriannuel pour un financement dans la durée et d’une initiative associative qui doit pouvoir vivre sans dépendre de la commande publique. Donc, je veillerai à ce que les associations puissent disposer d’un cadre financier sain. De la même manière, les emplois d’avenir, qui seront des emplois associatifs, 150 000, permettront à de nombreuses structures d’avoir là-encore, des couvertures pérennes de leurs besoins.
Quatrième engagement, je veux aider les entreprises de l’ESS à participer à se développer et donc participer à la création de richesses et d’emplois. C’est la raison pour laquelle une partie des financements de la future banque publique d’investissement sera orientée vers les entreprises du secteur de l’ESS. J’indique, d’ors et déjà, un chiffre, ou plutôt un objectif, cinq cents millions d’euros à destination de ce secteur. Afin de compléter les financements que la banque publique d’investissement déploiera, l’institut de développement de l’économie sociale sera également renforcé. »
Roselyne Bachelot, au nom du candidat Nicolas Sarkozy
« Au conseil économique social et environnemental, Nicolas Sarkozy a tenu à ce que pour la première fois l’Economie Sociale et Solidaire soit représentée et c’est chose faite en la personne de Gérard Andreck…
Une enquête nationale sur les associations sera réalisée par l’INSEE en 2013 et cela pourra constituer la première édition du suivi périodique que nous appelons de nos vœux. Un bilan solide que nous voulons prolonger…
Deuxième point : faciliter la reconnaissance de l’ESS et assurer la relève. L’observatoire national de l’ESS a montré que 600 000 départs à la retraite auront lieu au cours de la prochaine décennie – un salarié sur quatre – dont 100 000 cadres. Dans le même temps, j’ai pu constater combien ce secteur était populaire chez les jeunes. C’est donc un pan entier de notre économie qui va rajeunir et dont Nicolas Sarkozy souhaite renforcer l’attractivité. Dans cette perspective, mon ministère s’est associé à celui de la jeunesse, à six partenaires privés bien connus de l’ESS et à la Caisse des dépôts et consignations pour créer le programme jeunesse (http://www.jeun-ess.fr/). Ce programme doté originellement de 1,3 millions d’euros, s’est fixé trois objectifs :
- Promouvoir l’ESS notamment dans le milieu éducatif ;
- Soutenir les initiatives des jeunes en la matière ;
- Développer les bonnes pratiques dans les entreprises de l’ESS pour favoriser l’insertion professionnelle et l’intégration des jeunes.
Un appel à projets de 200 000 € a été lancé à destination des jeunes et les neuf projets retenus montrent bien la diversité de l’ESS et les capacités d’innovation dont sait faire preuve la jeunesse. J’ai annoncé la continuité de l’engagement en faveur de ce programme et je me réjouis que les partenaires aient décidé de le ré-abonder permettant au projet jeun-ess de continuer. »
Robert Rochefort, au nom du candidat François Bayrou
« Dans le tour de France que j’ai réalisé pour travailler sur « produire en France », je dois dire que j’ai rencontré les entreprises de l’Economie sociale et solidaire. Nous avons le même objectif : que je parle de la façon de refaire des chaussures à Romans, que je parle de la façon de refaire des lunettes dans le Jura, dans tous ces secteurs-là on retrouve les entreprises de l’ESS. Il y a dans les gènes de l’ESS, la notion de proximité, la notion de faire travailler dans le bassin local, avec les personnes qui sont dans les réseaux de proximité, sans aucune logique ni protectionniste, ni nationaliste, mais dans une logique, tout simplement, de construction de réseau de non anonymat, de conception humaniste liée et causée par la mutualisation ou la coopération qui pour nous donc est au cœur du « produire en France »…
… L’ESS est un marqueur historique de la France et de la tradition française et l’une des priorité serait de s’assurer dans les années à venir qu’il n’y ait pas de dissolution de la composante culturelle et effective de l’ESS dans les grands secteurs dans lesquels elle s’est implantée, et dans lesquels elle continue à avoir une place respectable mais dont il faut être lucide de considérer que la mondialisation – la recherche de la croissance à tout va – est une menace de dissolution des valeurs fondatrices et ça vaut effectivement aussi pour le secteur bancaire, les assurances et tous ces secteurs dans lesquels la tendance à la concentration fait courir le risque de dissolution…
Il n’y a pas à considérer qu’il y aurait trop de pôles de compétitivité, il faut qu’il y en ait encore plus même s’ils doivent parfois être à taille humaine et doivent associer les élus locaux, les entreprises, les universités et il faut réfléchir soit à une meilleure intégration des entreprises de l’ESS voir à la constitution de pôles qui seraient majoritairement à culture d’ESS sans que cela n’empêche l’intégration de PME de l’économie ordinaire… »
François Longérinas et Sylvie Mayer au nom du candidat Jean-Luc Mélenchon
« Une aide financière sera accordée aux salariés qui reprennent ou créent leurs entreprises sous forme de coopératives. Mais aussi nous favoriserons la création de SCIC – Société coopératives d’intérêts collectifs – permettant d’associer salariés, usagers et collectivités territoriales dans des projets de développement local. On est en train de fêter les dix ans des SCIC, mais on sent bien que leur développement a du mal à embrayer, à passer à la vitesse supérieure. Il nous paraît important de poursuivre le chantier de ce modèle. Pour nous le modèle d’une nouvelle socialisation des entreprises et l’activité économique repose largement sur l’équation qui est portée par les SCIC et nous porteront principalement la réflexion sur l’articulation entre l’intérêt général et le développement d’entreprises coopératives…
Enfin les commandes de l’Etat, des collectivités et des services publics, devront prioritairement s’adresser à ces coopératives grâce à une modification du code des marchés publics de façon à flécher directement et sans atermoiement toute une série des marchés publics vers les entreprises de l’ESS...
… Si mandat nous était confié, si une majorité législative se dégage, car il faut aussi penser à cela, c’est important, non seulement nous refuserions le carcan de Lisbonne, celui du pacte pour l’euro, mais nous refuserions aussi, avec le parlement, toute directive contradictoire avec nos engagements, notamment en matière de dérégulation des services publics. Nous souhaitons que soit poursuivi le travail entamé par la gauche européenne sur les services sociaux d’intérêt général pour obtenir que l’étau de la concurrence soit desserré pour les mutuelles, les coopératives et les associations. Le statut de coopérative européenne – c’est bien qu’il y en ait un – doit être revu car il est trop calqué sur celui des sociétés anonymes. Il faudra aussi reconnaître le statut de « mutuelle européenne », d’ «association européenne» avec en corollaire la reconnaissance de la subvention comme mode de financement dans le cadre de délégation de service public et du code des marchés. »
Eva Joly
« Toutes les initiatives qui ont commencé partout et que nous ne voyons pas toujours portent les changements et la transformation et vos sociétés de l’ESS font partie de ce qui porte l’espoir…
… En tant que candidate écologiste à cette élection présidentielle je porte haut et tous les jours les valeurs et les enjeux concrets de l’ESS. Lors de chacune de mes visites dans les usines, dans les entreprises, dans les villes et les campagnes, dans les quartiers populaires, lors de chaque débat, quel qu’en soit le thème, la protection sociale ou l’emploi, la formation ou les relations internationales, je place toujours l’ESS au cœur de mon discours comme les écologistes placent l’ESS au cœur de leur action depuis fort longtemps.
C’est un autre bonheur, de rencontrer dans les régions tous nos vice-présidents en charge de l’ESS et qui font un travail remarquable comme le font, aussi, les maires dans les villes que nous avons le bonheur d’avoir en charge…
… Nous sommes les seuls à présenter l’ESS comme alternative au modèle capitaliste et libéral actuel, modèle dont on sait, plus encore aujourd’hui qu’hier, qu’il va dans le mur…
… Je suis persuadée que l’ESS doit prendre une place stratégique au cœur des politiques publiques. Face à la concurrence sans limite que l’on a exacerbée, ces dernières années, entre individus et entreprises, face à la compétition que l’on a organisée entre territoires et Etat, la coopération territoriale doit s’affirmer comme un mode de réappropriation de l’économie réelle, comme un nouveau mode de régulation puissant et pertinent. Cela repose pour moi sur le principe de solidarité dans quatre dimensions principales : la solidarité intergénérationnelle entre tous… la solidarité de production et redistribution… la solidarité entre territoires et au sein des territoires… et la solidarité avec les générations futures… »
En guise de conclusion…
Une excellente initiative du CEGES qui a permis de réfléchir et de mesurer le degré d’engagement des candidats qui ont pris ce problème au sérieux, qui croient que cette économie sociale et solidaire est réellement porteuse d’espérances.
Quant aux autres, on peut se demander pourquoi ils furent absents car ils étaient bien invités à défendre leur programme.
Etaient-ils trop préoccupés par les signatures manquantes ? Pensaient-ils qu’il ne s’agissait là que d’un aspect secondaire de la vie française ? Méprisaient-ils les acteurs de cette ESS qui se battent au quotidien pour redonner de l’espoir à des femmes et des hommes qui tentent de survivre dans cette période de grande crise ? Chacun en tirera les conséquences en ce qui le concerne mais je voulais ici rendre hommage aux organisateurs de ce forum, remercier tous les acteurs de l’ESS et féliciter les candidats qui ont pris le temps de venir eux-mêmes défendre leur point de vue !












