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Théma : nos portraits

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Rencontre avec une artiste : Pierrette Dupoyet

par DERIOT Daniel

 A l'invitation de la ville de Tournus, Mme Pierrette Dupoyet présentera mardi prochain sa dernière création, présentée en juillet dernier au Festival d'Avignon. Un spectacle ouvert au public en soirée, mardi après midi les scolaires découvriront "Vian,je t'attends".

En avant première, pour le site "Vivre à Chalon " Pierrette Dupoyet a accepté de répondre à nos questions.Un entretien réalisé entre deux déplacements professionnels. Rappelons, que c'est la seule étape dans notre département pour cette artiste, également auteur et compositeur.

Vous présentez un spectacle dédié à Boris Vian, à la fois un hommage mais aussi une réflexion que suscite cet auteur ?

Bien sûr, une réflexion sur la fulgurance d’un Destin (il est mort sans avoir atteint l’âge de 40 ans, comme Arthur Rimbaud…), sur la nécessité de poursuivre ses rêves tout en gardant les yeux ouverts sur le monde. Il était plongé dans sa ville, dans sa génération, dans les mouvements créatifs autour de lui, voltigeant de Prévert à Sartre en passant par Raymond Queneau. Il nous a appris à saisir au vol les occasions de rencontres et de découvertes pour faire progresser sa propre pensée et en partager ensuite les bienfaits. Tout ce qui était vivant le passionnait et il a touché avec Génie à de nombreuses disciplines.

Vous intervenez beaucoup dans les écoles, certaines de vos prestations ont porté sur les pages noires de notre histoire, comment ressentez vous l’intêrêt de votre jeune public à l’égard du monde du théâtre d’une part mais aussi par rapport à une autre manière d’évoquer l’histoire ?

Le théâtre est une des courroies de transmission indispensable. Il transmet des valeurs, propose des thématiques qui passent par l’émotion et en cela, il peut se jouer des modes, des codes, des carcans. L’émotion est universelle et génératrice d’action. Lorsque les élèves assistent au spectacle que j’ai consacré aux femmes de l’Orchestre d’Auschwitz, un silence d’une qualité incroyable accompagne la prestation. Les professeurs sont étonnés de voir à quel point leurs élèves ont tout à coup une perception de l’Histoire « à vif ». Il arrive qu’une heure de spectacle leur fasse mesurer davantage l’horreur des camps que trois chapitres entiers de leur livre d’Histoire. L’Art a le Devoir d’être intelligible et ne doit laisser personne sur le bas-côté de la route.

En dehors d’Avignon qui est un rendez-vous incontournable chaque année, quels sont vos autres projets ?

J’ai la chance d’effectuer de très nombreuses tournées partout dans le monde. Ma prochaine destination sera TAHITI. J’y ai déjà joué 4 fois et à chaque reprise j’ai été bouleversée par la spontanéité du public polynésien. Je vais également retourner dans les Pays de l’Est (Pologne, Roumanie, Ukraine…). Là aussi l’enthousiasme est émouvant et l’exigence de la rencontre palpable. La langue française est perçue comme un vecteur de Liberté. C’est à nous, artistes de faire en sorte que le souffle passe et qu’après notre venue, des projets se mettent en place, des échanges s’installent. Nous avons le devoir de laisser une trace dans la tête le cœur ou le ventre du spectateur. Personne ne devrait sortir indemne d’un spectacle…

Notre région accueille chaque année, un festival réputé d'artistes de rue à Chalon S/s,comment percez vous le devenir de votre profession ?

Contrairement à l’idée reçue et au discours ambiant, je ne suis pas « fondamentalement » inquiète pour le théâtre et plus généralement pour le spectacle vivant car on ne peut le remplacer par rien d’autre. Cela fait 2.000 ans qu’on dit le Théâtre « en crise », mais si la télévision, la vidéo, le cinéma (avec des armes financières redoutables !) ne sont pas arrivés, depuis tant d’années, à assassiner le théâtre c’est qu’il est indestructible… pourquoi ? parce qu’il est utile ! ce sont des humains qui parlent d’humains à d’autres humains. Il fait partie du paysage fraternel et universel.

Un petit coup d'oeil dans le rétroviseur, vous êtes tour à tour artiste, metteur en scène et écrivain, trois activités complémentaires, quelle est votre formation ? Et quels seraient les conseils que vous donneriez à celles et ceux qui ont envie de se tourner vers le théâtre ?


J’ai eu la chance de rencontrer un professeur de français qui m’a fait découvrir le Théâtre à l’âge de 12 ans. Elle a créé un cours, assistée par un professeur d’Art Dramatique qui m’a très vite remarquée et m’a fait entrer dans son cours professionnel. C’est là, qu’à 15 ans j’ai rencontré mon futur mari, lui-même comédien. Plutôt que de monter des classiques, nous avons décidé de créer des spectacles en prise directe avec la vie (ce que je n’ai jamais cessé de faire, même après notre séparation). Entre temps j’ai suivi des stages de mime, de mise en scène, j’ai eu un prix décerné par Jean Vilar et j’ai décidé en 1975 de « monter » à Paris où j’ai créé mon premier spectacle en solo.

Les rôles ont enchaîné mais aussi et surtout l’envie de jouer partout ! non seulement dans les grands théâtres mais aussi dans des tribus africaines, dans les prisons, sur les lignes de front, au cour des conflits, et dans les endroits les plus improbables…Le Ministère des Affaires Etrangères m’a fait confiance et m’a envoyée aux quatre coins de la planète pour diffuser la culture française. Je suis devenue une comédienne-globe-trotteuse ! En parcourant 70 pays, je suis en relation permanente avec des cultures, des religions, des publics différents et j’adore ça ! Finalement, je me sens plus proche d’un médecin de brousse dont chaque journée est différente de la précédente que d’une comédienne jouant confortablement à l’abri dans un Théâtre National.

A quelqu’un qui viendrait me dire « je veux faire du théâtre », je répondrais « Alors fonce ! n’écoute que ton envie, Sois authentique. Donne au public ce que tu as de plus vrai, de plus fort ! Ne te laisse décourager par rien ni personne ! »

Propos recueillis par Daniel DERIOT


Représentation au Madeleine Palace
Réservations au 03-85-27-03-36

Tarifs : - 7-12 ans: 1O Euros,également pour plus de 65 ans-titulaire carte C.E sézan-étudants Plus de 12 ans : 13 euros.

 

 

commentaires

  • Excellent article-entretien. Rien n'est oublié, même pas Chalon dans la rue.
    C'est un régal réel de voir les multiples infos sur ce site. Merci à toute l'équipe.
    Continuez à nous surprendre, à nous informer et à nous donnez des envies de découvrir chalon et sa région.

    Nathalie Gagnère : habitante de Chalon depuis peu.
    par Gagnèrenathalie le 29 avril 2009



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