Théma : nos portraits
Nicolas: Le graff comme métier
Né aux États-Unis dans la mouvance hip-hop, le graff (peinture à la bombe) est un do- maine souvent mal connu. Fréquemment victime des idées reçues, on l’assimile facile- ment aux tags qui dégradent compteurs électriques et murs de ruelles. Pourtant, le graf- fiti est un art à part entière et parfois même, certains en font un métier comme c’est le cas de Nicolas Picard, alias « Tchak », jeune artiste de 25 ans, originaire de Montceau.
Ça consiste en quoi le métier de graffeur ?
À réaliser des œuvres sur de grands supports, à travailler le lettrage, le dessin, tout en essayant de le montrer au plus de monde possible. Je travaille autant pour un particulier qui veut égayer sa cour que pour un restaurant qui veut donner du style à son décor. Je donne aussi des cours dans des centres de loisirs de la région.
Comment est née cette passion pour le graff ?
C’était pendant un concert de hip-hop,, il y a 6 ans je crois, des graffeurs qui étaient venus « performer », je ne pouvais pas les quitter des yeux, je trouvais cela génial, je n’ai même pas fait attention au concert, j’étais rivé sur les graffitis qu’ils faisaient.
À quel moment as-tu décidé d’en faire un métier ?
J’ai rencontré Heta, un graffeur, qui en vivait alors je me suis dit pourquoi pas moi?. À l’époque, je faisais beaucoup de petits boulots dans des usines, je détestais ça. L’ambiance me plombait le moral, j’attendais la pause au bout de cinq minutes de travail. J’avais commencé à peindre et quelques personnes me demandaient des petites décos. Je me suis lancé, j’ai fais deux trois choses pour les copains, j’ai dé- marché les particuliers, les mairies, notemment celle de Saint-Vallier qui m’a beaucoup aidé. J’ai eu l’occasion de faire la devanture d’une école avec un pote, Benjamin Lavigne via l’association WWA (Wild Wall Art), que nous avions montée avec un troisième pote, Nicolas Renard, c’est parti de là... Sinon ma première œuvre solo, je l’ai réalisée sur le château d’eau de la ville de Saint-Vallier. C’était un gros travail et entre les paperasses et le travail, ça m’a pris deux ans.
Comment on se forme au graff ?
Au début, ça pose problème, car il faut se faire soi-même, il n’y a pas d’école de graff, c’est un apprentissage autodidacte. En 2001, j’ai rejoins le collectif « QSTM » (Quisaytamère) avec lequel je peinds encore régulièrement.
Et comment ça se passe au niveau du travail ?
Pas de mystère, dans ce métier, pour percer, il faut se bouger. Quand je me balade dans la rue, j’ai toujours l’œil pour propose mes services. Rideaux de fer de magasin, ruelle grise, ouverture d’un magasin ou d’un restaurant, je reste toujours à l’affût d’un travail potentiel. C’est difficile de gagner sa vie là-dedans, c’est aussi une affaire de chance et parfois on décroche un bon contrat. Dans ce métier, il faut aussi savoir accepter la fluctuation des revenus. La plupart du temps, lorsqu’une personne est intéressée, je passe plusieurs heures à faire des croquis. Entre la recherche et la réalisation, il faut être motivé car c’est beaucoup de travail.
En gros, mieux vaut être prêt à se bouger !
C’est ce qui est le plus difficile dans ce métier ? Non, ce qui est dur, c’est le manque de reconnaissance. La plupart des gens ne se rendent pas compte du travail fourni et considèrent les graffeurs comme des délinquants. Ils ne font pas la part des choses et nous confondent avec les tagueurs d’une nuit. Et puis c’est difficile d’en vivre tout court, c’est pas évident de trouver du boulot toute l’année, ça fonctionne mieux l’été, l’hiver, c’est la saison morte.
Alors, qu’est-ce qui te fait avancer ?
Voir des personnes satisfaites de mon travail une fois achevé ou d’avoir des retours positifs des personnes pour lesquelles j’ai bossé. C’est de voir aussi qu’une renommée s’installe grâce à des cours que je donne ou des projets réalisés, la confiance se gagne petit à petit. J’essaye de diversifier ma peinture, j’aimerais apprendre les techniques de l’aérographe, du pistolet... progresser, continuer de rencontrer d’autres artistes et m’exporter... J’aime montrer mon travail, transmettre ma passion. Chaque jour est différent, au travers des rencontres ou des projets, il faut sans cesse s’adapter aux points de vue du client, à leur demande. Ma philosophie, c’est de rester en mouvement, progresser. Trouver mon propre style, être à l’aise dans mon graffiti, que ce soit naturel et ne pas imposer ma peinture, je cherche l’harmonie.
Un vrai passionné quoi...
Oui! j’aime ce que je fais, malgré les galères je continue. Il faudrait me couper un bras pour que j’arrête et encore, je continuerais avec le gauche!
Cet article est paru dans Zoom, le mag des gens du coin qui se bougent !
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