Entre-nous : parlons livres
Lire à CHALON : Un formidable roman au coeur d'une droite extrème
Quand il ne pige pas pour l’hebdomadaire de droite qu’est Valeurs actuelles, Jérôme Leroy écrit des livres. Le dernier en date, Le Bloc [1], un « roman noir », réunit nombre de conditions pour séduire les lecteurs de Vivre-à-Chalon.
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« Leroy connaît bien son sujet – peut-être trop bien. » C’est, paraît-il [2], ce qu’un journaliste d’un canard satirique a écrit à propos de Jérôme Leroy qui, dans le roman qu’il a publié à l’automne dernier, nous fait littéralement vivre les pensées de deux militants du Bloc patriotique, « parti qui ressemble beaucoup… au Front national de notre monde bien réel » [3].
Le journaliste en question voulait-il dire que le troublant réalisme du roman de Leroy n’était pas tant le fruit de l’imagination débordante de l’auteur que d’une solide expérience, peu avouable ? Qu’il n’écrivait peut-être pas dans la presse de droite par hasard ? On chercherait à insinuer que cet écrivain a quelques fâcheuses sympathies qu’on ne s’y prendrait en tout cas certainement pas autrement…
Cela étant, est-ce le cas ? Leroy montre-t-il dans son roman quelque complaisance à l’égard de l’extrême-droite ? De l’empathie pour ses deux protagonistes, cela ne fait aucun doute. En revanche, nulle trace d’une quelconque bienveillance à l’égard d’une mouvance qui, sous sa plume, n’est jamais qu’un ramassis de « franc salauds », d’ « ensoutanés » haineux, de « fils de famille fainéants dont certains trouv[ent] dans un engagement à l’extrême-droite le moyen de se donner une contenance dans le monde et de signifier leur appartenance de classe », de skinheads plus ou moins repentis (Stanko), de « grandes gueules alcooliques, les yeux noyés dans le casanis », où s’est égaré un intellectuel, « devenu fasciste à cause d’un sexe de fille » : le fascinant Antoine Maynard. Inutile, donc, de traquer dans ce roman, les « preuves » d’une connivence de l’écrivain avec les eaux troubles dans lesquelles il nous plonge.
Cela posé, pourquoi lire ce roman ? Pour au moins deux raisons. Parce qu’il permet au lecteur rentrant trop vanné du boulot pour se mettre dans la récente étude de la Fondation Jean Jaurès sur « les ressorts du vote FN en milieux populaires » [4], de comprendre pourquoi le parti de Marine Le Pen n’a pas fini, si la gauche n’arrive pas à leur parler de nouveau, d’attirer à lui les classes populaires. Parce qu’il s’agit surtout, et Jérôme Anciberro ne s’y est pas trompé [3), d’un « formidable roman ». Et comme c’est plutôt rare de nos jours, ce serait vraiment dommage de ne pas succomber.
Lionel Rouve
[1] Gallimard, coll. « Série noire », 2011, 296 p, 17,50 €
[2] Le Nouvel observateur, 10.11.2011, p 118
[3] Témoignage chrétien, 20.10.2011, p 27.
[4] http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-essais/Le-point-de-rupture
Note de la rédaction de vivre-a-chalon.com :Notre position de VOUS donner la parole, d'ouvrir nos colonnes virtuelles à des sensibilités très différentes nous conduit à publier de nombreux articles d'horizons très différents en rappelant cet avertissement présent à la une de vivre-a-chalon.com : Qui dit quoi ? Qui parle sur vivre-a-chalon.com ?
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