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Lire à CHALON - Le réel selon Jean Dobritz

27 jan 2012 - Lionel Rouve

Auteur d’un recueil de caricatures et de dessins particulièrement percutants, le dessinateur Dobritz [1] nous rappelle à tous que le « monde merveilleux de l’entreprise » n’est guère autre chose qu’un mythe, dont on ne saurait jamais trop se détourner.

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Faire comprendre que « la bande dessinée n’était pas réservée aux débiles et aux enfants » [2] n’aura pas été une mince affaire. En effet, il s’en sera passé du temps avant que, dans la salle d’attente de votre coiffeur ou de votre dentiste, comme dans le train, vous osiez lire à découvert un Franquin, Fluide glacial [3] ou bien Psykopat [4]. Philippe Druillet, père de Lone Sloane et cofondateur de la mythique revue Métal hurlant [5], n’exagère d’ailleurs très certainement pas quand il parle de « combat pour une culture » [6]. Fort heureusement, rares sont ceux qui aujourd’hui se demandent encore si la lecture de bandes dessinées rend aussi con que la masturbation rend sourd.


« Fort heureusement », parce que pour faire comprendre en un ou deux battements de cils l’ineffable, rien ne remplacera jamais une bédé, sinon un de ces dessins dont Cabu disait qu’ils devaient être des « coups de poing dans la gueule » : une caricature.


Un exemple ? La violence au sein de l’entreprise, souvent dénoncée, peu disséquée. Pour comprendre cette dernière, on peut lire l'un des derniers romans de Nathalie Kuperman [7]. En effet, une fois lues les deux cents pages de celui-ci, difficile de ne pas comprendre comment et avec quelle facilité déconcertante l’entreprise broie les hommes qu’elle essore au préalable. On peut tout aussi bien feuilleter L’entreprise m’a tuer, du dessinateur Dobritz [8].


Pour ceux qui pour mille bonnes raisons n’ont pas toujours la force ou le temps de bouquiner des ouvrages qu’ils ne peuvent seulement pas toujours s’offrir, ce recueil, d’un montant relativement abordable, permettra de saisir en quelques clins d’œil ce réel qui ne va pas, peu dicible, qui étouffe nombre d’entre nous, un peu plus chaque jour. Bien plus important, il leur rappellera, si d’aventure ils n’y avaient pas songé d’eux-mêmes, que travailler plus, ça reste, à l’heure actuelle, « vivre moins ». Au moment où d’aucuns rêvent encore d’en finir avec la notion même de « durée légale du temps de travail » [9], ce n’est peut-être pas inutile…

Lionel Rouve

[1] http://www.dobritz.fr/
[2] Frédéric Roussel, « Portrait. Philippe Druillet », Libération, 7.01.2011, p 40
[3] http://www.fluideglacial.com/
[4] http://www.psikopat.com/
[5] http://www.bdoubliees.com/metalhurlant/index.html
[6] Ibid.
[7] Lionel Rouve, « Le réel selon Nathalie Kuperman, Royaliste n°980
[8] Hugo BD, 2008, 72 p, 11 €.
[9] http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/01/05/les-35-heures-il-faut-poser-la-question-a-mme-parisot/

 
 

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