Théma : nos portraits
Laurent ou le syndrome de Peter Pan
Ouverte depuis août 2006, la boutique Toyzone fait le régal de tous les fans d’univers fantastique qui y retrouvent les produits dérivés de cinéma, télé ou mangas. Commerce indépendant, Laurent a mis tout son coeur dans ce projet. Interview d’un rêveur acharné.
Quel est ton parcours ? J’ai passé un bac Action et communication commerciale un peu par hasard.J’ai devancé l’appel et j’ai fait mon service militaire au PSIG de Macon. Dix mois m’ont suffi à me dire que je n’avais pas du tout l’esprit militaire. Je suis ensuite rentré sur le marché du travail en tant que commercial. De CDD en CDI, j’ai fait cinq ans dans la téléphonie tout en cherchant un concept et une opportunité pour me mettre à mon compte.
Comment est née l’idée du magasin ? J’avais envisagé la possibilité de vendre des produits dérivés ainsi que des jeux vidéo, mais au printemps 2005, alors que j’allais concrétiser ce projet, deux grosses enseignes nationales du jeu vidéo se sont implantées à Chalon. Ça m’a conduit à chercher un local à Macon et je suis tombé par hasard sur le magasin « Toyzone » de mes futurs collègues.On y voyait pratiquement que des figurines et des statuettes de collections issues du cinéma et de la BD, de Goldorak au Seigneur des anneaux en passant par Spiderman et Lara Croft...j’étais dans mon univers... En discutant, on a fini par trouver un accord pour travailler ensemble tout en restant indépendants.
Quels sont les plus gros obstacles à la réalisation de ce genre de projet ? Surtout l’aspect financier. On peut avoir toutes les bonnes idées du monde, sans argent on ne peut rien faire ! Il y a aussi le fait que j’ai 29 ans; c’est d’autant plus difficile d’être pris au sérieux quand vous êtes jeune et que vous n’avez pas vraiment de garanties, toutes les relations avec les divers partenaires s’en trouvent altérées. Et enfin, l’aspect paperasse qui ressemble à un vrai parcours du combattant, il faut obtenir le papier A pour avoir le B qui vous donnera le C, mais pour avoir le C, il faut déjà avoir le papier A... ce genre de truc quoi... Sinon, ce qui me faisait le plus peur c’est qu’on me donne une étiquette de simple magasin de jouet ou pire encore du mec complément tordu, vous savez le jeune bizarre perdu dans la rue là-bas...
Mais apparemment cela en vaut le coup sinon tu n’aurais pas été au bout de ton projet. Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ? Pouvoir parler de passions communes avec des clients de tous âges. Il ne s’agit pas de juste dire bonjour, encaisser et dire au revoir. Pour moi, mon magasin est un lieu d’échange culturel. J’ai autant de plaisir à accueillir des gens de ma génération qui ne font juste que passer et qui retombent en enfance le temps d’une visite, que le collectionneur qui viendra m’acheter régulièrement les produits de la série dont il est fan...
Es-tu un fan toi-même ? Je suis fan de cinéma avant tout, même si je n’ai plus vraiment le temps d’y aller aussi souvent que je voudrais. On peut dire par exemple que je suis fan de Star Wars dans le sens où je connais beaucoup de choses sur cet univers. Toutefois je ne suis pas fanatique au point de ne plus avoir d’esprit critique. Je m’intéresse à tout ce qui touche au fantastique, à la science-fiction ou aux mondes imaginaires. Rêveur ? Oui à fond. À l’école maternelle, on m’appelait Jean de la Lune... ça me joue parfois des tours...
Tu baignes dans un environnemen imaginaire, voire fantastique, c’est quoi ton rapport à la réalité ? Quand j’étais petit et qu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais pilote de chasse ou policier... Finalement, cela dépendait pas mal du dernier film que j’avais vu ! Je suis un enfant de la génération Goldorak et du Club Dorothée, influencé par des personnages hors du commun qui se battaient pour des valeurs justes, dans des univers bien différents du nôtre...C’est vrai que j’aime me plonger le temps d’un film ou d’une série dans d’autres univers, évidemment on peut y voir une volonté de fuir les difficultés du monde réel, mais je crois que c’est un réflexe assez humain de ne pas se morfondre et de chercher à s’évader de temps en temps pourvu qu’on continue à assumer ses responsabilités. Même si on n’a aucun problème dans sa vie, c’est dur quand on a une conscience de se satisfaire de la manière dont tourne le monde actuellement.
Justement!, il y a quelques mois, Luke Skywalker et toute sa troupe se sont baladés dans les rues de Chalon, je crois savoir que tu en es l’auteur... Mais qui étaient ces gens? Était-ce une manière d’amener une part de fantastique dans la vie ou simplement un coup de pub ? Il y avait évidemment le côté pub pour le lancement de la boutique. Un de mes collègue est président d’une association de Cosplay ( Pratique consistant à jouer le rôle de personnages (héros de mangas, d’animation japonaise, de films, ou de jeux vidéo) en imitant leur costume et leur maquillage). Nous avons distribué des flyers, fait le tour des magasins du centre, mais on peut dire que pendant l’espace d’une journée Chalon s’est retrouvée dans un univers parallèle. Les gens étaient curieux, mais aussi assez impressionnés, je pense, par la qualité des costumes. Les enfants étaient aux anges, les touristes ont fait des photos, ça a presque fait oublier la pluie... c’était une bonne journée pour tout le monde !
As-tu des projets ? Dans un premier temps, passer la barre fatidique des 3 années d’existence, payer mes charges et pouvoir continuer à en vivre, ça sera déjà très bien. Après j’aimerais évidemment me dévellopper, agrandir la surface de vente en me rapprochant des rues à fort passage, embaucher plusieurs personnes, voire créer d’autres magasins et pourquoi pas faire de l’import-export et créer mes propres produits sous licence...
Grand programme en perspective... Il y a un proverbe africain qui dit « Ne te moque pas de l’homme qui se noie si tu n’as jamais traversé la rivière ». J’aurais plutôt tendance à dire « Ne te moque pas de l’homme qui se noie va l’aider merde ! ».
Cet article est paru dans Zoom, le mag des gens du coin qui se bougent !
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