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Julien: Voyageur cherche choc des cultures

Zoom / vivre-a-chalon.comParti pendant 4 mois en Amérique Latine l’automne dernier, Julien a fait ce que beaucoup aimeraient faire: Tout lâcher et partir sac à dos sur le dos à la recherche d’une autre culture, d’un électrochoc pour, en retour, trouver ce qui est essentiel. 

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce voyage ? Le fait d’avoir des parents baroudeurs qui ont semé en moi la graine du voyage version routard : jamais un hôtel, toujours à la « démerde », déjà, ça joue, mais sinon c’est surtout le fait que je menais une vie active en tant que consultant depuis 5 ans;, une voiture, un appart, une douce routine déjà bien ancrée. Mes 25 ans approchant, j’avais peur de passer à côté de « mon » essentiel.  

Pourquoi l’Amérique latine ?  L’Amérique latine représente pour moi un mode de vie correspondant au mien, une vie de couleurs, de fête, de salsa, de saveurs, une vie pleine, dense, vécue dans le moment présent.  

Que recherchais-tu ? Le défi sans aucun doute! Me jeter dans un monde dont je ne parle pas un seul mot ! C’est la mise en péril qui, je le sais, garantit un apprentissage de la vie infini. Les retrouvailles avec le sac à dos. La césure avec la routine dans laquelle on tombe si vite. Et enfin, les rencontres, les imprévus, les situations dingues, les coups de cœur, les flips, l’aventure assurée d’avance… 

Quel a été ton circuit ? Avais-tu une idée précise à la base ? Je me suis dit, « Tu fais un mois et demi de baroudage d’Ouest en Est et t’arrives tranquille à Merida pour une école d’espagnol ». Forcément rien ne s’est passé comme prévu ! Au bout d’une semaine de folie à Guadalajara, j’ai bien compris que je ne pourrai jamais faire tant de kilomètres en à peine 3 semaines pour rejoindre cette école, et surtout que je n’avais pas du tout envie de me poser 2 mois et demi sur les bancs d’une école ! C’est là que l’aventure a commencée… Au final, mon circuit aura été de faire toute la côte Ouest du Mexique, remonter par le centre pour le festival El Cerventino à Guanajuato, traverser tout ce centre d’Ouest en Est : des villes nichées dans les montagnes et des couleurs à couper le souffle, pour redescendre par la ville la plus dense du Monde : Mexico City, 24 millions d’habitants.J’ai atteint ensuite la côte sud et son Pacifique, Acapulco et ses fiestas uniques, Puerto Escondido et ses vagues de neuf mètres de haut ! (avis aux surfeurs), Mazunte et la tranquillité de ses hamacs. Je n’ai pas résisté à visiter le Guatemala, changement de monnaie, de coût de la vie (1 euro la nuit avec salle de bain privée… grand luxe) et de visages. Visiter un pays sortant d’une guerre civile, c’était intense... Puis découverte d’un troisième pays, le Belize et ses spots de plongée, les plus beaux du monde paraît il… Petit retour au Mexique, près de Cancùn où c’est américain au possible et enfin Cuba. Fidel Castro cassant sa pipe, je me suis dit que c’était le moment ou jamais de se faire une idée, sur place, de cette vie de communisme et de « dictature » tant critiquée… 

Tu es parti avec combien de Pesos en poche? J’ai réussi à vivre avec 22 euros par jour pendant quatre mois, c’est peu quand on sait que ça comprend la nourriture, l’hébergement et les transports (bus, vélo, taxi, vols Cancùn – La Havane)… 

Tu ne connaissais pas du tout la langue, ça ne t’a pas fait peur ? À défaut, as-tu appris le langage des signes ? J’avoue que ne pas connaître la langue du tout m’excitait au début… puis dès que j’ai pris mon avion Houston/Guadalajara et que tout le monde parlait espagnol même le commandant de bord… là, j’ai carrément flippé! Je me suis trouvé complètement inconscient de faire ça. J’avais pour seul guide, « L’espagnol pour les nuls »!Alors, c’est clair que le langage des signes ça fonctionne, le dessin surtout ! Mon meilleur ami a été mon carnet de bord, toujours sur moi, griffonné de partout… 

Ta plus grosse tuile ?  Il y en a eu un paquet de tuiles, la première, c’est le seul et unique contact que j’avais pour venir me cueillir à l’aéroport, Angéla, une Mexicaine qui devait porter comme signe distinctif, un chapeau de cow-boy.blanc. Quand je suis arrivé dans l’aéroport… tout le monde ou presque portait un chapeau de cow-boy blanc… je n’ai jamais trouvé Angela, ça commençait très très fort… 

Ton plus beau souvenir ? Ouh la la, difficile de sortir un souvenir en particulier tant tout fut si différent et bon…À San Cristobal de las Casas, avec d’autres « travelers », nous avons lancé une collecte de vêtements auprès des locaux, de toutes classes sociales. On a passé une nuit à tout classer par sexe, âge, taille, couleur. Durant toute une journée, des familles entières des derniers Mayas sont passées,  gênées et un peu déboussolées. Donnez un petit Bomber’s à un garçon de 9 ans et le voilà fier tant il paraît costaud. Les sourires sont notre langage, on a rigolé comme c’est pas permis ! Rien que d’en reparler…j’en ai la chair de poule… 

En parlant de chair de poule, quelle a été ta plus grosse peur ? Ma plus grosse peur a été sans équivoque mon agression à Acapulco. Je suis tombé dans une machinerie très bien rodée. Faisant la fête sur une terrasse magnifique, à ciel ouvert, en tek, surplombant la baie d’Acapulco, tout le monde se déchausse de ses tongs pour danser plus aisément… Un vilain passe inaperçu entre les tables et tape dans cinq ou six tongs disparates… celles-ci tombent sur la plage en contre bas. À la fin de la soirée, vous cherchez forcément votre deuxième tong, un vilain numéro deux approche : « haaa ta tong, je l’ai vue, elle est sur la plage, elle a dû tomber ». Vous y allez rapidement et un vilain numéro trois vous dépouille dans la pénombre… 

Quels sont les clichés que tu as croisés le plus souvent ? Aïe, bonne question! Attention la réponse fait mal… et explique en partie pourquoi on rentre forcément changé d’un tel voyage!J’ai tout d’abord été accueilli avec le cliché suivant : Français = Paris = ville de l’amour = « Voulez-vous coucher avec moi ce soir » L’a priori fut donc archi positif, plutôt sympa l’accueil…Puis les rencontres se font plus vraies, plus profondes et là vous commencez à avoir un feed-back sur votre propre pays : Le Français est prétentieux, se regarde, juge, vit dans le passé, n’est pas accueillant, ne parle pas une autre langue ou tout du moins ne fait pas l’effort de parler une autre langue… Alors au début, on essaie de défendre son pays et puis on prend conscience de l’accueil que nous fait vivre dans cette Amérique latine. On ne vous connaît pas et vous voilà embringués, adoptés par des familles, des amis, vous voilà hébergés, nourrient, on vous sourit tout le temps, on vous questionne sur votre vie… C’est une belle leçon d’humilité... 

Et pour ce qui est de tes préjugés sur eux ? J’avais un peu le préjugé que les Mexicains buvaient beaucoup de Tequila, c’est complètement faux… ils en boivent énormément !! 

As-tu trouvé ce que tu cherchais là-bas ? Ho que oui…et plus encore ! Ma plus belle trouvaille est de ramener une nouvelle langue, moi qui adore communiquer, me voilà capable de comprendre et parler l’espagnol grâce à l’immersion totale et en refusant chaque jour de m’exprimer en anglais…Par ailleurs, je ramène des confirmations sur le sens que je veux donner à ma vie; à ce jour, j’aspire à mettre ces compétences dans un projet  personnel de vie, dans ma création et pas dans un système « tête dans le guidon » pendant 40 ans… la qualité de vie est ma priorité… 

Après cette expérience, dans ton petit guide du routard personnel, ça serait quoi tes meilleures astuces, tes meilleurs conseils ? Définitivement le plus utile : le site “hospitalityclub.org”. J’ai eu la chance de l’utiliser pendant 4 mois, c’est 35 000 personnes dans le monde, dans 240 pays différents qui vous offrent gratuitement l’hébergement, 30 minutes pour un café ou une visite de leur ville… c’est énorme, c’est gratuit et vous rencontrez forcément des gens ouverts. Ça m’a permis de dormir dans des baraques où 3 générations vivent ensemble ou encore au milieu de colocataires de toutes nationalités… Très enrichissant.Autre astuce, il existe des sites de stockage de photos, c’est idéal pour un long périple. Moi, j’ai opté pour une petite tour de 25 CDs vierges que j’ai gravés à mesure (j’ai ramené 4000 photos). C’est une solution sympa aussi puisque j’ai pu ramener de la musique locale, des vidéos… et ça, ça vaut de l’or!Enfin, toujours avoir un calepin sur soi, ça devient un trésor rapidement. J’y ai noté les verbes, mots, adverbes que j’utilisais, j’ai des griffonnages de plein de gens qui tentent de se faire comprendre ou de me comprendre… 

Quelle est la phrase qui t’a servie le plus ? « Que te vaya bien » (Porte toi bien). Tout le monde se le dit à longueur de journée. J’étais trop heureux de pouvoir le dire la première fois et de voir mon interlocuteur me regarder et me lancer un sourire…  

Le retour, pas trop dur ? Et maintenant ? Ce qui n’est pas simple c’est que chacun suit sa route durant 4 mois professionnellement et personnellement, vous, vous revenez d’un autre monde, le décalage est inévitable… Puis le “système” vous happe vite, il faut revenir dans le chemin « classique », sécurisé, dans la « norme », mais je garde le cap de réaliser mes envies profondes tout en construisant ma vie…Là, je pars en Corse réaliser le premier guide des sports de pleine nature, on en lance 10000 exemplaires avant la saison. Sinon, c’est décidé, je pars m’installer à Barcelone pour peaufiner cette langue espagnole qui me plait tant, me poser un peu et réfléchir à mon projet à moi, ma création…


Cet article est paru dans Zoom, le mag des gens du coin qui se bougent !
Avant de reproduire tout ou partie merci d'en faire part à : chalonzoom@hotmail.fr
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