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samedi 17 mai 2008

Bonne Fête Pascal

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Gédéon Latranche : Psychanalyse d'un clown

Zoom / vivre-a-chalon.comLa marmite des arts, Nicolas est tombé dedans quand il était petit. Passionné du clown depuis ses 6 ans, à 30 ans, Nicolas Dewynter en est devenu un bien particulier nommé Gédéon Latranche. Loin de l’image du clown avec ses balles de jonglages et sa fleur cracheuse d’eau, Gédéon donne dans le trash et l’humour noir. Mais pourquoi tant de haine ? Zoom s’improvise psychothérapeute...

 

Depuis 2006, tu joues le spectacle « La petite tuerie ». Tu le dis dans ton pamphlet, Gédéon fait autant peur qu’il fait rire, pourquoi un clown qui fait peur ?

Quelque part, je ne l’ai pas choisi, Gédéon est mon clown, celui qui arrive quand je mets mon nez de clown. Au fil du temps, il a évolué, mais c’est toujours resté une personne très violente, presque monstrueuse. C’est un boucher de métier qui prend énormément de plaisir à tuer, il ne fait pas de sentiment, pour lui, c’est normal. Si une personne l’énerve, il en fait du pâté de tête, c’est sa spécialité !

 

Tu parles de Gédéon comme si c’était une autre personne, serait-ce dédoublement de personnalité ?

Quelque part oui ! Pour moi, Gédéon est un Être qui existe entièrement, il a son histoire, sa personnalité, sa philosophie, ses réactions propres...  Je dirige un stage de clown, je dis aux gens de fermer les yeux, mettre le nez, ouvrir les yeux et voir ensuite si leur clown est là. Ça donne parfois des résultats surprenants, mais pas toujours agréables. Notre clown nous ressemble beaucoup, il est aussi comme une loupe sur nos pires défauts, ce n’est pas toujours facile et parfois ça fait mal ! Moi je trouve ça très sain et libérateur de pouvoir s’exprimer, se lâcher. Dans la vie, je suis une personne très calme et s’il n’y avait pas eu Gédéon pour expulser tous ces sentiments, je ne serais pas le même. En fait, je n’ai pas besoin de psychothérapie, ma thérapie, c’est Gédéon !

 

Au final, tu travailles ton personnage où il vient tout seul ?

Bien sûr qu’il y a beaucoup de travail avec Gédéon. Il y a plusieurs écoles au niveau du jeu théâtral, pour ma part, le côté monstrueux de Gédéon, c’est la part de violence que j’ai en moi, mais poussé à l’extrême. Travailler les émotions primaires de ce clown pour, petit à petit, affiner sa personnalité. Plus je le joue, plus je trouve des nuances dans son caractère, mais il reste un personnage qui prend beaucoup de place et parfois, je mets une heure, après le spectacle avant de pouvoir sortir du personnage.

 

Et tu n’as jamais peur qu’il prenne le dessus un jour ?

C’est déjà arrivé ! Une fois, en répétition, j’étais tellement dans mon personnage que je me suis accidentellement coupé avec mon couteau et depuis je joue avec des faux couteaux ! Et une autre fois sur scène, je me suis emporté contre des gens qui quittaient la salle ! C’est seulement après que je me suis rendu compte que je m’étais un peu enflammé et qu’il était nécessaire que je contrôle mieux mon personnage. Maintenant, je le laisse s’exprimer, mais je ne suis jamais loin de lui.

 

T’emporter contre des spectateurs, leur faire peur... C’est assez étrange pour un clown non ?

Pour moi, la vocation première d’un clown, c’est provoquer l’émotion, quelle qu’elle soit ! Certaines personnes sont mal à l’aise, d’autres trouvent le personnage attachant. Je vois parfois dans les regards de la pitié pour Gédéon et je trouve cela excellent, tout autant d’ailleurs que ceux qui huent le professeur Verdeyrberke (un autre de ses personnages), quand je me fais huer, c’est gagné !

 

Parle-nous un peu du professeur Verdeyrberke...

C’est un personnage très loufoque, très proche du clown. C’est un monsieur “Je sais tout », le genre qui parle toujours plus fort que tout le monde, c’est un professeur à la retraite, sur-diplômé, réactionnaire, facho, moralisateur...

 

Décidément, tes personnages ne sont pas populaires... Tu aimes provoquer ?

Oui je crois.  J’aime surtout provoquer des émotions chez les gens, j’adore les voir réagir et m’amuser avec eux et non pas d’eux. L’autre jour, la poste m’a demandé de venir jouer pour leur réouverture. Je suis donc venu en Verdeyrberke et je passais à travers les files d’attente, je chronométrais les guichetières. C’est très intéressant de voir les réactions des gens, car ils ne sont pas préparés à voir un spectacle, ils rient, mais discrètement, ils ont peur que je les prenne à parti. Il y a aussi celui qui veut parler plus fort et être plus drôle que moi ou encore celui qui n’a pas vu que je jouais un personnage, mais pour moi, toutes les réactions sont bonnes à prendre...

 


Cet article est paru dans Zoom, le mag des gens du coin qui se bougent !
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