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Chalon : Pratiques funéraires dans la cathédrale Saint-Vincent

23 avr 2010 - par Guillaume GRILLON

A la suite de la conférence qu'il a tenue lors de la séance publique de printemps de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon [ lien sur le compte-rendu ], Guillaume GRILLON, jeune chercheur à l'Université de Bourgogne, a accepté de partager avec les lecteurs de vivre-a-chalon.com les points forts de son intervention. Merci à lui !



Cathédrale et pratiques funéraires :
l’exemple chalonnais (XIIIe – XVIe siècle)



Par Guillaume GRILLON
Université de Bourgogne – UMR 5594 ARTeHIS


 Comme de nombreux édifices médiévaux, la cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône a accueilli en son sein bon nombre de sépultures et de dépouilles. Hélas, bien souvent les malheurs du temps et des hommes n’ont guère épargné les monuments funéraires qui signalisaient leurs présences, laissant ainsi que peu d’indices aux historiens s’intéressant de près ou de loin aux pratiques funéraires.
S’intéresser aux pratiques funéraires nécessite trois étapes : identifier quels sont les défunts ayant choisi l’édifice comme dernière demeure, localiser les sépultures dans l’édifice et s’intéresser aux monuments funéraires qui les recouvrent.
L’intérêt d’étudier les pratiques funéraires de Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône repose sur le fait que nous avons la chance de disposer de sources et de supports multiples et variés. Comme de nombreuses églises cathédrales, Saint-Vincent était pavée d’un grand nombre de monuments funéraires. Aujourd’hui, les collatéraux conservent encore les stigmates de ce riche passé qui chaque jour hélas s’efface un peu plus. Pour la période antérieure à 1550, 75 sépultures ont pu être recensées, une cinquantaine identifiées et localisées et seule une trentaine de monuments sont encore exploitables. Heureusement pour l’historien, l’étude des pratiques funéraires ne s’arrête pas aux pierres tombales effacées ou brisées. Les testaments et les actes de fondations de chapelles permettent de compléter le panel des défunts inhumés à Saint-Vincent.
A cela, il convient enfin d’ajouter tout ce qui concerne les données qui se rapportent à l’histoire de l’édifice. Si une cathédrale romane d’inspiration clunisienne existait déjà dès le Xe siècle, c’est sous l’ère gothique que tout s’accélère à Chalon. La cathédrale est en grande partie reconstruite entre 1230 et 1430. Elle sera d’ailleurs consacrée en 1403. Les premières inhumations eurent lieux dès le XIIIe siècle avant même que l’évêque Nicolas de Vères n’obtienne dans les années 1370 du Pape Grégoire XI l’autorisation que lui, ses successeurs et les chanoines qui le souhaitaient puissent être inhumés à Saint-Vincent. Mais c’est particulièrement au XVe siècle avec la fin des travaux puis la construction progressive des chapelles des bas-côtés que le nombre d’inhumation augmente.
Outre ces données relatives aux chantiers médiévaux de construction et d’embellissement, l’étude des pratiques funéraires passe aussi par l’analyse des documents modernes qui découlent de nombreuses phases de destructions et de mutilations dont les monuments funéraires vont beaucoup souffrir. Ainsi en 1562, la cathédrale est saccagée par les Huguenots. Ce triste épisode nous est relaté par un procès-verbal destiné à décrire au lendemain de leur passage les dégâts des protestants sur le mobilier tel que les monuments funéraires. A l’époque moderne, par goût classique ou par conviction révolutionnaire, les monuments funéraires vont également beaucoup souffrir, voire même disparaître pour ce qui est des gisants. Sans l’apport des sources médiévales et de certains documents modernes qui mentionnent, localisent et parfois décrivent gisants et autres tombeaux, nous ignorerions tout de tout ce qui n’a pas survécu.

La disparition ou l’usure prononcée des dalles ajoutée aux aléas des sources d’archives engendrent une perte considérable de l’information en ce qui concerne l’identité, la fonction des défunts, l’emplacement de leurs sépultures dans l’église, ou en ce qui concerne le type même du monument et de la représentation funéraire utilisée. Néanmoins, à partir des bribes d’informations, prises ça et là, on obtient quelques éléments intéressants pour l’étude des pratiques funéraires mises en place à Chalon.
Premier élément à retenir, ce sont bien des chalonnais, desservants de tous ordres de la cathédrale, mais aussi citoyens, bourgeois et marchands de la ville qui sont inhumés à Saint-Vincent. La cathédrale est réservée aux membres du chapitre et aux citoyens. Aucun membre de l’aristocratie féodale ne vient rompre ce schéma. La part des laïcs, totalement absents au XIIIe siècle, passe de 25% au XIVe siècle, à 34% au XVe siècle pour arriver à 50% à la fin du XVIe siècle. Néanmoins la part des ecclésiastiques reste forte puisque les évêques sont les premiers à poursuivre cette pratique de se faire inhumer dans la cathédrale Saint-Vincent au XVIe siècle.
Deuxième élément, il faut constater l’abondance des fondations de chapelles associées à un grand nombre de sépultures. Lorsque l’on a les moyens matériels et financiers, il est de bon ton de fonder sa propre chapelle, la plus grande et la plus belle possible, avec son propre autel desservi par ses propres desservants au pied duquel on est certain de trouver le repos éternel. Ainsi, évêques, mais aussi chanoines, prêtres et marchands multiplient les fondations de chapelles et les élections de sépultures non seulement autour du chœur mais également dans les collatéraux. Pour les autres, et ils sont encore nombreux, on ne peut qu’espérer la proximité d’un des nombreux autels de la nef ou la quiétude des collatéraux.
Troisième et dernier élément, à Saint-Vincent de Chalon, trois types de monuments funéraires étaient utilisés : les dalles funéraires ou plates tombes, bien entendu largement majoritaires, 6 gisants à l’effigie de 5 évêques et d’un riche marchand, et deux dalles de cuivre. Les gisants et les dalles de cuivre mentionnés dans l’édifice ont malheureusement disparus, victimes des Huguenots tout d’abord, des diverses restructurations de l’édifice ensuite. En ce qui concerne les dalles conservées, il faut constater que seules 3 à 5 d’entre-elles semblent représenter le portait en pied des défunts. C’est assez peu en regard de ce qu’il se fait en Bourgogne pour la même période. De même les autres dalles sont assez simples et pour la plupart dépourvues de tous les éléments qui figurent pourtant sur bon nombre de monuments funéraires médiévaux.
L’étude des monuments funéraires associée à d’autres sources comme les testaments, les fondations de chapelles, ou les transcriptions des visites de l’édifice permettent d’avoir une meilleure connaissance des pratiques funéraires à Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône, et ce malgré la disparition d’un grand nombre de monuments funéraires et l’usure prononcée des plates tombes qui pavent encore l’édifice.


Plan de localisation des sépultures à l’époque médiévale (en rouge : autels à proximité desquels figurent une ou plusieurs sépultures ; en bleu : 3 gisants localisés).

 


Plan de répartition des pierres tombales aujourd’hui (en vert, les dalles médiévales identifiées ; en rouge, les dalles modernes identifiées).



De gauche à droite : Famille Cadot (1408) ; Etienne et Pierrette Thielley (1412/1417) ; Famille Bayet (1439)


De gauche à droite : Famille Foucault (1461) ; Jean Charles (1534) ;Nicolas de Germigny (1546).
(Dessins publiés par Jean Martin)



Courte bibliographie sur Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône

BERTHIER (J.), « L’ascension d’un marchand bourguignon au XVe siècle : Odot Malain », in Annales de Bourgogne, tome 15, Dijon, p.185-206

BONNEVIOT (M.), « Les chanoines de la cathédrale Saint-Vincent de Chalon », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 68, Chalon-sur-Saône, 1999, p.47-53

BONNEVIOT (M.), Le cloître des chanoines de la cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône, Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, Chalon-sur-Saône, 2001

BUGNIOT (Cl.-F.), « Notre-Dame de Pitié de l’église cathédrale de Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 4, Chalon-sur-Saône, 1858-1862, p.402-430

CISSEY (L.de), « Souvenirs historiques sur l’église Saint-Vincent de Chalon », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 1, Chalon-sur-Saône, 1844-1846, p.115-138

FYOT (E.), « Les spoliations commises par les Calvinistes en 1562 dans la cathédrale Saint-Vincent de Chalon », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 25, Chalon-sur-Saône, 1934-1935, p.124-140

GRAS (P.), « Les anciennes chapelles de la cathédrale Saint-Vincent », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 31, Chalon-sur-Saône, 1945, p.5-54

GRILLON (G.), « Inhumations et sépultures à la cathédrales Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône (XIIIe-XVIe siècle) », In Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome LXXVII Chalon-sur-Saône, 2009, pages 29 à 51.

LEVEQUE (P.) dir., Histoire de Chalon-sur-Saône, collection Art et Patrimoine, Editions Universitaires de Dijon, Dijon, 2005

MARTIN (J.), « L'église cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône : pierres tombales, inscriptions et documents historiques », », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 9, Chalon-sur-Saône, 1905-1906, p.1-144

SALIS (A.), LACOSTE (R.), Cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône, S.I., Chalon-sur-Saône, 1965

VIOLOT (R.), « Les origines de la chapelle des Vingt-Quatre à la cathédrale Saint-Vincent de Chalon », in Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome 29, Chalon-sur-Saône, 1938-1939, p.181-184

VIREY (J.), « Ancienne cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône », in Congrès Archéologique de France, Société française d’archéologie, Paris, 1929, p.426-434
 
 
 
 
 


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