entre nous

Entre-nous : Sortir à Chalon

Vous êtes ici :

CHALON : Irène JONAS, lorsque la photographie de famille devient numérique

27 jan 2012 - Pascale et Patrice JOSSERAND

Conférence au Musée Nicéphore Niépce : Mort de la photographie de famille ? De l’argentique au numérique par Irène Jonas ce mercredi 25 janvier 2012.

 


La société des Amis du Musée Niépce a convié Irène Jonas, sociologue indépendante (travail sur contrat et non dépendante d’une institution) et photographe à présenter son étude sur la photographie de famille.

L’assistance très nombreuse a écouté avec attention la lecture de l’auteure du livre intitulé « Mort de la photo de famille ? … » sur la place occupée par ce médium dans notre mythologie personnelle et collective et sa réflexion depuis les années 80 sur ce sujet.

 

 


Du rôle sociologique et psychologique de l’album :
Chaque album est singulier et pourtant les albums sont tous pareils car ils représentent tous les mêmes séries sociales attachées à leur époque. L’album est une forme de pérennisation de la vie de famille, il est une représentation sociale et psychologique de la personne car une sélection, un choix, un tri avec conservation ou exclusion d’images sont opérés permettant de construire une histoire de la famille en lien avec le temps (souvenir d’un moment).
L’album est une trâce concrète de ce qu’on pense avoir été ou de ce qu’on pense être.

Il est un outil de survivance au temps car une photo sans texte, sans note est une photo morte et ne peut être un support du souvenir et permet le lien entre les générations, c’est un passeur de continuité : « regarde, tu ressembles à ton grand-père au même âge… ».

Du rôle de l’album au fil du temps :

 

  • au XIXe siècle et au début du XXe, l’album est la représentation de rôles sociaux : le militaire, les mariés, le communiant et non la représentation d’individus et évoluent vers les photos de famille dans les studios des photographes.
  • Puis avec l’avènement dans les années 30 des congés payés, les poses des sujets se font moins rigides. La prise de vues sort du contexte familial et sort tout simplement dehors. Les lieux de « shoot » se diversifient et « s’externalisent ».
  • Dans les années 60-70, avec les évènements de 1968, la société et la famille mutent. Le sujet principal à photographier devient l’enfant : les premiers jours de bébé, les premiers pas… Et puis toujours, la famille en vacances, dans ses évènements…
  • Les années 80 passent à l’instantané. On cherche à saisir dans le mouvement tout en gardant les photos posées pour l’institutionnel, les grands rendez-vous de la famille : baptême, communion, mariage…
C’est à cette période que l’auteure et conférencière a débuté son étude, interpellée par le contenu des nouveaux albums : représentation de la femme enceinte, de l’accouchement, pendaison de crémaillère…

Les années 2000 et l’avènement du numérique :
Le numérique, c’est la gratuité de la prise de vue. On ne photographie plus, on mitraille, on travaille en série. On se noie sous le nombre… Tout est permis : on assiste à l’élargissement des possibles, à une démocratisation totale de la photographie et surtout… tout est jetable.

Le numérique, espace de liberté car il n’y a plus la restriction à la production d’images liée au coût de l’argentique.
Le numérique, espace de liberté car il n’y a plus de délai d’attente entre la prise de vue et la lecture de son image : le passage au laboratoire pour le développement de la pellicule et le tirage est supprimé. La lecture sur l’écran du PC est directe, immédiate, sans intermédiaire.
Le numérique, espace de liberté car il n’y a plus de limitation au nombre d’images produites puisqu’elles sont effaçables et gratuites.
Le numérique, espace de liberté car accessible à tous : format pocket des appareils, inclusion dans téléphones portables…

Mais le numérique, c’est aussi :
  • de nouvelles donnes de stockage, d’archivage sur PC ou disques externes pas forcément maîtrisées par tous
  • un travail technique sur écran qui n’offre pas la même valeur sentimentale que de palper, toucher une photo papier.
  • La prise de vue n’étant plus associée à une dépense, on n’a plus la même obligation de réussite qu’en argentique : les photos sont plus spontanées et moins réfléchies, moins bonnes diront certains lors du débat car tout le monde ne maîtrise pas la technique.
  • En numérique, on ne rate pas les occasions mais on peut se permettre de rater ses images car sur le nombre, on se dit qu’il y en aura toujours une de bonne.
  • La touche supprimer n’offre pas le même ressenti que déchirer un tirage papier, c’est beaucoup plus impersonnel, moins sentimental…
Et surtout le numérique, c’est le casse-tête de la sélection dans le flux d’images, du stockage et de la pérennité de ce stockage dans le temps, de l’archivage et du légendage des photos.



Que va changer le numérique dans l’évolution de l’album de famille ?
L’absence de tirages diminue considérablement la construction des albums photos.

L’album est source de survivance de la famille dans la mémoire de ses descendants, l’outil numérique n’apparaît donc pas adapté à cette survivance, cette transmission de la mémoire, à ce travail de mémoire et de souvenir.

Actuellement, la solution est dans le tirage en ligne de livres photo très valorisant car on passe au format livre. On a pu observer en 2010 une augmentation de 24% des demandes .

Le livre photo est un outil certes séduisant mais thématique et qui n’offre pas la possibilité de « la transmission vagabonde de la photo » : cette opportunité de fouiller dans une vieille boîte de chaussures, d’y découvrir des trésors d’images et d’emporter avec soi son coup de cœur…



Le livre photo est certes un merveilleux cadeau à offrir mais on offre le même à tous. Il unifie l’histoire familiale or chacun n’a pas la même appréhension de cette histoire familiale.

De plus, le schéma sociétal laisse apparaître que majoritairement la prise de vue est du domaine de l’homme tout comme la technique : transfert des images sur PC et que la transmission de la mémoire familiale relève essentiellement de la femme. Donc …

Malgré cela, de nombreux points d’interrogation subsistent.
Quel sera le devenir des nombreuses images stockées et non choisies pour le livre ?
Quel est le pourcentage d’images choisies pour le livre par rapport au nombre total de prises ?
Quel sera la durée de vie des supports de stockage ? N’y a-t’il pas un risque de perte dans le temps ?

Actuellement, on archive tout quelle que soit la valeur de l’image. Or « le trop plein de mémoire engendre l’oubli tout comme il est nécessaire d’oublier, de trier pour construire sa mémoire ».

Pour conclure provisoirement le sujet de l’album mémoriel en numérique car tous les possibles s’offrent à nous et peuvent modifier cette analyse, il faut signaler que la démultiplication des canaux de diffusion développent notre narcissisme au mépris de notre intimité en nous permettant la diffusion en ligne de nos images. Nous effleurons ainsi la deuxième fonction de la photo numérique, l’acte social de communication, le conversationnel en ligne.



Le débat qui a suivi cette conférence a porté essentiellement sur la pérennité des supports de conservation dans le temps de l’image et la nécessité pour le plus grand nombre de participants de réaliser un tirage papier de la photographie choisie mais là encore tout dépend de la qualité du papier et des encres utilisés ainsi que des conditions de stockage bien évidemment.
 

Réagissez / Donnez votre avis





Fermer
  • Web Collaboratif

Ces icônes sont des liens vers des sites de partage de signet sociaux où les lecteurs peuvent partager et découvrir de nouveaux liens.




L'agenda des sorties du chalonnais   



Disques vinyls tous styles
 
Nos partenaires : Votre site internet Communication événementielle