Entre-nous : MUSIQUES
CHALON : Bernard LUBAT à l'Arrosoir, tout simplement !
En musique improvisée, on ne choisit pas. Lubat pratique la folie raisonnée. Son point de lucidité : « Me retrouver pas à ma place : je sais que je sais ne pas commencer. » Tous les soirs, il ne commencera pas. Il a essayé. Il ne tient plus à subir les fausses mémoires. La vraie mémoire c’est le trou. Ça répond. La musique arrive : « C’est celle-là qui m’invente un musicien. » Il n’a aucun mérite à ne pas commencer : « Ce n’est qu’un combat, continuons le début. »
A L’Estaminet d’Uzeste, il apprend d’Alban son père la batterie, le communisme rural et l’accordéon. Bal , balloche, apéros. Passons sur les prix et les conservatoires, la mère conserve des foies gras, le fils file à Paris.
Au Blue Note, Kenny Clarke lui enseigne les derniers grands secrets. Double Six, Eddy Louiss, Berio et Globokar : dans l’ombre, Portal. Lubat est un des derniers chanteurs de scat authentiques. Mais ce n’est pas l’inessentiel. Gagne aux années folles pas mal d’argent. Le dépense. N’en parle jamais, revient toujours à l’immédiat. […]
Un soir de concert de luxe à L’Estaminet d’Uzeste, on a vu (de loin, pour les laisser entre eux) Cecil Taylor longuement converser avec Marie Lubat, la mère. Elle parle très bien gascon et lui avec beaucoup d’élégance, l’américain ponctué d’un peu d’indien ancien, mais à peine, comme on plaque un presque accord, juste pour dire le mot juste.
Cette conversation longue, vive, grave et gaie, entre le dandy volcanique des avant-gardes et la vieille dame de Gascogne, est un des moment de meilleure improvisation de la Compagnie Lubat. A Uzeste, la musique n’est pas que dans les concerts et les performances, elle est dans la cuisine de Marie Lubat, dans les débats, les apéros, les feux d’artifice d’Auzier. Elle n’est pas partout : simplement là. Plus les interstices, pour ne pas voir.
Qu’est-ce qu’on pourrait dire d’un vieux Lubat dictionnarisé : «Compositeur improvisateur du début du XXIe siècle, génial multi-instrumentiste, clown social, a fondé la Compagnie Lubat de Gasconha en 1978.» De Lubat vivant, on ne dira rien, essayer de l’entendre. Le voir tous les soirs. Il n’a pas grand-chose d’un gourou, sauf la couleur. Son autobiographitique ne parle pas de lui, elle parle de ce qui nous attend. Pour peu que nous apprenions à rire (et la musique, toute).
MERCREDI 6 AVRIL
L’ARROSOIR
20 H 30
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