Théma : nos portraits
CHALON Portrait de femme politique : Lucienne SOULIER
Lucienne Soulier :
‘‘Je viens du monde de la misère’’
Des six femmes conviées à ce débat politique, s’en détache une particulièrement. Avant même que l’évènement ne commence, on a le sentiment qu’elle n’est pas tout à fait comme les autres. Par son attitude et sa simplicité vestimentaire, on prévoit déjà une personnalité politique atypique, loin de la recherche de la popularité et d’un masque de crédibilité.
Une impression d’autant plus renforcée par notre première rencontre, avant d’entrer dans l’amphithéâtre, lieu du débat. Elle arrive trois quart d’heure avant les autres, nous demande pudiquement si elle se trouve au bon endroit sans plus de présentation, si bien que nous avons cru à une simple spectatrice de l’évènement. Lorsque les femmes invitées entrent et s’assoient, on s’étonne qu’elle en fasse partie.
Lorsqu’elle prend la parole, la différence est là : on a du mal à comprendre ce qu’elle dit (à cause d’une difficulté à articuler correctement), sa rhétorique est hésitante, la portée de sa voix est faible.
Mais son discours touche.
Lucienne Soulier est issue du monde de la misère, et ses mots en sont témoins. Ses valeurs sont nobles : elle parle au nom de «ceux qu’on n’écoute pas et qu’on fait semblant de voir». Son entrée en politique est très récente, elle présente son mouvement comme un défi, avec pour objectif de montrer aux plus défavorisés qu’eux aussi peuvent se faire entendre et changer les choses, au même titre que tout le monde.
Elle pense principalement à ces gens qu’on veut cataloguer comme en marge de la société, voudrait régler des problèmes propres aux handicapés.
Ce dernier sujet particulier l’affecte spécialement. Lorsqu’on lui parle des réseaux sociaux, elle y voit principalement un intérêt pour les personnes malentendantes, qui peuvent communiquer ainsi plus facilement.
Elle retrouve ses valeurs humanistes dans le discours de François Bayrou dont elle est la présidente du comité de soutien.
«J’en avais assez, mais plus qu’assez, d’être prise toujours pour un cas à problèmes.» A l’image de son aveu, elle exprime une motivation honorable, mais avec de la maladresse. Et c’est malheureusement cela que l’on peut regretter. En effet, en politique, tout est une histoire de confiance et on a du mal à lui en accorder, par manque de charisme, manque d’ampleur de son champ d’action, mais aussi parce que trop sincère : «Je ne parlerai pas de parité puisque c’est un sujet trop complexe pour moi».
Ceci dit, sa parole et la justesse de son message sont très respectables. On n’a pas forcément idée de ses capacités réelles, mais elle est pour¬tant bien arrivée à la tête du groupe de soutien d’un candidat aux élections présidentielles.
Une femme qui restera en retrait le reste du débat, soit par manque d’arguments, soit par - trop ? - grande pudeur.
Le sentiment que la majorité ne s’intéressera pas sérieusement à elle se confirme à la fin de l’évènement lorsque, non sollicitée, elle finit par partir dans l’indifférence. A l’inverse des adieux à rallonge de candidats qui semblent donner une trop grande importance à leur image.
Anaël ALONSO et Hugo ESPINASE
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