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Billet de Michel Bonnet : réforme, élection... désintérêt ?

6 fév 2010 - Michel Bonnet

Au moment où les différentes listes pour les élections régionales vont pouvoir commencer à être déposées et devenir, ainsi, officielles, le Sénat, à son tour, a voté, en première lecture, le second volet de la réforme des collectivités locales, avec, en particulier, la création du conseiller territorial. On va donc élire en mars 2010 des conseillers régionaux, mais, en 2014, ils disparaitront comme les conseillers généraux au profit d’un seul conseiller, le territorial !

Cette réforme des collectivités est assez complexe à suivre puisque si tout le monde a bien compris l’objectif officiel – diminuer le nombre d’élus locaux pour alléger le système politique français, le rendre moins couteux et plus efficace – et celui plus officieux – enlever à la gauche du pouvoir local – reconnaissons que tout le reste est assez confus et que cette réforme est longue à prendre son envol. Par exemple, si on vient de créer le conseiller territorial, c’est seulement dans des lois suivantes que l’on envisagera son mode d’élection, le nombre total d’élus, la répartition géographique – quels beaux débats encore en perspective – et les compétences précises de ce nouvel élu !

Mais ce qui me semble préoccupant est l’indifférence qui s’installe autour de ces réformes comme, d’ailleurs, celle qui est en train de noyer les élections régionales à venir. Il se pourrait bien que ce soit le clan des abstentionnistes qui remporte haut la main le scrutin de mars prochain.

Pourquoi est-ce un comble ? Tout simplement parce que nous sommes ici en face d’élections et réformes qui concernent la vie quotidienne des Français. Ils ne s’en rendent pas toujours compte, nos chers concitoyens, mais la région et le conseil général, gèrent énormément de domaines de notre vie, de plus en plus. La décentralisation voulue et mise en place depuis des années a donné du sens à ces institutions. L’aménagement du territoire, les transports, une grande partie du système d’éducation et de formation, la politique de la petite enfance, la solidarité, la culture et le patrimoine… Oui, l’Etat a gardé des dossiers mais souvent les mesures prises tout en haut ne deviennent réalité que lorsqu’elles sont réappropriées et mises en œuvre au plus près de nous. Le conseiller régional en 2010, puis le conseiller territorial en 2014, seront bien ceux qui pourront nous donner ce que nous attendons des politiques : compétence, écoute, prise de responsabilité, gestion locale saine et efficace… Oui, nous savons que c’est bien là que se joue l’avenir !

Et pourtant, quelle indifférence pour cette réforme, pour ces élections ! Comment cela est-il possible ? Un grand nombre d’analystes politiques se lanceront dès le soir du premier tour dans de grandes explications… Oui, mais certaines sont peut-être simples et mériteraient d’être, au moins, dites…

Je crois que le premier élément est que beaucoup de partis politiques, les plus grands, ont la tête tournée vers les présidentielles et non les régionales. Chaque grand leader ne pense qu’à sa désignation comme candidat de son parti, qu’à son discours du premier tour et à sa victoire potentielle lors du second. Les régionales ne sont qu’un tremplin, une marche, un prologue… La vie des régions et donc des citoyens n’intéresse que peu de leaders politiques. Certaines figures politiques ancrées dans la vie locale en font les frais quand les listes et l’ordre des candidats sont élaborés à paris, dans les états-majors des partis…

Mais ce désintérêt est aussi dû à la complexité de ces élections et de la réforme en cours de discussion et vote. Qui peut bien comprendre une telle organisation électorale avec un premier tour qui voit un grand nombre de listes venir conquérir les voix des électeurs, sur un programme spécifique, puis, au soir de ce dernier, les leaders locaux se soumettre à des volontés parisiennes et électoralistes, en acceptant des alliances qu’ils refusaient officiellement la veille ou qu’ils s’étaient engagés à prendre dès le second tour en oubliant de le dire aux électeurs ?

Non, une véritable réforme devrait permettre une démocratie locale plus claire, plus simple, plus directe. Si chaque entité territoriale, élisait au suffrage universel direct un élu pour la représenter au niveau régional, sans ce mécanisme de liste… les citoyens auraient probablement le sentiment de participer plus fortement à la gestion de leur territoire… Mais les majorités échapperaient probablement à certains partis, les notables locaux feraient plus peur à certains leaders parisiens, la politique changerait probablement… mais ce n’est pas encore pour demain !

Dans ce paysage complexe et peu rassurant pour l’avenir de notre démocratie, il faudrait encore parler du problème de la représentation des femmes dans les postes de responsabilité politique. Comme c’est complexe et problématique, je vous propose d’y revenir très prochainement…  

 

commentaires

  • Je crois surtout que les abstentionnistes vont "gagner" ces élections en raison d'une mauvaise campagne (çà devient récurrent). En effet, avant même que les listes soient déposées et rendues publiques, il n'y a pour seul débat que des attaques sur les personnes et l'ordre des candidats sur les listes. Quand, aurons-nous des échanges sur les compétences du conseil régional pourtant si importantes.
    par Salajo le 13 février 2010

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