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Bien manger : La salade d'Albert Camus

8 sept 2018 - Delphine et Marinette

Il se distingue par sa silhouette élancée de mollet du Tour de France, à moins que, dans sa version replète, il ne présente plutôt une tronche de vieille lanterne cabossée. Pour ses couleurs, il pose en vedette dans les cuisines des magazines de déco. Côté du goût, il se montre nettement moins avenant. Le look à la mode peut cacher une personnalité ronchonne, en particulier quand il est vert et cru.



Le poivron s’apparente à certains piments. En Espagne, on le nomme « pimiento » pour le rapprocher du poivre justement. Le poivron est la forme douce (disons adoucie) de cette plante qui emporte le palais quand on la consomme dans sa version « hard ». Il serait venu du Mexique (encore un de ces immigrés !) par le canal de religieux espagnols, des franciscains, installés de préférence le long des routes du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Ces frères proposaient donc des poivrons à brouter aux pauvres pèlerins qui poursuivaient leur chemin en pensant à leur digestion (pour peu qu’on leur ait mis de l’oignon et de l’ail avec, c’était le bouquet !). Une variété de petits poivrons verts et allongés appelés « padrons » en Espagne, peuvent se révéler très forts, alors qu’ils ressemblent exactement à leurs frères : on ne connaît leur véritable nature que quand on y a goûté ; on s’amuse comme on peut.


Toujours pour la déco et surtout pour les faire sécher, les Espagnols les enfilent traditionnellement sur des cordelettes et les exposent en guirlandes à l’extérieur. On parle de l’Espagne, mais finalement, une grande partie de ce que nous consommons (à moins d’aller se fournir au marché chez nos chers producteurs locaux ! « Encore le marché ? Vous pouvez pas changer de chanson ? » « Ben non, désolées ! On rabâche ! C’est çà, le militantisme ! » Mais fermons la parenthèse) vient des Pays-Bas aussi. Là-bas, sous les serres, les pauvres ouvriers agricoles souffrent horriblement d’allergies dues au pollen de poivron. Le légume pourrait aussi venir de Chine, de loin, le plus gros producteur mondial. Mais à la belle saison, il se cultive aussi chez nous : une fois de plus, le meilleur est au coin de la rue !

Alors pourquoi parler d’un végétal d’aussi mauvaise compagnie (il n’y a pas que la beauté dans la vie !) Déjà, c’est l’ami des régimes : il est très peu calorique. De surcroît, riche en vitamines C et A. Si on ajoute qu’il stimule la mémoire et qu’il contient des substances chimiques capables de neutraliser des cellules cancéreuses, on a davantage envie de le fréquenter dans la cour de récré.


Quittons le monde des magazines pour les terres élevées du goût. Il y joue le même rôle que le citron ou la moutarde : il nous emmène ailleurs pour mieux nous ramener d’où l’on vient version symphonique. Prenez l’exemple de la fameuse salade grecque : pratiquons la dissection de ce plat fameux et méditerranéen, forcément. La tomate : joli fruit, brillant, parfumé, subtil mais discret. Le concombre quant à lui, est rafraîchissant mais aqueux et passablement insipide, voire incommodant pour certains estomacs. L’oignon est sympathique mais typé et un peu « reloud ». Quant à la feta, elle est hors jeu car c’est un fromage et son aspect plâtreux la propulse direct au rayon « chantier » d’où on la ramène pour jouer les faire-valoir. Que reste-t-il ? Les olives et les poivrons qui parviennent, grâce à leur personnalité affirmée et raffinée à mettre tout le monde d’accord !


Quand il est vert, le poivron peut paraître grinçant sous la dent et amer. Normal, il est immature comme un adolescent qui provoque à tous les tournants de la conversation. Orange, rouge, jaune ou violet, il devient nettement plus sociable, sucré, prêt à se laisser peler en ronronnant.


La cuisson, c’est là le secret de la fameuse salade de poivrons qu’on prépare en Afrique du Nord et qu’aimait Albert Camus. Outre les tomates, ail et huile d’olive, elle contient des poivrons cuits en lanières. Il convient de faire cuire ces légumes au four ou sur le grill, de les enfermer dans une casserole avec couvercle pendant 15 minutes hors du feu. Ils seront alors réduits à quia, tiédis et prêts à l’épluchage. Et voilà le fauve dompté et voluptueux ! Reste à savoir, pour les amateurs de détails biographiques, qui cuisait les poivrons d’Albert Camus jusqu’à ce que la peau leur tombe.



Quelques poivrons fondus dans l’huile d’olive ajouteront leur note délicatement amère au couscous des amateurs comme une larme de mélancolie dans un banquet de joyeux drilles.


Ne tardez pas à manger des poivrons : la chaleur a hâté la maturation des légumes cette année. Les produits de l’été, c’est presque fini ! A croire que la météorologie adopte les méthodes des supermarchés qui mettent les cartables en rayon dès fin juin et les guirlandes de Noël à peine la rentrée effectuée. Cette fois, c’est certain : y a plus d’saison !

 


Et le proverbe de circonstance : « Piment doux ou poivron vert, Au coin du bois surgit la belle-mère. » Si quelqu’un veut le traduire en espagnol, sûr que ça fera plus d’effet !



Delphine et Marinette.

 



 
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