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Autour de CHALON : mobilité des habitants en zones rurales
Les médias bourguignons ont repris pour la plupart en choeur
l'information concernant l'enquête lancée dans l'Yonne pour trouver des
alternatives aux déplacements individuels en voiture et aux problèmes de
mobilité en zone rurale.
En effet de janvier à avril 2012, dans l'Yonne environ 1 500 habitants
de zones rurales seront interrogés par téléphone* sur leur mobilité.
L’État souhaite pouvoir exploiter ces données avant fin 2012 avec
l'ensemble de ses partenaires régionaux.
Au-delà de cette enquête on peut s'interroger sur l'ensemble des problématiques qui conduisent à mener de telles enquêtes et à s'interroger sur les causes réelles des dysfonctionnements ; on peut alors pousser la réflexion plus loin et, comme on peut le voir en ce moment avec des publications tentant de définir la notion de travail telle qu'elle est perçue par les Français, tenter en amont d'apporter des solutions en questionnant notre modèle d'organisation.
Le travailne coûte -t-il pas tout simplement trop cher ?
HARO SUR LA VOITURE SOLO
Si l'on fréquente un petit peu l'abord des moyennes et grandes villes comme par exemple la métropole lyonnaise ou parisienne, on peut depuis longtemps et sans faire aucune enquête, constater que de très nombreux véhicules ne demeurent occupés là aussi, comme en zone rurale, que par le seul conducteur, "la voiture solo". Il ne s'agit donc pas d'un problème uniquement localisé du à un éparpillement de l'habitat et à une infrastructure limitée.
L'Yonne n'est donc pas vraiment un cas isolé.
Il n'est pas besoin d'être grand clerc ni de faire des enquêtes pendant trois mois pour déjà avoir une idée des raisons qui provoquent depuis de trop nombreuses années ce gaspillage d'argent, de temps, d'énergie et d'air pur. Ces raisons nous les connaissons tous pour la plupart. Ces raisons, contre lequelles nous sommes nombreux à pester, sont à peine évoquées par les principaux candidats à l'élection présidentielle, à l'exception peut-être de Eva Joly.
Et nous savons aussi que le meilleur moyen pour enterrer un problème est d'ouvrir une commission d'enquête.
LA MOBILITÉ CHASSE GARDÉE ?
Ces raisons sont économiques et politiques. À supposer que le politique tel qu'on le pratique puisse avoir aujourd'hui en Europe une incidence sur l'économie à grande échelle bien sûr...
- Concernant le train, lorsque il existe, la qualité de service s'est considérablement dégradée ces dernières années et le réseau secondaire est… très secondaire. Il suffit pour s'en convaincre de constater le nombre d'articles de presse consacrée aux projetx favorisant les grandes agglomérations comme le montre par exemple l'accueil réservé à la LGV Rhin Rhône en Bourgogne dans les médias bourguignons. A l'inverse, les suppressions de lignes ou d'horaires ne font l'objet que de petits entrefilets, même en cas de manifestations des usagers.
Le fait est que le train, plébiscité par de nombreux écologistes, concurrence la route et ses marchés captifs.
- Concernant le covoiturage : le covoiturage n'est pas encore entré dans les moeurs. Il ne bénéficie pas encore d'une communication importante ni d'infrastructures lui permettant de mieux être perçu : points de rendez-vous, parkings par exemple, mesures de sécurité. Mais c'est vrai que, là aussi, les entreprises de l'économie de l'automobile n'y ont rien n'a gagner et beaucoup à perdre : péage, essence, véhicule, assurances.
- Evidemment le prix des carburants et l'absence d'alternative à l'essence est aussi au coeur du problème. La politique énergétique et les choix durables engagés se doivent d'être interrogés. Il existe en effet aujourd'hui de très nombreuses alternatives à l'utilisation des énergies fossiles. Pourtant là encore, le poids économique des principaux acteurs du marché induisent les choix politiques alors que ce devrait être le contraire.
- Une réflexion sur les transports urbains est sans doute a mener en parallèle en prenant en compte l'ensemble des contraintes propres à la fois aux transports en commun et aux transports individuels et en donnant à chacun une place et les procédures à respecter dans l'intérêt commun.
LIBÉRALISER L'ÉXODE ?
Les voyages forment la jeunesse !Certes. Mais on ne peut pourtant que regretter le discours simpliste de beaucoup trop d'entrepreneurs stigmatisant le manque de mobilité de la main-d'oeuvre - ah RMC et ce cher M. Bourdet ! - dont ils ont besoin.
Faisant primer ainsi la valeur travail au-dessus de la notion de qualité de vie au quotidien, ils plient l'humain à l'économie sans se rendre compte, négriers à part, qu'ils se tirent une balle dans le pied en se coupant de la qualité induite par de bonnes conditions de travail et... de vie.
Sans vouloir nier toute l'importance qu'il y a à bouger, à voyager, et à s'imprégner d'autres l'habitudes de vie et de travail, au nom de la sacro-sainte mobilité on explose le confort, les traditions, les relations humaines, la famille… et les dépenses ! Au nom de la mobilité, on crée des déserts et des zones de surpopulation sans âme, très souvent sales et vandalisées, parce que leurs habitants n'ont d'autres solutions que de retourner leur désespoir ou leur mal-vie contre eux-mêmes.
COTÉ TRAVAIL ?
- L'aménagement des horaires de travail et notamment une plus grande souplesse dans l'organisation des tâches pourrait être source de profit pour tous. Il serait ainsi plus aisé de se regrouper en s'affranchissant des contraintes de temps et les horaires les plus encombrées d'ordinaire en seraient considérablement allégées.
- Le télétravail commence à peine à à être pris en considération. Il faut
dire que les économies qu'il permet pour les entreprises comme pour les
employés devient un argument de poids. Sans doute faudra-t-il attendre que
des dispositifs d'encadrement, de surveillance et de contrôle à distance
sécurisent des employeurs trop portés à ne pas responsabiliser leurs
équipes ! Mais la qualité du travail généré par ces dispositifs pourrait
bien être le meilleur antidote à cette frilosité paranoïaque. À suivre
assurément.
- Il est certain aussi que des soutiens plus francs, complémentairement aux actions pour les filières courtes, pourraient être
apportés aux initiatives créatrices d'emploi, même unique, dans les bassins de
population des zones rurales. Certaines collectivités locales l'ont
compris et tentent de préserver dans leur zone des conditions de vie
de qualité en proposant des infrastructures dimensionnées aux
territoires et en relayant les actions des centres plus importants.
- En zone rurale il conviendrait sans doute de créer beaucoup plus de points de fixation, de relais de services et d'informations dans un système maillé plutôt que de centraliser, en en détruisant souvent la qualité relationnelle, bon nombre de services de proximité comme l'école, les crèches, les services de santé, la Poste par exemple…
L'économie générée par les économies d'échelle ne prend pas réellement en compte les aspects non quantitatifs, humains
- Les basins de vie hérités de l'histoire et bénéficiant déjà d'infrastructures, de population, de références culturelles communes devraient non seulement être préservés de l'exode mais aidés pour accueillir de nouvelles implantations...
MAIS REVENONS À... NOTRE ÉTUDE
Il est ainsi à craindre que ce type d'études conduise à conclure que les zones rurales sont décidément non rentables voire coûteuses pour la collectivité. Et que l'effort pour trouver des solutions se porte alors -CQFD - plutôt sur le renforcement des structures des gros noeuds d'interconnexion au détriment de la nécessaire multiplicité de points d'échange à dimension plus humaine.
*Cette méthode d’enquête, mise en place par la DREAL Bourgogne, a déjà été appliquée à plusieurs territoires en Bourgogne : Chalon-sur-Saône en 2004, Nevers en 2005, Mâcon en 2008 et Creusot-Monceau en 2011. Créée à l’origine pour les pôles urbains, elle est utilisée pour la première fois sur un territoire exclusivement rural.
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