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Entre-nous : parlons livres

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A Chalon l'été c'est (aussi) fait pour lire !

L'été c'est fait pour lire !

En fait, ce n'est ni un souhait, ni un cri du cœur, ni une publicité pour un libraire ou un autre, c'est un fait objectif et amical que nous fait partager Michel Bonnet depuis quelques années et qu'il va reprendre encore durant cette période estivale...

La lecture est l'occasion de se détendre, de découvrir, d'apprendre, de passer le temps, de trouver une activité ludique, lucrative, hygiénique, éducative, familiale, touristique... Bref, de vivre, tout simplement !

A travers la présentation d'un ouvrage par jour durant tout l'été, Michel Bonnet vous emmène dans son univers livresque avec simplicité. Laissez-vous tenter et accompagner, vous ne risquez rien, si ce n'est de passer quelques heures à lire...

Tous les livres ne seront pas des nouveautés car Michel nous a appris à dépoussiérer certains auteurs, à mélanger les genres, à oser ouvrir un livre pour enfant, à lire de la bande dessinée. Bien sûr, chaque présentation sera suivie de vos commentaires et vous pouvez même relever le défi et présenter vous-mêmes vos lectures d'été, qui sait, Michel Bonnet sera peut-être le premier à les lire...

Allez savoir ?

Attention, l'été c'est fait pour lire, c'est à partir du 21 juin, évidemment !

NDLR : illustration : Floch

 

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Lire à CHALON : Daniel Debarnot signe un polar au coeur des Francs-maçons

Dan DEBARNOT et les éditions de l'étançons éditent un deuxième livre.

Après « les Zélés Francs-Maçons au pays noir », il s'agit cette fois-ci d'un Polar. Deux bons-vivants en retraite, aux mœurs libertaires, mènent l'enquête.

 


Celle-ci va les conduire sur les traces des anti-concordataires (qu'on appelle les Blancs en Charolais-Brionnais, ou les Élus sur la Côte Chalonnaise), mais aussi dans les méandres du trafic des œuvres d'art.
Ce roman, premier d'une trilogie, n'est pas un Polar de plus sur la Franc-Maçonnerie et ses mystères... même si les principaux personnages sont Franc-Maçons.

Passionné d'histoire et de Symbolique Maçonnique, l'auteur nous entraîne dans une sorte de road-movie plein d'humour, au Sacré toujours sous-jacent... Sacré renvoyé en écho par son coin de Monde, la Bourgogne du sud, son histoire, ses terroirs, ses nourritures terrestres et … spirituelles. (244 pages- 15.00€)

En vente à l'Espace Culturel Leclerc (Montceau), à la Librairie des Arcades
(Tournus), à la librairie du Passage (Autun)

 

 
Imprimer - - par DERIOT Daniel - 3 juin 2013 - 1 commentaire - Réagir

Lire à CHALON : Gaël Brustier présente son dernier ouvrage à la Librairie "Rhizome" à Givry :

 

La librairie "Rhizome" ouverte, il y a bientôt deux années déjà, à Givry, nous propose de nombreuses et interessantes animations culturelles, des écrivains y viennent présenter leurs ouvrages et rencontrer les lecteurs.

 


C'était le cas , vendredi dernier, le maître des lieux, Pascal Chevalier, recevait Gaël Brustier. Ce dernier, s'il est originaire de Gueugnon, commence à se faire un nom dans "le milieu " des chercheurs en sciences politiques. Il est donc venu présenter son quatrième ouvrage ( en vente naturellement à la librairie).

 


Jean Louis André avait aussi à sa sortie présenté ce livre sur notre site :  La guerre culturelle aura bien lieu
« Face au durcissement des droites, quel combat culturel? »

La droite et l’extrême droite fusionnent leurs électorats.
La droite, malgré ses querelles internes, semble résister dans les urnes plus que prévu (partielles, enquêtes d’opinion etc). Récemment, des manifestations imposantes du « peuple de droite » ont protesté contre le mariage pour tous. L’idéologie dominante des sociétés européennes ou nord-américaines est celle des droites.


On le constate dans chaque pays. Dès lors, comment analyser cette situation ? Comment les gauches peuvent-elles réagir ?
Ces interrogations ont été reprises lors d'une réunion publique qui a eu lieu vendredi soir, c'est Gaël Brustier qui a animé cette rencontre. Des militants socialistes et des citoyens ont débattu autour des sujets "La droitisation de la société- la droitisation du socialisme "...Le député de la circonscription , Philippe Baumel était présent.

 

 


Gaël Brustier est chercheur en sciences humaines (sociologie, science politique, histoire). Avec son camarade Jean-Philippe Huelin, il s’emploie à saisir et à décrire les transformations politiques actuelles. Tous deux développent depuis plusieurs années des outils conceptuels (gramsciens) qui leur permettent d’analyser le phénomène de droitisation, aujourd’hui majeur en Europe et en France.

Ils sont les auteurs de Recherche le peuple désespérément (Bourrin, 2010) et ont publié aussi Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011).

Nos photos : Pascal Chevalier et Gaël Brustier: auteur.
L'auteur rencontre ses lecteurs

 
 
Imprimer - - par DERIOT Daniel - 3 juin 2013 - Réagir

Lire à CHALON - Il faut découvrir Diane, Catherine et Henri...

Diane de Poitiers, puisque c’est le nom sous lequel elle est la plus connue, fut certainement une des maitresses royales les plus célèbres. Sa notoriété est telle que certains finissent par oublier de quel roi elle fut la maitresse ! Pourtant, son histoire n’est pas banale car elle fut la maitresse de Henri II, le roi marié à Catherine de Médicis, et elle avait presque vingt ans de plus que son amant royal… Généralement, les rois cherchaient plutôt à se distraire avec des jeunettes. Y aurait-il eu dans ce cas un véritable amour ? Une relation stable et longue, vingt-trois ans d’amour passionnel ou presque, alors que dans le même temps, Catherine de Médicis était, elle-aussi, amoureuse de son époux royal… Entrons, si vous le voulez bien dans ce triangle royal peu ordinaire.

Pour comprendre cette triple relation, il est capital de mesurer les relations amoureuses que l’on imposait aux princes et aux rois. Plus exactement, parlons de relations matrimoniales car l’amour n’était que très secondaire. André Castelot prend le temps de montrer qu’Henri II n’était pas destiné à devenir roi. C’est la mort de son frère ainé qui le pousse vers la couronne. François 1er, son père, ne cherche donc pas un mariage royal pour son fils mais un mariage d’affaire. Catherine n’est pas de sang de haut lignage mais elle peut rapporter gros. De plus, elle incarne l’Italie dont il rêve depuis longtemps dans ses guerres de conquêtes dans la Péninsule. Catherine est particulièrement moche, ce qui ne pousse pas Henri dans ses bras avec une énergie incroyable… Mais il est prêt à faire son devoir…

Et Diane ? Diane est dans la cour une personne que respecte beaucoup François 1er, il lui confie son fils Henri quand il rentre de sa captivité forcée en Espagne. Castelot raconte bien comment François 1er, fait prisonnier à Pavie par Charles Quint, va obtenir sa liberté contre l’emprisonnement de ses deux fils… Donc, Diane se retrouve à s’occuper de l’éducation du jeune Henri à son retour d’Espagne. Les deux ne vont pas devenir amants instantanément. Ils vont s’attacher l’un à l’autre puis, effectivement, se retrouveront dans le même lit. Ils s’aiment malgré la différence d’âge et question beauté, Diane, qui prend beaucoup soin d’elle-même, fera oublier cette différence d’âge…

Mais alors, est-ce que tout cela était acceptable pour cette pauvre Catherine ? Non, bien évidemment, mais pouvait-elle faire autrement que de se soumettre ? Une femme, même à la renaissance, ne pesait pas grand-chose dans la société. Une femme de roi devait engendrer au moins un mâle. Catherine eu bien du mal et elle frôla la correctionnelle. Heureusement, elle trouva en Diane une alliée. Diane se disait que Catherine ne serait jamais une ennemie et qu’il valait mieux qu’elle reste reine, donc il fallait qu’elle soit mère d’un garçon, au minimum. Diane poussera donc très régulièrement Henri dans le lit de Catherine, au moins deux heures à chaque fois, jusqu’à ce que l’enfant arrive…

Castelot explique que Henri souffrait d’une légère déformation anatomique et que tout allait s’arranger quand un médecin indiquerait au roi les positions conformes à l’enfantement. A partir de ce moment-là les enfants allaient se suivre et l’avenir de la royauté serait assuré…

J’ai beaucoup apprécié la façon de présenter ces trois personnages sans porter de jugement de valeur qui seraient faux car imprégnés de nos règles, préjugés et non ceux de cette époque lointaine qui avait ses grandeurs et ses bassesses…

Diane est très humaine et à la lecture de cet ouvrage certains seront pris d’envie d’aller visiter le château d’Anet. Je ne peux que les encourager car, personnellement, j’adore ce lieu…

Une très bonne biographie qui permet de découvrir ces trois personnages. L’écriture de Castelot permet une approche populaire au bon sens du terme et pour ceux qui voudront aller plus loin, il ne leur restera plus qu’à se lancer dans la lecture des trois magistraux ouvrages d’Ivan Cloulas qui sont la référence dans ce domaine triangulaire et royal, Henri II, Catherine de Médicis et Diane de Poitiers !   
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Diane, Henri, Catherine : le triangle royal
André Castelot
Librairie Académique Perrin
ISBN : 9782262013493

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 25 mai 2013 - Réagir

Lire à CHALON - Réflexion sur la justice... d'après André Gide !

André Gide est un écrivain dont certaines œuvres sont bien connues comme Les caves du Vatican ou Si le grain ne meurt, En 1947, il a été récompensé pour l’ensemble de son travail par un prix Nobel, distinction qui n’est certes pas toujours synonyme de qualité, mais qui fut en l’occurrence amplement mérité et justifié. Pour moi, par contre, le meilleur d’André Gide est ailleurs, il est dans son journal, il est dans ses articles sur des faits divers, il est dans son regard sur l’URSS, sur le Tchad, sur les assises… J’ai, par exemple, été passionné depuis longtemps par sa façon de raconter La séquestrée de Poitiers. C’est pour cela que j’ai immédiatement acheté ses Souvenirs de la cour d’assises, d’autant plus qu’il était édité dans la collection Folio 2 €…

Nous sommes à Rouen en 1912 et André Gide se retrouve dans un jury d’assises. Cela lui permet de pénétrer quelques affaires judiciaires, de voir le travail de la justice de l’intérieur, de comprendre les difficultés et les à priori des autres membres du jury, enfin, il mesure les motivations des coupables, à défaut de les comprendre entièrement. Il profite de cette expérience pour proposer quelques pistes de réforme pour les cours d’assises, avec prudence et avec un seul précepte en tête : Ne jugez point !

Certains pourraient être surpris de voir André Gide citer une phrase évangélique pour ouvrir son témoignage d’assises, mais pour ceux qui le connaissent un peu c’est plus que normal. André Gide est un écrivain qui a été pétri de christianisme de par son éducation et qui va toute sa vie être confronté à des tensions internes fortes, voire mortelles. Il voudrait à la fois s’affranchir de son éducation mais il demeure attaché viscéralement à cette foi familiale. Il souhaite respecter cette morale ancestrale et, en même temps, pouvoir vivre son homosexualité en paix. Enfin, son attirance bien réelle pour les jeunes hommes lui posera question jusqu’à la fin de sa vie sans l’empêcher pour autant de consommer périodiquement…

Dans ce recueil d’affaires judiciaires – on peut présenter ainsi ce petit ouvrage – on perçoit plusieurs tendances fortes de l’auteur. Tout d’abord, comme beaucoup de gens de son époque, André Gide crée un lien, même inconsciemment, entre pauvreté et crime. Comment une personne riche et cultivée pourrait bien commettre un crime ? C’est presque inconcevable ! Ensuite, on trouve l’idée que le crime est toujours le signe visible d’un responsable mauvais accompagné d’êtres plus faibles. Pour Gide, la justice devrait faire preuve de clairvoyance en ne punissant pas de la même façon les uns et les autres, et ce n’est pas toujours le cas, y compris quand il est membre du jury. Enfin, il constate que certains membres du jury sont très influençables par les juges. Il trouve que c’est dommageable pour qu’une véritable justice soit rendue. Il va même dans une affaire tenter d’aller plus loin dès le verdict donné en écrivant au juge pour tempérer un jugement rendu…

Oui, André Gide est attaché à la justice, celle avec un grand J, celle qui doit réconcilier les hommes entre eux, celle qui protège les victimes, condamne les criminels dangereux pour les autres, celle qui donne une seconde chance aux faibles, celle qui ne s’acharne pas sur les criminels-victimes… Oui, André Gide est idéaliste et humaniste, mais ce n’est pas grave, c’est grâce à ce genre d’utopie que l’on fait changer le monde et cela me rend l’auteur encore plus sympathique…

Voilà, un très bon petit ouvrage qui sera classé par les uns dans l’histoire, par d’autres dans la philosophie ou la sociologie, par moi en témoignage de ces années qui précèdent la Grande Guerre. C’est aussi un excellent document de travail pour mon cours sur la narration des faits divers…

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Souvenirs de la cour d’assises
André Gide
Folio
ISBN : 9782070359950

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 12 mai 2013 - Réagir

Lire à CHALON : Les affaires de la IIIe République, 1871-1940

Nous vivons des temps troubles, on sent comme un rejet de tous les politiques, de tous les partis et même une suspicion semble tomber sur l’ensemble de tous ceux qui nous entourent… N’y aurait-il que des pourris dans ce royaume de France ? La corruption se serait-elle généralisée ?

 

 

 

Le régime – cette fameuse cinquième République – serait-il gangréné et condamné à mort ? Ne craignez pas de ma part une chute dans l’enfer du désespoir ou un glissement progressif au sein du paradis des extrémistes ? Non ! Je veux simplement, aujourd’hui, vous montrer que des régimes délétères et pernicieux, il y en a eu beaucoup d’autres, en France en particulier et pas seulement dans les temps les plus lointains… La IIIe République, c’était hier et ce ne fut pas rose tous les jours…  

Pour vous en parler, de cette troisième République, j’aurais pu prendre un ouvrage à charge, il n’en manque pas. Je pense à Panorama de la IIIe République de Léon Daudet ou La troisième République de Jacques Bainville… On ne pouvait pas attendre une analyse objective de deux pourfendeurs de la Gueuse, deux royalistes déclarés, quoique, si on reste un tant soit peu objectif, un grand nombre de leurs remarques sont pertinentes et méritent d’être entendues pour comprendre cette période. J’aurais pu, dans un autre camp, choisir la biographie Emile Combes de Gabriel Merle. Il s’agit d’un travail de qualité mais qui pour certains ferait un trop la part belle au « Petit père Combes », l’homme de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Enfin, j’aurais pu limiter mon choix à un ouvrage plus neutre, plus classique et universel comme La troisième République de Pierre Miquel. Mais, je vous avoue que le livre a un peu vieilli et que j’ai voulu trouver un ouvrage plus attrayant, plus agréable à lire et solide sur le fond, aussi…

J’ai donc choisi Les affaires de la IIIe République de Claude Dufresne. Cet auteur était bien connu des auditeurs de Radio France, où il a travaillé de longues années, et des lecteurs qui ont fréquenté ses biographies d’Offenbach, Chopin, George Sand, la reine Hortense… J’ai pris ce livre de 2008 parce que je l’ai adoré et aussi pour rendre hommage à son auteur qui est décédé en 2011… C’était donc hier !

Dans cet essai, Claude Dufresne choisit certains scandales de cette République, ceux qui, d’après lui, devraient pouvoir nous en apprendre sur les hommes, sur les politiques, les institutions, la justice, les partis, notre histoire… Il a donc retenu le trafic de légions d’honneur, Panama, les fiches d’officiers durant la période chaude de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la fameuse Banquière, Joseph Caillaux et Stavisky. Le programme est alléchant, passons à table !

Qu’apprend-t-on de nouveau dans cet ouvrage ? Tout dépendra de votre niveau de connaissances en histoire car je pense que certains d’entre vous connaissent déjà bien l’affaire Stavisky, par exemple ou celle de notre Banquière grâce au film qui eut en son temps beaucoup de succès… Mais si je vous demandais ce qu’a été ce scandale des Légions d’honneur ? Je vous sens moins à l’aise d’un seul coup… Reconnaissons que ce n’est pas celui dont on parle le plus à l’école…

Il faut dire que dans ce scandale de la troisième République ce n’est pas au premier abord le plus important. En fait, si on prend le temps de bien le comprendre, c’est plutôt affligeant et annonciateur de presque tous les autres dysfonctionnements de cette République. Tout d’abord, un président élu par défaut, qui n’a aucune qualité ou compétence requise pour diriger la France, dont l’objectif majeur est de ne pas faire de vague, de se maintenir au pouvoir et d’attendre tranquillement la retraite… il est élu par hasard, sans vraiment l’avoir voulu et il est entièrement dépassé par les évènements… Le problème n’est encore là que secondaire mais il a un gendre, un certain Wilson, un brasseur d’affaires en tout genre dont l’honnêteté n’est pas la qualité essentielle. Pour que les affaires fonctionnent mieux il élit domicile à l’Elysée et pour arrondir les fins de moins il va mettre en place un grand système pour faire obtenir la légion d’honneur, moyennant finance, à tous ceux qui en rêvent… Cette distinction est très convoitée à l’époque et ça n’a peut-être pas si changé que cela… Les affaires fonctionnent très bien !

Le pauvre président Grévy ne voit rien, n’entend rien, ne veut pas donner de crédit à tous ceux qui lui susurrent que son gendre est une crapule et le commerce perdure jusqu’au moment où l’on atteint le scandale public…

Là où il faut s’arrêter un instant, c’est sur ce qui se passe quand la justice prend le dossier en main… L’affaire est gravissime, il y a trafic d’influence, financement et enrichissement frauduleux, corruption du système par un membre de la famille présidentielle, escroquerie et j’en passe et des meilleures… Et, pourtant, ce fameux Daniel Wilson sera innocenté en appel ! Jules Grévy, lui, poussé à la démission qu’il refuse dans un premier temps, finira pas partir, se retrouvera dans son Jura natal et y décèdera d’une pneumonie… La république venait de montrer d’une part ses faiblesses, sa façon de rendre la justice quand il s’agissait d’un puissant ou d’un proche, et on dit même que c’est à cause de Grévy que les scandales s’enchaineront, que le régime s’affaiblira et que l’on arrivera, finalement, à une troisième République qui donnera les pleins pouvoirs à un certain Philippe Pétain… Mais c’est une autre affaire…

Voilà, un excellent livre qui se lit comme un roman mais qui est bien détaillé et appuyé sur une forte documentation. Vous allez en apprendre beaucoup et vous vous mettrez, si non à relativiser, du moins à comprendre que ce qui se passe aujourd’hui est bien dans la lignée de ce que la France a connu depuis des siècles : il y a des dirigeants honnêtes et d’autres malhonnêtes. Les différents régimes n’ont rien changé à cela et on peut imaginer que même au fond des grottes paléolithiques il devait bien y avoir des chefs de clans peu regardants avec la morale… Bafouer l’éthique politique n’est pas une nouveauté ce qui ne signifie pas qu’il faille accepter tout cela…

Connaître notre histoire ne nous protège pas du futur, cela peut quand même nous aider à mieux choisir ceux qui iront prochainement tenir les mairies, écrire et voter les lois, résider à l’Elysée…

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Les affaires de la IIIe République, 1871-1940
Claude Dufresne
Editions du Rocher
ISBN : 978226806665  

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 6 mai 2013 - Réagir

Lire à CHALON - Tout le monde en parle et pourtant... Métronome

Je ne suis pas un admirateur de Lorànt Deutsch en tant qu’acteur de théâtre et j’avoue ne jamais l’avoir vu jouer. Si j’en crois ce que j’ai entendu, il va falloir que j’aille le voir jouer car aimant le théâtre, je devrais passer un bon moment… On annonce que dans quelques jours, il va être dans une pièce de Labiche, La Station Champbaudet, au théâtre Marigny… Peut-être l’occasion rêvée… Mais, en attendant, c’est en tant qu’auteur que j’ai tenté de le découvrir.


Auteur, pas historien ! D’ailleurs, lui-même ne s’en est jamais caché, il n’est pas historien, juste amateur d’histoire et amoureux de la ville de Paris… Vous me direz que ce n’est pas si mal que ça, après tout, et j’avoue qu’il écrit plutôt bien, qu’il est agréable à suivre, intéressant… et, pourtant, je reconnais une certaine déception à la lecture de cet ouvrage encensé par beaucoup…

Mes déceptions n’iront pas du côté de ses idées politiques et religieuses dont certains médias se sont emparés pour les pourfendre souvent de façon injuste car, reconnaissons que ce Métronome n’est pas le reflet d’une pensée catholique et royaliste. Non, mes remarques sont d’un autre ordre, parfois sur le fond, parfois sur la forme, toujours avec surprise devant le succès populaire du livre…

Tout d’abord, sur la forme, je suis surpris de la construction du livre, en particulier par rapport aux repères historiques. On sait bien qu’en France nous avons un problème avec les dates et que peu de nos concitoyens sont capables de placer dans le temps certains évènements sortis des grands classiques comme le sacre de Charlemagne, la bataille de Marignan ou la Commune… Or, comme notre auteur présente son travail un peu comme une ballade dans Paris, on pourrait lui pardonner ce manque d’ordre et de références dans les dates, mais je préfère dire que c’est une erreur de forme qui va encore plus perturber ceux qui n’ont pas les bases et la chronologie en tête…

La deuxième lacune de l’ouvrage, du moins à mes yeux, c’est que l’on a parfois l’impression de se trouver en face d’une simple compilation d’éléments historiques plus ou moins avérés, plus ou moins exacts mais avec aucun recul, aucune critique, aucune précaution… Les encarts sont parfois indigne d’un lecteur attentif et cherchant à s’instruire, ce qui a fait dire à certains que l’on avait l’impression des magazines jeunesse des années soixante, un peu comme dans les pages historiques d’un Pilote ou d’un Spirou qui auraient voulu nous pousser à découvrir Paris du haut de nos douze ans (comme par hasard l’âge où je dévorais Pilote). Ce n’est pas toujours faux, loin de là, mais c’est simplificateur, léger, peu approfondi, sans références ni bases historiques pour affirmer…

Faut-il jeter le livre au feu ? Non ! D’abord parce que je suis contre le fait de jeter trop rapidement un ouvrage en le condamnant à la Géhenne… En plus parce que tout ce qui permet au grand public – terme éminemment respectable dans ma bouche ou dans ma main – de prendre goût à son histoire, son passé, sa ville, sa capitale, me paraît une bonne chose. On aurait pu faire mieux, mais c’est quand même déjà pas mal. Par contre, il faut arrêter de faire croire qu’une telle ballade, si belle et agréable soit-elle, permet de devenir historien. Loin de là !

C’est surtout aux éditeurs qu’il faut que j’adresse mes critiques car si la vulgarisation historique – mettre l’histoire à la portée du plus grand nombre de lecteurs – est un combat légitime qui doit être encouragé, il ne faut pas pour autant éditer tout et n’importe quoi. J’attends donc toujours une bonne vulgarisation historique de notre histoire qui permettra aux Français de se réconcilier avec leur passé et les dates historiques… A bon entendeur, salut !

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Métronome
Lorànt Deutsch
Michel Lafon
ISBN : 9782749910116

 

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 2 mai 2013 - 1 commentaire - Réagir

Lire à CHALON - Nos ancêtres les Gaulois... et autres fadaises

Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, le titre semble parfaitement juste car ce sont bien des fadaises que l’on va retrouver dans cet ouvrage. Il est possible que je m’emporte un peu donc je vais essayer de bien vous présenter l’ouvrage et exprimer de façon la plus précise qui soit pourquoi je suis resté septique et dubitatif face à ce regard global sur notre histoire de France.

Tout d’abord, précisons que je n’ai aucun à priori contre François Reynaert que j’ai lu de façon régulière dans un certain hebdomadaire et même en livre. Je connais ses points de vue même si je ne les partage pas tous, j’ai même eu l’occasion de l’interviewer une fois pour une radio. Je me doutais bien que son Histoire de France ne serait pas un hymne à la gloire des rois et du clergé, mais ce n’est pas cela qui me faisait peur avant d’ouvrir l’ouvrage car je ne suis pas non plus un inconditionnel des systèmes anciens de pouvoir ni un défenseur inconditionnel des clercs catholiques ou autres… Par contre, j’attendais un travail sérieux, historique, qui permettent, pourquoi pas, de sortir des idées reçues et justement qui jettent ces « autres fadaises » définitivement à la poubelle…

Cette histoire a recueilli beaucoup de succès et bonnes critiques, c’est un fait, et j’en attendais beaucoup et c’est probablement pour cela que ma déception est forte. J’ai l’impression que ceux qui se sont emballés pour les chapitres souvent faibles et parfois creux de François Reynaert sont ceux qui n’avaient jamais lu une Histoire de France qu’elle soit de Lavisse, Martin, Bainville, Gaxotte ou Miquel. Toutes avaient des limites, des lacunes, mais chacune était le fruit d’un véritable travail !

Quand j’ai commencé ce livre de Reynaert, j’ai rapidement compris que les certitudes, les poncifs, les fadaises à la mode médiatique allaient prendre le dessus sur le fruit des recherches historiques… « Si les Blancs avaient agi envers les Indiens comme les Barbares avec le monde romain, le président des Etats-Unis siègerait aujourd’hui dans un tipi, fumerait le calumet de la paix, prierait le grand manitou et, notons-le par parenthèse, le monde n’en serait pas plus malheureux ». Belle phrase, tout n’est pas absurde, mais s’agit-il bien d’histoire ? Rien n’est moins sûr !

Une remarque plus solide va résider dans la notion de mythes fondateurs de notre nation. On peut comprendre que ces mythes ne sont que des mythes, donc des symboles, des faits non avérés. Ce n’est pas une nouveauté et d’autres avant Reynaert l’avaient dit. Mais tout rejeter pour autant, sans preuves historiques me semble pas très cohérent non plus… Les Francs, par exemple, n’étaient pas la France, Clovis était plus un chef de bande qu’un roi au sens classique… ce n’est pas pour autant qu’il faille ne pas parler de sa conversion et de ses conséquences sur la France naissante… Il faut toujours raison garder…

Reynaert commet, à mon avis, une erreur pour quelqu’un qui veut faire de l’histoire, même s’il explique au départ qu’il n’est pas historien. Il faut remettre les faits dans un contexte, dans une période, dans une culture… Le fait seul n’a pas de sens. Quand il parle de Louis IX et de son combat contre les Juifs, parler d’«étoile jaune» est une erreur, au mieux, ou une manipulation, au pire. Cela ne fait pas, d’ailleurs, de Louis IX un ami des Juifs mais plutôt un Chrétien qui dans une époque difficile tente, maladroitement de façon indiscutable, de protéger sa religion des « ennemis » que sont Judaïsme et Islam…

Ce qui manque indiscutablement dans ce livre, c’est la vie quotidienne des populations. Il passe en revue des dates, des faits, des impressions, des tendances, des ressentis, ses ressentis, mais oublie bien souvent de parler des habitants des régions concernées, des sujets qui eux aussi avaient des ressentis que parfois on connaît grâce à des textes que les historiens ont présentés, traduits, expliqués… Faire de l’histoire ce n’est pas seulement faire de la politique à postériori, c’est puiser dans les textes des éléments qui avaient été oubliés, sous-estimés, rejetés…

Enfin, pour finir je dirais que Reynaert a une certaine idée de la France comme le général De Gaulle avouait en avoir une aussi et que cela ne permet pas de faire de l’histoire. J’attendais mieux de cet ouvrage et je suis donc déçu. Pas trop quand même car j’avais acheté ce livre d’occasion pour deux petits euros seulement…

Je reste à la recherche d’un bon livre synthétique de notre histoire qui permettrait de sortir des à priori qui sont très nombreux dans notre vision de la nation française. Chaque époque a maintenant fait l’objet d’études précises, de rectifications solides, mais reste à prendre le temps d’écrire la synthèse grand public…

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Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises
François Reynaert
Editions Fayard
ISBN : 9782213655154
 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 1 mai 2013 - Réagir

CHALON lectures - Est-ce déjà la fin de l'hiver ?

Je sais, vous allez me dire avec un certain agacement que j’arrive trop tard, que l’hiver est déjà terminé et les plus méchants pourraient me crier qu’à force de vouloir parler de l’hiver je vais finir par le faire revenir… Général Hiver, où êtes-vous passé ?

 

 

Soyons sérieux, il n’est quand même pas loin et rien ne dit qu’il ne va pas revenir nous rendre une petite visite sur le tard…

Si je veux vous montrer ce petit ouvrage, c’est surtout parce qu’il est très bien fait même s’il ne prend pas en compte les perturbations climatologiques de cette année. En effet, la saison hiver, commence bien le 21 décembre et prend fin le 21 mars. Officiellement, nous sommes bien au printemps et hier, en me promenant au soleil je pouvais y croire si ce n’est que les arbres ne présentaient aucun feuillage comme aux jours les plus sombres et froids de l’hiver…

Ce petit livre est très bien construit car il présente à la fois l’histoire d’un petit garçon qui va vivre son hiver avec des dessins adaptés. Par ailleurs, il y aura des éléments plus techniques et scientifiques – eux-aussi totalement adaptés au jeune public – avec des dessins et pictogrammes pour comprendre ce qu’est l’hiver, cette saison « la plus froide de l’année » pendant laquelle « il peut même neiger ».

J’aime beaucoup de type d’ouvrage qui navigue entre la fiction et la science car c’est la meilleure façon de transmettre aux plus jeunes, mais aussi à l’ensemble de la famille, des savoirs solides qui manquent tant aujourd’hui. La vulgarisation est la science délicate que l’on néglige trop aujourd’hui. Il ne faut pas simplifier à l’extrême ou affirmer sans expliquer – ce que font trop souvent les médias pour aller à l’essentiel – il faut prendre le temps de mettre à la portée du plus grand nombre les sciences et techniques et c’est ce que j’ai retrouvé dans cet ouvrage…

Pour donner un exemple concret, j’ai bien aimé les schémas de positionnement de la terre et du soleil pour expliquer l’ensoleillement maximal durant l’été et minimal en hiver. Oui, la vulgarisation peut passer par un bon dessin qui en dit beaucoup plus qu’un long discours…

Il s’agit donc bien d’un très bon livre pour parler météo et climat avec ses enfants. Mais vous n’êtes pas obligés de commencer par l’hiver puisque la collection présente bien un ouvrage par saison… L’orange pour l’automne, le vert du printemps et le bleu de l’été viennent compléter le rouge de l’hiver et ce dernier est bien mon préféré de l’ensemble… Mais en même temps je n’ai presque jamais froid…

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Le livre rouge de l’hiver
Sophie Coucharrière et Hervé Le Goff
Père Castor Fammarion
ISBN : 9782081247017

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 30 avr 2013 - Réagir

Lire à CHALON - A Chalon, ce serait aussi possible...

La taille d’un ouvrage n’est jamais un critère de qualité, écrire fort en peu de lignes est souvent même signe d’une maitrise de l’écriture plus que dans le cas d’un roman volumineux et sans relief… Mais passons sur ces éléments généraux et peu pertinents pour préciser que l’ouvrage de Cathy Ribeiro est d’une qualité certaine probablement d’une façon inversement proportionnelle à la taille… En clair, un petit roman intense…

Il s’adresse à un public jeune, du moins sa place dans le catalogue Actes Sud Junior le laisse penser. En fait, il s’adresse à un très large public qui maitrise un tant soit peu la lecture et les fondements d’un humanisme de base – l’âge de raison pourrait largement suffire pour être précis.

Le titre, Faits d’hiver, entretient une certaine ambiguïté, et c’est vrai qu’il s’agit bien d’une histoire qui se déroule en hiver et qui relève indiscutablement de ce que les journalistes nomment les faits divers. Attention, il n’est pas dit de façon catégorique que tout se finira avec gendarmes et justice, certains faits de vie restent uniquement dans la mémoire de ceux qui les ont vécus, du moins dans leur globalité, intentions, actions et finalité…

Le récit qui est assez court – soixante-dix pages en format poche – est divisé en deux parties. On a le récit d’une personne âgée, un homme veuf, qui est dans sa maison, une nuit, et qui est en train d’observer une ombre lui voler du bois… Et, en parallèle, un jeune homme nous raconte comme sa famille est venue s’installer dans un village, loin de chez lui, avec une mère et des enfants. La mère avait un homme, là-bas, un mari violent, père des petits enfants, pas des deux grands, ceux qui tentent de faire survivre la famille dans son nouveau cadre de vie… On ne sait pas durant ce récit quel est le lien entre les deux parties, on ignore même si elles se déroulent à la même époque… Et je ne vais pas vous donner de pistes car ce serait détruire la construction de ce roman…

Le roman est bien écrit et, surtout, il est fort car les deux personnages se livrent en profondeur. Pas de superficialité, ici, juste l’humain qui vit devant nous. Vivre ? Oui, donc chacun pense devant nous et aborde les questions fondamentales de la vie, de la mort, de l’existence, des motivations profondes, de l’amour, de la haine… Aborder autant d’éléments graves en si peu de pages et le faire avec autant de forces et de convictions, je crois que c’est vraiment-là la qualité essentielle de ce roman !

Ce texte nous montre aussi qu’il ne faut jamais se fier aux apparences et que bien souvent les intentions – qui restent trop souvent dans l’ombre – ont plus d’importance que les aspects visibles des faits… Un fait divers, pour être compris et apprécié à sa juste valeur, doit être analysé entièrement… Belle illustration de cela avec ce roman Faits d’hiver !

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Faits d’hiver
Cathy Ribeiro
Actes Sud Junior
ISBN: 2742748164
 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 28 avr 2013 - Réagir

Lire à CHALON - Publicité, art et livre tout à la fois...

On peut lire cet ouvrage comme le témoignage de l’activité industrielle et entrepreneuriale de ce petit pays qui est notre voisin du Nord. Je dis « petit » car sa taille impose le mot mais pas par mépris ou négligence, soyez-en sûrs… Mais de toute façon, ce ne sera pas mon regard, car c’est l’enseignant en communication et publicité que je suis qui a décidé d’acheter ce livre, lors d’une vente exceptionnelle d’Emmaüs il y a une quinzaine de jours…


L’histoire des marques, françaises, belges ou autres, me passionne et l’évolution des logos, des affiches, des publicités est le reflet de l’activité de l’entreprise mais aussi de la société dans laquelle elle s’est créée, dans laquelle elle évolue et cherche à grandir. Il s’agit donc, de toute évidence, d’une façon d’entrer dans l’histoire d’un pays, d’une nation, d’une culture…

Certaines marques belges, abordées dans ce très beau livre, sont très connues, même en France où on a souvent l’impression d’avoir tout inventé, surtout en alimentaire. D’ailleurs, beaucoup de mes concitoyens croient de bonne foi que Delacre ou Côte d’Or sont des produits français…

La présentation de Jacques Mercier, grand homme médiatique belge, insiste particulièrement sur le fait qu’une grande marque est souvent, au départ, la réussite d’un homme qui a su, par son dynamisme, son courage et sa persévérance, imposer un produit, un concept, une façon d’imaginer le monde. On oublie souvent que ces grands chefs d’entreprises ont su rêver le monde de demain pour le rendre meilleur avant même d’avoir pu en tirer profit…

J’aime particulièrement la naissance des gâteaux Delacre. La Belgique n’a pas inventé les cakes, le thé à cinq heure ou les Petit Beurre… mais elle a une place particulière grâce à Edouard De Beukelaer qui crée à Anvers la première grande biscuiterie industrielle (1870) et à Charles Delacre qui le suit de près. C’était un pharmacien qui – comme il eut raison – conseillait à ses patients de consommer du chocolat comme fortifiant…et quand il décida de faire des petits gâteaux il n’hésita pas à en faire de très bons enduits de chocolat… L’affiche présentée pour Delacre – n’oublions pas que nous sommes dans un ouvrage d’affiches publicitaires – est signée Privat-Livemont, ancien des arts déco de Bruxelles. L’affiche date de 1896. Il est l’un des plus représentatifs de l’art nouveau dans la publicité belge…

Je n’ai pas envie de passer en revue toutes les affiches exposées dans cet ouvrage mais je voudrais insister pour affirmer que nous sommes-là en présence du travail d’un grand nombre d’artistes belges qui montrent la richesse de l’art de ce pays, les croisements culturels dont il a bénéficié et tout cela illustre parfaitement que la publicité, en particulier l’affiche, est une véritable expression artistique même si son but ultime est de faire vendre un produit, une marque, un art de vivre…

Alors, si vous avez l’occasion de tomber sur cet ouvrage, n’hésitez pas, surtout si vous êtes fan d’art, de publicité, d’aventure en entreprise, d’affiches et, bien sûr, si vous aimez la Belgique !

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Made in Belgium
Un siècle d’affiches belges
Jacques Mercier et Karl Scheerlinck
La renaissance du Livre
ISBN : 280460795X

 

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 27 avr 2013 - Réagir

CHALON - Mon hippopotame à moi c'est le plus beau du monde !

Ce livre – je lui donne ce nom volontairement malgré son aspect cartonné de jouet pour enfant – illustre parfaitement ce concept que je défends depuis des années : un bon livre pour bébé et tout petit peut être et, même, doit être une œuvre d’art… Tout simplement !

Je sais que c’est facile pour moi d’affirmer une telle chose puisque ce livre traite de l’hippopotame, mon animal fétiche, totem et préféré. Mais, faisons abstraction de cet élément factuel non négligeable et observons, avec raison et tous sens aux aguets, ce très beau livre. Comme il est beau !

Janik Coat, l’artiste – pas d’autre mot – a trouvé une façon simple de représenter l’hippopotame. Simple car il faut que le lecteur, le plus jeune mais les autres aussi, identifie directement ce qu’est cet animal même s’il ne le connaît pas.  Une fois cette étape franchie avec succès, l’animal va connaître des aventures complexes et simples à la fois...

 


 

On va le voir petit, gros, lourd, plein, vide, clair, sombre… autant d’occasions pour le jeune lecteur d’apprendre des nouveaux mots mais pour l’artiste de faire preuve de créativité, d’originalité, de talent… Et, alors, le lecteur, l’autre pas le plus jeune, prend un plaisir immense à contempler l’hippopotame en négatif, à rayures ou emprisonné. Les plus forts, les plus beaux, les plus artistiques sont peut-être le flou, l’absent ou le pluriel… Les plus sensuels ? A votre choix, doux, rugueux, de face ou de profil… Les plus drôles sont probablement le gauche et le droit, on se croirait presque à l’Assemblée nationale…

Autant vous dire que j’ai adoré ce livre et que pour un peu j’aurais envie de redevenir un tout petit pour que l’on m’offre tous les jours un livre de cette qualité. Ou, alors, s’il faut rester adulte, je bataillerais bien pour que Janik Coat obtienne le prix Goncourt, le Nobel de la littérature ou qu’elle soit lauréat très prochainement de l’Académie française… A vous de choisir ce qui sera le plus facile à obtenir dès que vous aurez lu ce livre, que vous aurez trouvé à qui l’offrir, puisque dans notre société il faut bien des prétextes pour s’offrir un tel plaisir…
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Mon hippopotame
Janik Coat
Autrement
ISBN : 9782746733398

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 27 avr 2013 - Réagir

Autour de CHALON : Regards sur Autun et le Morvan de Joseph Gadrey

Autre ouvrage sur le chef lieu d'arrondissement de l'Autunois, celui de Joseph Gadrey qui est une figure d'Autun. Intitulé "Regards sur Autun et le Morvan", avec pour sous titre "Cinquante années d'engagements économiques, politiques- associatifs", le livre paru voilà 18 mois déjà est une rétrospective intéressante à plus d'un titre, tout d'abord car Joseph Gadrey est un acteur de la vie autunoise mais aussi morvandelle.

Un personnage qui tout d'abord a été un commerçant engagé pour sa ville, croyant de surcroît qui, venant du centre droit, a été un militant et un élu socialistes.

 


 

 

Il a été candidat à plusieurs reprises aux municipales, il a conduit plusieurs fois les listes face au Sénateur Maire, Marcel Lucotte. Candidat au conseil général . Joseph Gadrey est aussi un associatif pleinement engagé...autour des notions de la démocratie locale qui s'est concrétisée autour des Groupes d'Action Municipale ( G.A.M) à la fin des années 6O , alors que la famille socialiste était éclatée en plusieurs chapelles mais aussi à l'heure où des militants de l'action catholique à l'image sur le plan national d'un Jacques Delors s'engageaient...y compris à l'échelon départemental, cela a été le cas de Yves Heutte à Chalon dans la mouvance du mouvement d'éducation populaire "Vie Nouvelle".


Joseph Gadrey, c'est aussi l'ardent défenseur du Morvan, celui qui, lors des municipales de mars 1971, voulait "associer Autun à la communauté urbaine Le Creusot-Montceau et au Parc Naturel régional du Morvan " ! Au fil des pages, l'on apprend que le maire de l'époque, Marcel Lucotte, qui a été Sénateur et Président du conseil général, voulait une ville de 4O à 5O OOO habitants. De lecture agréable, cet ouvrage est un témoignage, qui lève parfois le voile sur les relations complices avec le maire de la ville de Chateau-Chinon, qui n'est autre que François Mitterrand, premier secrétaire du PS. Il a été préfacé par Pierre Joxe, celui qui avait pensé se présenter dans la circonscription d'Autun-Le Creusot, en 1973, voilà....quarante années déjà mais qui est venu à Chalon, à la demande de François Mitterrand.


Joseph Gadrey est une personnalité respectée, un militant qui n'a jamais oublié ses origines et qui s'est donné entièrement à bien des engagements et notamment à l'intérêt général pour que survive cette ville. C'est un personnage acharné qui a incarné des valeurs de gauche dans une ville conservatrice et qui continue de résister. Cet ouvrage est un témoignage d'un acteur du Morvan et d'Autun qu'il convient de découvrir pour mieux comprendre ce que veulent dire vivre et travailler au pays !

"Regards sur Autun et le Morvan " de Joseph Gadrey-Editions de l'Armançon

Imprimer - - par DERIOT Daniel - 21 avr 2013 - Réagir

Autour de CHALON : Les confessions de Rémy Rebeyrotte, Maire d'Autun

L'actuel maire d'Autun, Rémy Rebeyrotte, se livre. Il évoque dans un ouvrage intitulé " Autun Passionnément " son enfance, ses études, ses engagements au service de la ville dont il est le maire depuis une douzaine d'années et conseiller municipal depuis bientôt vingt cinq ans déjà.

 


Conseiller général également, il a mis fin à la "dynastie" des Lucotte dont le fils Patrick était conseiller général en 1994, Remy Rebeyrotte qui a été aussi conseiller régional en 1998 est un farouche adversaire de l'union tacite qui a permis à Jean Pierre Soisson de devenir Président de la région avec les voix du Front National.

FILS POLITIQUE D'ANDRE BILLARDON ! LES LIENS AVEC C. SIRUGUE :
Ancien assistant parlementaire d'André Billardon, l'actuel maire d'Autun qui a été et demeure un élu socialiste, apparaît comme un personnage de centre gauche, attaché au réformisme économique, au rôle moteur de l'Etat mais aussi à la laïcité.
La centaine de pages est remplie d’anecdotes, de souvenirs comme ceux de rencontres de jeunesse avec Arnaud Montebourg, d'espérances aussi en la fusion avec la commune associée de Saint Pantaléon, et de foi au devenir d'Autun et à son rayonnement culturel, artistique mais aussi économique.
Il évoque les péripéties des politiques locales avec son ex camarade Didier Martinet qui a été maire de 1995 à 2001, les multiples tiraillements avec le maire délégué de Saint Pantaléon Claude Chermain, ou encore les liens d'amitié et d'estime avec Christophe Sirugue. Il se souvient qu'il a rejoint le PS en 1989, en soulignant que Christophe Sirugue était à l'époque le responsable des jeunesses socialistes.

Le maire d'Autun a répondu aux questions de Laurence Priet et d'Alain Bollery.
La première est élue locale et présidente d'association à Uchon alors que le second est journaliste au Creusot. Remy Rebeyrotte rend hommage à ses maîtres, qu'ils soient enseignants et élus mais il n'évoque pas sa candidature comme candidat suppléant aux législatives de 2007 ( Il faisait tandem avec Evelyne Couillerot) ou encore sa présence aux élections de juin 2012 !

x) Autun Passionnément-Rémy Rebeyrotte-Editions de Bourgogne 15 Euros.

Imprimer - - par DERIOT Daniel - 21 avr 2013 - Réagir

Lire à Chalon : Le nombril des femmes

 Dominique Quessada est un philosophe mais il est difficile à classer avec précision car il est aussi un communiquant, un touche à tout, un critique de la société, un homme qui pense de façon libre et indépendante… D’ailleurs, la difficulté à le faire tenir dans une boite, dans une école de penser, dans une mouvance politico-sociale montre à quel point il a réussi : il est d’ici et d’ailleurs, point barre !

 

Je n’ai lu que quelques éléments de tout son travail mais à chaque fois ce fut plutôt et la surprise et la satisfaction. La surprise car je ne m’attendais jamais à trouver ces phrases et ces pensées sous la plume d’un philosophe, même si ce dernier s’acharnait depuis longtemps à déstructurer et bouleverser la philosophie traditionnelle ou classique. Ces derniers adjectifs étant, comme chacun le sait bien ici, soumis à discussions permanentes car difficiles à définir… La satisfaction, aussi, car cela me permettait de mesurer la pensée humaine cheminant dans l’histoire de l’humanité. Non, on n’était pas obligé de penser toujours comme avant, on avait le droit de dire des choses, de prononcer des mots, d’émettre des idées mêmes, surtout, quand elles choquaient, provoquaient, créaient, redressaient, corrigeaient, rétablissaient, révolutionnaient… C’était grandement rassurant dans cette humanité qui annonçait un peu tôt la fin de l’histoire…

 

Alors, après cette rapide introduction, vous pourriez avoir envie de fuir. La philosophie, ce n’est pas pour vous, les rebelles encore moins et, en plus ce doit être un livre monumental et illisible ! Vous pourriez le croire et ce serait une énorme erreur ! Tout d’abord parce que le livre est de taille très raisonnable, une centaine de pages, format poche et présentation aérée. Deuxièmement, le style, lui-aussi, est léger, simple, et il s’agit non pas d’un texte d’essai philosophique à l’ancienne, mais d’une série d’aphorismes, de pensées, de portraits croqués comme le dit l’auteur lui-même… Donc, point d’angoisse métaphysique de lecteur et plongeons ensemble dans ce fameux « nombril des femmes »…

 

On peut lire cet ouvrage de façons différentes. La première fois, je l’ai lu dans le train entre Chalon-sur-Saône et Dijon, je n’ai pas vu le temps passer et j’étais heureux en arrivant. Je ne savais pas définir mon bonheur de lecteur, je ne savais pas non plus ce qu’il fallait retenir de cette lecture. Les phrases qui m’avaient fait sourire, celles qui m’avaient perturbé, celles qui m’avaient gêné ? Puis, le soir, j’ai lu le même texte à voix haute à mon épouse. C’est une autre façon de faire vivre ce type de texte. Dès la première lecture, j’avais bien senti que l’on pouvait adapter ce texte de Quessada en spectacle, l’expérience du soir m’a prouvé que c’était possible mais pas si simple. En effet, quand on lit à voix haute, on s’approprie le texte et on le révèle à l’autre, celui ou celle qui écoute. Du coup, c’est un peu comme si on parlait, comme si on pensait tout ce que l’on disait… Plus délicat… Mais ces deux lectures m’ont beaucoup apporté, elles se complètent et m’ont définitivement convaincu que cet ouvrage était bien à lire…

 

Mais que dire du contenu ? Cela ne se résume pas, c’est certain. Il s’agit de femmes, femmes croisées, connues ou fantasmées… On peut aller dans le très théologique – « Je crois en l’Eternel, surtout quand il est féminin » –, à l’existentiel – « Les femmes ont un nombril. Sauf la première » – en passant par l’anthropologique – « La première femme est l’unique femme qui n’a pas eu de mère » – et vous comprenez bien que chaque élément peut faire rire au premier abord, puis déclencher une réflexion parfois salutaire…

 

Bien sûr, il y a aussi de l’humour et il faut savoir rire de tout, même des femmes ! « Les femmes ont une date de naissance. Et ça les navre » ce qui oblige à rire des hommes, bien sûr, et ce peut être moins drôle : « Les femmes ont une patience infinie : elles peuvent supporter que les hommes leur mentent pendant des mois, sans perdre confiance en leur amour ».

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Le nombril des femmes

Dominique Quessada

Point Seuil

ISBN : 9782020860888

 

 

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 20 avr 2013 - Réagir

Lire à Chalon : Kessel grand reporter...

Joseph Kessel a été durant toute sa vie un homme d’action, un grand reporter et un homme de lettres. La question n’est pas tant de savoir s’il a été plus l’un que les autres, s’il a été ou pas un grand écrivain, mais il faut comprendre que pour moi il été un tout indissociable et aller à la rencontre de cet homme c’est prendre le temps de lire ses romans comme ses textes journalistes. Aujourd’hui, je vous invite à plonger dans l’Afghanistan de 1956, celui qui va l’inspirer à la foi pour un reportage, un film puis, plus tard, pour un roman, Les cavaliers


 

S’il n’a pas toujours été aisé de trouver ces fameux reportages de Kessel qui ont été regroupés dans les années soixante par l’éditeur Del Duca-Plon, nous avons maintenant la chance de pouvoir y accéder en version de poche dans la collection Texto de chez Tallandier. On peut y voir-là une réelle invitation à voyager avec l’un des plus grands des voyageurs, reporters, journalistes de son temps… Car ne nous y trompons pas, quand Kessel partait du bureau de son rédacteur en chef, aucun des deux ne pouvait avoir la certitude qu’ils se reverraient. Les voyages étaient réellement dangereux. Joseph Kessel est allé en Sibérie au contact de soldats désespérés qui trouvaient refuge dans la vodka, il a croisé les trafiquants d’esclaves qui étaient prêts à tuer un journaliste trop bavard, il a été dans l’Irlande au bord de l’insurrection, il a voulu partagé avec les colons d’Israël, il a décidé de filmer des femmes musulmanes en Afghanistan… Oui, même s’il n’a pas tout réussi, il y était !

En 1956, il va aller en Afghanistan, un pays encore très refermé sur lui-même. C’est passionnant de le suivre dans ce voyage car on va découvrir que cette terre et son peuple n’ont peut-être pas si changé en cinquante ans… En plus, il va y aller pour réaliser un film alors que le cinéma n’est connu là-bas que par quelques privilégiés de Kaboul… Enfin, dans les attractions fondamentales de cet ouvrage, notons que Kessel est accompagné pour son film de quelques techniciens dont un certain Pierre Schoendörffer qui n’est encore qu’un des militaires qui a vécu Dîen Bîen Phu à l’âge de 26 ans. Mais, lors de cette défaite, il filmait pour les armées… Plus tard, il sera le réalisateur de La 317ème section, du Crabe-tambour… En 1956, il est encore jeune et il accepte de partir à l’aventure avec Joseph Kessel d’autant plus que c’est en lisant le roman Fortune carrée qu’il a décidé de mener sa vie à fond…

Je ne vais pas vous donner toutes les péripéties du tournage de ce documentaire sur l’Afghanistan. Ce serait d’une part trop long et d’autre part cela vous priverait de l’envie de lire ce récit qui est authentique, passionnant et instructif. J’ai choisi de garder trois éléments car ils me semblent importants et éclairants pour comprendre le travail de Kessel et l’âme de ce pays que par ailleurs je ne connais pas du tout.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que ce récit doit être pris comme le reportage préparatoire au roman Les cavaliers et le making of d’un documentaire cinématographique. Je donne ces précisions car j’ai lu que certains lecteurs des Cavaliers  trouvaient que Kessel n’avait pas pris le temps de prendre conscience des beautés de ce pays, qu’il ne parlait pas assez des statues de Bouddha… C’est en lisant ce reportage que l’on comprend que ces critiques sont complètement infondées car tout y est. Certes, tout ne restera pas dans le roman car les deux ouvrages n’ont pas le même but. Pour revenir aux fameuses statues de Bouddha, voici quelques lignes qui en diront plus qu’un long discours :

« Il était environ midi quand notre voiture pénétrait dans la gorge au fond de laquelle coulait la rivière de Bamyam. Alors, subitement, parut s’embraser… Cette gorge était en vérité le seuil qui convenait à la sublime vallée des divinités mortes, à cette oasis immense qui s’étalait à plus de trois mille mètres d’altitude parmi les massifs sauvages et déserts… Et, au fond de cette ouverture géante, un Bouddha veillait qui avait la hauteur d’une maison de sept étages… »

Et déjà en 1956 Kessel est obligé d’écrire :  « Elle avait beau ne pas avoir de visage – les conquérants musulmans l’avaient mutilé à coup de canon – le front colossal vivait dans la pénombre et le cou et le torse et les membres géants »…

D’ailleurs, c’est à travers des ce type de remarques que l’on comprend que les haines d’aujourd’hui ne datent pas d’hier mais prennent bien naissance dans les siècles avec les tensions qui ont agité ces terres d’Asie Centrale balayées par les invasions une fois des Mongols, une autre fois des combattants d’Allah…

Le second point de ce récit que je vais garder en tête est la description d’un sport particulier excessivement populaire en Afghanistan, le bouzkachi. Il faut vus dire qu’il y a quelques semaines je ne savais même pas que cette activité sportive existait. Un reportage du journal L’Equipe donnait il y a peu la liste des sports les plus insolites. On y trouvait le bouzkachi et c’est le moment où je lisais Le jeu du roi. J’ai donc eu les description de Kessel et les photographies des journalistes sportifs, ce fut parfait pour comprendre la violence de ce jeu…

Difficile d’expliquer tous les éléments de ce sport national dont Kessel vous donnera toutes les phases en détail mais, pour ceux qui n’auraient pas lu le reportage de L’Equipe, je vais vous résumer sommairement la partie en disant : imaginer une grande plaine, soixante cavaliers, une carcasse de bélier sans sa tête placée à quelques centaines de mètres, deux poteaux au loin et un cercle dessiné sur le sol devant le public… Au top départ, tous les cavaliers se précipitent sauvagement vers la carcasse qu’il faut attraper en restant sur sa monture, puis se précipiter vers le premier poteau, puis le deuxième et revenir vers le cercle où le vainqueur déposera – en fait lancera – la carcasse ou ce qu’il en restera. En effet, durant toute la partie les cavaliers s’attaquent pour s’arracher la carcasse et le vainqueur est le dernier qui l’aura eu en main et qui la mettra au cœur du cercle… Sport rude, violent et ancestral que les Afghans pratiquent comme les Espagnols la corrida… Kessel va réussir à filmer deux parties, une première en province spécialement organisée pour son film, une autre à Kaboul, plus officielle, en l’honneur du roi, d’où le titre du reportage, Le jeu du roi !

Enfin, un dernier point à mettre en exergue dans ce très bon reportage, la condition des femmes. Dès le départ, Kessel et son équipe veulent filmer des femmes afghanes. Comme c’est impossible dans les rues où elles sont voilées – ça ne date pas d’aujourd’hui – ils imaginent créer des facilités en demandant en province – plus accessible que la capitale – une cérémonie de mariage où l’on pourrait filmer une danse de femmes… C’est traditionnel et même s’ils comprennent la difficulté ils finissent pas imaginer que cela va pouvoir se faire… Un gouverneur les aide, le roi donne son soutien, les ministères poussent à la réalisation de ce film qui sera un bon ambassadeur du pays… mais rien n’y fera, la séquence n’aura pas lieu.

« Réfléchissez à la révolution intérieure qu’il faudrait pour que les femmes acceptent de se montrer, le visage nu, devant vos appareils énormes, entourés de nous tous… »

Mais ce ne sont pas les femmes qui refusent, ce sont des « saints » hommes qui prennent la décision pour elles…

Voilà, je vais m’arrêter ici en vous conseillant de prendre le temps de lire ce texte que j’ai beaucoup aimé et qui montre le talent de Joseph Kessel, grand reporter littéraire que l’on devrait relire plus souvent pour comprendre le monde d’aujourd’hui…
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Reportages 1956 : Le jeu du roi
Témoin parmi les hommes, volume 2
Joseph Kessel
Editions Tallandier
ISBN : 9782847346510

 
Imprimer - - par Michel Bonnet - 19 avr 2013 - Réagir





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