Nous publions ci-dessous l'hommage rendu à Michel ALLEX par son premier adjoint et ami Claude BRAILLON lors des obsèques de l'ancien maire de Chalon.
Ce texte et d'autres lus pendant la cérémonie ont été versés aux Archives de Saône et Loire.
A toi, Michel,
Oui, c’est à toi que je parle comme le ferait un frère.
Dans un dernier souffle, sans un mot, sans une plainte, tu t’en es allé avec cette dignité et cette pudeur qui n’appartenaient qu’à toi.
On dit que le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement. Et pourtant …
Pourtant, des mois durant, tu as regardé la mort en face sans jamais rien lui céder.
Pourtant tu t’es battu jusqu’au bout, en homme droit, en homme debout, sans jamais t épancher ni rien montrer de tes souffrances que nous devinions sans pouvoir les apaiser.
Nous qui avions mené tant et tant de batailles avec Dominique et toi, avons été impuissants à t’accompagner dans ce dernier combat, le seul, le vrai, l’essentiel : le combat pour la vie.
Nous qui avons partagé 25 ans de notre vie avec toi, restons là avec notre révolte contre cette injustice et nos questions face à ce grand mystère : celui du passage d’une vie vers une autre vie.
Quand nous pleurons la disparition d’un être cher, c’est sur nous-mêmes que nous nous apitoyons.
Aujourd’hui, pensons d’abord à ta famille et à tes proches qui sont dans la peine.
Pensons à Danielle, ton épouse, qui nous donne une leçon de courage et à qui je veux dire non seulement notre affection mais aussi notre admiration.
Pensons à tes enfants, Fleur, Clémence et Christophe, et à ta petite fille Elia qui peuvent être fiers de toi. Et bien sûr Laurent que tu appelais affectueusement « Mon gendre ».
Pensons à ta maman que tu citais souvent en exemple pour mieux éclairer ton attachement aux valeurs de la famille et nous convaincre que rien dans la vie ne s’obtient sans effort ni sacrifice.
Pensons à ta sœur qui a été présente à tes côtés quand tu allais à Lyon pour recevoir les soins que ton état réclamait.
Ne soyons pas tristes et souvenons-nous de cette formidable leçon de vie que tu nous as donnée.
Si tu avais vécu au siècle des Lumières, de toi on eut dit que tu étais un « honnête homme ».
Aujourd’hui, et comme je l’ai entendu ces derniers jours, j’ai envie de dire que tu es un homme rare.
Tu étais comme ton ami Lucien Branchard « un marcheur à l’étoile », tu savais la valeur des êtres humains et la valeur des choses.
Tu savais apprécier les bonheurs simples.
Tu savais que : « A chaque jour suffit sa peine »
Tu savais qu’il y a plus de bonnes idées dans plusieurs têtes que dans une seule.
Tu savais ménager tes silences pour mieux écouter et t’enrichir au contact de l’autre.
Tu savais que : « sans avoir rien que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, Amis, le monde entier ».
Tu savais que l’essentiel est invisible pour les yeux et qu’on ne voit bien qu’avec le cœur.
Toi l’époux, toi le père, toi le chef de famille, tu savais protéger jalousement les tiens des épreuves de la vie et mettre une frontière entre ta vie publique, ta vie professionnelle et ta vie personnelle pour mieux cultiver ton jardin secret.
Toi l’artisan Meilleur Ouvrier de France, le maître d’apprentissage, le créateur, le compagnon, tu savais faire partager ta passion aux autres. Quand tu nous donnais un chocolat, c’était une offrande à l’amitié. C’était aussi un peu de toi que tu nous offrais.
Toi le bâtisseur, toi l’amoureux de la pierre, tu savais qu’« Il est aussi beau de peler des pommes de terre pour l'amour du Bon Dieu que de bâtir des cathédrales. ».
Toi le maire, l’élu qui a tant fait pour notre ville, tu savais que souvent les hommes recherchent la lumière non pas pour mieux voir mais pour mieux briller. Ce qui pouvait être perçu chez toi comme de l’humilité était plus encore de la sagesse.
Les Chalonnais ne t’en respectaient pas moins et ne t’en aimaient que plus.
Les Chalonnais qui sont là, rassemblées très nombreux, pour te manifester leur reconnaissance et t’accompagner au seuil de ta nouvelle vie.
Oui, Michel, comme tu nous l’as si souvent dit, aujourd’hui plus que jamais, toi le natif de Jalieu en Isère, tu es un Chalonnais parmi les Chalonnais.
Avoir servi à tes côtés aura été notre honneur.
Garder ton souvenir dans nos cœurs restera notre joie.
Si la vraie richesse est celle du cœur, alors Michel tu es le plus riche d’entre nous tous.
Si la vie est un don du ciel, alors soyons heureux pour toi car tu as savouré pleinement chaque saison de ta vie.
Si nous croyons dans la bonne nouvelle, alors soyons heureux de savoir que tu es désormais auprès de Dieu.
Si au-delà des convictions religieuses et philosophiques de chacun, nous croyons tous qu’il y a une part d’éternité en tout homme, alors que ton départ s’accompagne d’une espérance : celle d’une autre vie après la vie.
Un peu comme le bateau qui prend la mer.
Peu à peu, il disparaît de notre regard.
Quand il a définitivement échappé à notre vue, on se dit qu’il est parti.
Et pourtant le bateau est là qui vogue toujours sur les flots.
Et pourtant quelque part, sur une autre rivage, d’autres bientôt verront le bateau s’approcher et diront « le voilà ».
Au moment où tu abordes ce rivage où rien ne fait semblant, il nous reste à te dire Michel combien nous t’aimons, à saluer le mystère, sourire et puis nous taire.
Claude BRAILLON,
Cathédrale Saint-Vincent, Chalon sur Saône,
jeudi 24 avril 2008