« Débrayages et délayage à AREVA »
Communiqué de Debout La République en Saône-et-Loire
Le 26 janvier 2012 la Presse (notamment régionale) fait état de débrayages au sein du groupe AREVA, dans ses structures de Chalon sur Saône, Saint-Marcel, et dans ses deux filiales du Creusot.
La raison tient à deux causes : tout d’abord (partie émergée de l’iceberg) le gel des salaires qui s’inscrit dans la politique de réduction des effectifs et des coûts voulue par son nouveau président Luc OURSEL, et (partie immergée), les nécessaires choix stratégiques décidés par le Comité de Direction de l’entreprise fin novembre 2011.
Pour ce qui concerne le caractère local des actions sur les sites saône-et-loiriens du groupe, DLR 71 ne peut que s’inscrire en soutien des salariés de ce fleuron industriel français (même si cela doit déplaire à certaine candidate franco-norvégienne à la présidence de la République).
Mais Debout La République note aussi que ce malaise au sein d’AREVA ne date pas d’hier.
Quelques repères ne sont pas inutiles, car ils montrent combien l’intérêt de la France peut se délayer au gré d’ambitions ou de rancœurs personnelles, politiques ou lobbyistes :
En juin 2011, Anne LAUVERGEON, patronne toute-puissante et hyper médiatique d’AREVA est « débarquée » par le président de la République, sans que l’intéressée ait rien vu venir. C’est vrai qu’elle ne s’entendait pas (c’est un euphémisme) avec notre « petit Timonier », depuis qu’il l’avait pressentie pour entrer dans son premier gouvernement et qu’elle avait refusé. C’est vrai aussi que Nicolas SARKOZY n’oublie jamais rien et que ses capacités de rancune sont infinies. C’est vrai enfin qu’Anne LAUVERGEON traînait avec elle, en pleine Sarkosie, quelques brumes de l’ancienne Mitterrandie, puisqu’elle fut « sherpa » du président à la rose.
Pourtant, il n’y avait pas là de quoi casser quatre pattes à un canard, puisque le successeur d’ « Atomic-Anne », nommé en la personne de « Kung-Fu Panda » - Luc OURSEL -, avait été, quant à lui, membre du cabinet de Pierre JOXE de 1991 à 1993. On était donc là à « zéro partout ». Et un « Mines » succédait du jour au lendemain à une « X ». Ce n’était donc pas affaire de compétences personnelles.
En fait, les reproches faits à Anne LAUVERGEON étaient nombreux : une stratégie hasardeuse pour l’entreprise ; un cumul d’échecs : déboires de l’EPR finlandais représentant une perte estimée à 3 milliards d’euros ; perte du marché des quatre EPR d’Abu Dhabi, remporté par la Corée pour un peu plus de 4 milliards d’euros ; son autocratisme ; son « blocage » à l’idée d’intégrer EDF (Henri PROGLIO, dont on connaît les liens avec Nicolas SARKOSY) dans la stratégie d’AREVA ; et bien sûr , une certaine « sarkophobie », personnelle certes, mais tout de même très affichée. Ce qui, il faut l’avouer, faisait beaucoup. On s’étonnera simplement que l’Elysée ait pu reprocher à Anne LAUVERGEON une gestion hasardeuse, puisque chaque année, celle-ci était approuvée par les représentants de l’Etat au Conseil de surveillance. Certains devaient dormir …
Et, malgré le soutien de 17 des 19 membres du comité d’exécutif européen avec à sa tête Jean-Cyril SPINETTA ; malgré le barrage médiatique organisé par une dizaine d’hommes politiques UMP (ANCIAUX, HAVARD, BIRRAU) et PS (HOLLANDE, PATRIAT, CAZENEUVE, BATAILLE), Anne LAUVERGEON l’irremplaçable était remplacée.
En novembre 2011, des débrayages ont lieu au sein du groupe en France, en Allemagne et en Belgique. Pour ce dernier pays, la cause en est la suppression du site-filiale de Dessel ; dans les autres pays, ce sont (déjà) les choix stratégiques qui sont mis en cause par les organisations syndicales, qui prônent « le maintien des compétences » (lire : les embauches, en nombre peut-être excessif, lancées par l’ex-dame d’AREVA dans la perspective des projets qu’elle voyait déjà aboutis), alors même que l’Allemagne décrétait l’abandon de la filière nucléaire à la suite de l’accident de Fukushima.
Fin novembre 2011, une « fuite » soigneusement organisée depuis (sans doute) le Comité de direction de l’entreprise, évoque une réduction de près de 3000 postes dans le monde, dont 1000 à 1200 en France (rappelons qu’en France AREVA compte environ 30 000 salariés) ; rétropédalage précipité de Luc OURSEL à l’instigation de l’Elysée : il n’y aura pas de licenciements, mais « peut-être », « sans doute », « certainement »… des départs en retraite (500 par an environ) non remplacés. On peut au passage s’interroger sur cette « fuite », organisée en direction de l’AFP, car elle témoigne au sein du Comité de direction de l’existence de « courants », voire de « factions », ce qui est nuisible autant à l’image, qu’à la cohérence de l’action de l’entreprise et de son Président. A moins tout simplement qu’il ne s’agisse d’une bombinette à retardement oubliée dans un placard, ou amorcée par des partisans de l’ancienne direction.
En décembre 2011, Luc OURSEL, le nouveau patron du directoire, lance le plan stratégique d’AREVA « Action 2016 » pour la période 2012-2016. Son objectif est de « consolider le leadership d’AREVA » dans le domaine du nucléaire, et de « devenir un acteur de référence dans les énergies renouvelables ». Il vise en même temps 1 milliard d’euros d’économies, complétées par des cessions à hauteur d’1,5 milliards d’euros, et se complète par une réduction des investissements.
En janvier 2012, retour sur la scène médiatique de la rancunière « Atomic-Anne » qui, oublieuse de la retenue qu’on attend des grands commis de l’Etat (fussent-ils « ex »), reproche à l’Elysée des tentatives régulières de déstabilisation. Et réapparaît à l’occasion le scandale « Uramin », du nom de cette start-up canadienne, spécialisée dans la prospection de minerais uranifères, rachetée par AREVA en 2007 pour quelques 2 milliards d’euros, et dont la valeur est aujourd’hui largement divisée par cinq, valant à AREVA 1,46 milliards d’euros de perte de valeurs en actifs miniers. Une enquête parlementaire est en cours pour enterrer l’affaire, ni la Gauche-PS, ni la Droite-UMP n’ayant vraiment intérêt à désigner des responsables afin de ne pas brouiller plus l’image, déjà écornée, d’une grande entreprise française, dans un contexte concurrentiel mondial.
D’ailleurs, peut-on reprocher à Anne LAUVERGEON la mauvaise affaire (c’est le moins qu’on puisse dire) d’Uramin, alors qu’on ne reproche pas (encore) à Luc OURSEL la mauvaise publicité que fait à l’entreprise les nombreux retards (5 ans cumulés) à la mise en œuvre du réacteur EPR finlandais, puisque c’était lui qui, à l’époque du lancement du projet, était directeur-adjoint des opérations du nucléaire pour AREVA, et spécialement chargé du suivi du projet ?
Nos lecteurs ne manqueront pas de noter au passage que, parmi les quelques quotidiens français qui se font un devoir de critiquer les difficultés induites par l’EPR finlandais, on trouve l’inestimable journal « Libération ». Ses critiques contre AREVA se font ciblées depuis l’été 2011. Ce doit être un hasard si Anne LAUVERGEON est devenue depuis juillet 2011 présidente du Conseil de surveillance du quotidien, en remplacement de son principal actionnaire, Edouard de Rothschild.
Mais, outre que « ceci est une autre histoire » comme dirait KIPLING, « Libé » a toujours déclaré que cette nomination d’ « Atomic-Anne » n’aurait « aucune influence sur la ligne rédactionnelle du journal ». Dont acte.
Bref, et pour conclure, dans ce contexte plutôt brouillé, on ne peut que comprendre les multiples inquiétudes des salariés du groupe AREVA.
Si l’on ne peut mettre en cause aujourd’hui le courage intellectuel, les compétences professionnelles, et l’esprit « social » de son Président Luc OURSEL, force est de constater que le bateau AREVA est entré, par la volonté du président de la République, dans les « 40e rugissants ».
Pris dans les rancunes féroces (dont on n’aperçoit que les prémisses) entre deux personnalités sans nuances (Anne et Nicolas, et leurs « hommes et femmes de l’ombre » respectifs) ; objet d’enjeux de pouvoirs entre les lobbies technologiques et politiques qui font leur cour à l’Elysée ou autour ; guigné par l’appétit d’un Henri PROGLIO qui veut « faire d’EDF le chef de file du nucléaire français » ; avec un commandant (Luc OURSEL) qui a certes les compétences, mais pas encore la légitimité que
confère la durée, oui, le bateau AREVA est entré dans des turbulences dont on ne voit pas encore la fin.
En avril 2012, peut-être ?
En tout état de cause, la position de « Debout la République » est claire : AREVA appartient au patrimoine industriel de la France ; quoi qu’il arrive, et quoi qu’il lui arrive, l’entreprise doit rester dans le giron national. Ce qui veut dire qu’AREVA ne doit, ni être démantelée ou fractionnée, ni faire l’objet d’appétits financiers privés comme ceux, par exemple, d’actionnaires d’EDF.
Et encore moins servir de faire-valoir à certaines personnalités égotiques, ou être un enjeu pour des candidats en mal d’écologie politique ou d’arguments populistes. Et si d’aucun, venu de Saône-et-Loire, se consacre à la juste et noble ambition de protéger de la mondialisation le soutien-gorge français, Debout La République 71 affirme, sans hésitation, sa préférence nationale pour AREVA !
Au delà de ses représentations chalonnaises qui constituent le fleuron du pôle de compétitivité nucléaire bourguignon, AREVA appartient à la France, et est, comme la République, « une et indivisible ».